ladouleur_couv

Max Porter – La douleur porte un costume de plumes – Editions du Seuil – 122 p. – Traduction Charles Recoursé

4ème de couverture :

Une mère meurt. Elle laisse derrière elle deux petits garçons et leur père terrassés par le chagrin. Un soir, on frappe à la porte de leur appartement londonien. Surgit alors un étrange personnage : un corbeau, doué non seulement de parole mais d'une verve enfiévrée, d'un aplomb surprenant et d'un sens de l'humour ravageur. Qu'il soit chimère ou bien réel, cet oiseau de malheur s'est donnée une mission auprès des trois âmes en péril. Il sera leur confident, baby-sitter, analyste, compagnon de jeu et d'écriture, l'ange gardien et le pitre de service – et il les accompagnera jusqu'à ce que la blessure de la perte, à défaut de se refermer, guérisse assez pour que la soif de vivre reprenne le dessus.

Bouleversante, hilarante, audacieuse et unique, cette fable moderne est un bijou littéraire qui nous rappelle ceci : ce sont les pouvoirs de l'imaginaire et la force des mots qui nous tiennent en vie.

Mon avis sur ce livre :

Un petit livre totalement atypique et tellement intense qu'une fois refermé on n'a qu'une envie, le relire ! Le relire pour savourer à nouveau chaque mot, chaque dialogue, retrouver le corbeau et sa façon de parler hilarante, le relire pour ressentir à nouveau toutes ces émotions qui nous envahissent. C'est un petit chef-d'œuvre de tendresse et d'humanité, on passe du rire aux larmes en un mot, de la magie à la réalité en une phrase et on tente d'oublier que les corbeaux ne frappent pas à votre porte en tenant des propos délirants. C'est un livre sur le deuil, sur l'absence, la perte d'un être cher et la façon dont chacun appréhende ce moment.

Si le propos est original, la construction du livre l'est aussi. De courts chapitres attribués à chacun des personnages, un style varié en fonction du narrateur, une écriture entre la prose et la poésie, rien dans ce livre n'est plat ou banal. Max Porter joue avec les mots et avec ses lecteurs à travers la diversité de son style et la façon dont son texte vient se positionner sur la page. C'est toujours réalisé avec intelligence et finesse et si on est surpris, interpellé et bousculé c'est pour mieux savourer le texte et ressentir l'intensité des sentiments que procure ce roman.

Le personnage de Corbeau est une sorte d'entité magique qui sert de béquille pour aider cette famille endeuillée à supporter la souffrance de l'absence. Chacun y trouvera ce qu'il souhaite y voir, une baby-sitter compréhensive et amusante, une aide compatissante, une sorte de catalyseur des sentiments, un psy gratuit et disponible… Personnage haut en couleurs, à la gouaille hilarante, Corbeau dédramatise la situation dans un style bien à lui, imagé, voire vulgaire et malgré tout c'est beau, touchant, drôle et infiniment intelligent. On sort de ce récit bouleversé, amusé et revigoré, et si le propos est plutôt triste, on en sort pourtant regonflé à bloc. Comme si Corbeau nous avait à nous aussi apporté un peu de son aide précieuse pour affronter nos propres difficultés.

Un petit livre tendre et intense qui m'a emballé. Je remercie Babelio et les Editions du Seuil pour ce moment de grâce et d'humanité.