Bidules et Petits Riens

mardi 4 juin 2019

Basquiat, l'enfant rayonnant

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Paolo Parisi – Basquiat, l'enfant rayonnant – Editions Chêne – 123 P – Traduction Patrice Salsa

4ème de couverture :

Entre la fin des années soixante-dix et le début des années quatre-vingt, New York est un creuset où explosent la créativité, le graffiti, la contre-culture, au son de la musique post-punk et dans la frénésie des night-clubs. Le marché de l'art contemporain est à son apogée, les passions sont grandes et les artistes habités par une soif de reconnaissance et de rédemption.

Petit prince de ce nouvel art, Jean-Michel Basquiat s'illustre alors dans le graffiti mural sous le pseudonyme "SAMO" (Same Old Shit). Comme un météore, il accède au succès et sa rencontre avec Andy Warhol le propulse dans la célébrité. Mais cette existence fulgurante, vécue à l'extrême, sera brève et le jeune peintre meurt à 27 ans, victime de ses excès.

Mon avis sur ce livre :

Quand j'ai vu ce livre, j'avoue que j'étais curieuse car j'aime beaucoup l'œuvre de Jean-Michel Basquiat mais j'ai pensé que ce roman graphique n'allait pas beaucoup me plaire. En réalité je suis beaucoup plus sensible au dessin, aux couleurs, qu'au scénario, voire même aux personnages, alors quand j'ai vu ce rouge, ce vert, ce jaune et ce bleu en grands aplats qui piquaient les yeux j'ai pensé que ça allait être très compliqué… Et ce fut tout l'inverse, on a frôlé le coup de cœur ! Même si encore maintenant, je ne comprends toujours pas pourquoi. Le graphisme vient à l'encontre de tout ce que j'aime. Moi qui suis plutôt fan d'une palette de couleurs à la Enki Bilal, des détails, des subtilités de teintes… j'ai adoré ce roman graphique. Car finalement grâce à cette gamme de couleurs réduite, on se concentre sur le personnage, sur son histoire, son rapport à l'art. On va à l'essentiel, sans être parasité, par tout un tas d'autres choses. 

J'ai mis du temps à écrire cette chronique car j'étais déroutée par rapport à mon ressenti. J'ai adoré ce livre et en même temps je me sentais complètement frustrée par ma lecture. Peut-être parce qu'étant touchée par l'œuvre de Basquiat, il me manquait cette dimension artistique dans le roman qui se concentre avant tout sur l'humain. Et d'un autre côté, je comprends le parti-pris de l'auteur. Comment parler de l'œuvre de Basquiat, sans reproduire ses toiles ? L'auteur devait choisir un autre angle, cette urgence à vivre, à aimer, à expérimenter, à peindre et finalement à se détruire. En lisant ce livre, on se rend compte que l'on était alors dans un contexte artistique en pleine mutation, dans une société qui évoluait à toute vitesse et dans un monde de l'art qui vivait un tournant mercantile, provocateur et opportuniste.

Basquiat a toujours été pour moi le peintre de la fulgurance. J'ai toujours eu cette impression de rapidité, voire d'accélération du temps, en regardant ses toiles, comme s'il savait qu'il n'avait pas beaucoup de temps devant lui pour s'exprimer, pour laisser une trace. Une sorte d'urgence inconsciente de la précarité de la vie, du succès, de la reconnaissance. J'y vois une lucidité, une sorte de clarté inconsciente des réalités du monde et de ses travers. C'est quelqu'un qui m'a toujours touché à travers son univers, son trait incisif, son dessin direct et sans concession, mais aussi à travers cette jeunesse et ce talent partis trop tôt. Et c'est cette urgence que l'auteur a réussi à traduire à travers ce livre et c'est ce qui lui donne les qualités de ses défauts. Je me suis sentie frustrée à la fin de ma lecture, j'aurai aimé aller plus en profondeur, que l'auteur développe un peu plus sa collaboration avec Warhol, la façon dont Basquiat voyait sa peinture, son rapport au monde… Mais il y a tant à dire sur Basquiat, tant d'angles de lecture, tant de développements possible que je comprends le choix de l'auteur. Basquiat a vécu, peint, aimé dans l'idée que rien n'est acquis, tout est en mouvement avant de se retirer du monde pendant un temps à la suite de la mort d'Andy Warhol et de mourir d'une overdose quelques mois plus tard.

J'ai beaucoup aimé ce roman graphique, je trouve que l'auteur a très bien su retranscrire cette fulgurance que je trouvais dans l'œuvre de Jean-Michel Basquiat, à travers son graphisme et son angle de narration. Je remercie Babelio et les Editions du Chêne pour ce roman graphique qui m'a donné envie de redécouvrir l'œuvre de Basquiat.

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mercredi 24 avril 2019

Le Concile de Merlin - Le Secret

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Lionel Cruzille alias Eloan Kroaz – Le Concile de Merlin – Tome 1 : Le Secret – L'Alchimiste Editions – 359 p.

4ème de couverture :

An 535. Les Bretons quittent massivement l'Ile de Bretagne en proie aux envahisseurs Angles et Saxes. De long mois se sont écoulés depuis la défaite et la mort d'Arthur à Camlann. Merlin s'est exilé comme beaucoup de ses compatriotes en Armorique. Gwendaëlle, sa fille, le retrouve dans sa demeure secrète au cœur de Brech El Lean. Ils discutent alors de longues heures des inquiétudes du vieux sage dont une particulièrement le préoccupe : la postérité de l'enseignement traditionnel face au pouvoir accru de l'Eglise. Au petit matin, le vieil homme lui demande de le suivre jusqu'à une clairière où se tiendra, le soir même, une réunion constituée de druides et de moines. Merlin y évoquera ouvertement ses craintes face à l'attitude du clergé. Il y dévoilera un trésor inestimable, depuis longtemps en sa possession et tenu secret : des manuscrits araméens sur la vie du Christ. Merlin souhaite leur partage, en guise de bonne foi, et pense ainsi créer un pont entre Chrétiens et Druides afin de trouver une issue aux crises actuelles. Mais ni l'Eglise romaine, ni certains mages ne sont prêts à bousculer l'ordre établi. Les manuscrits représentent dès lors un danger qu'il leur faut circonscrire…

Mon avis sur ce livre :

J'ai lu ce roman pratiquement d'une traite mais j'avoue que Merlin, Brocéliande, Mages, Loup, Abbaye… sont des mots qui suffisent à mon bonheur ! J'admets que j'ai été élevée par les Dames du Lac et la légende arthurienne fait partie de mon bagage culturel. Je suis bretonne pur beurre donc en terrain connu avec ce genre d'histoire et de personnages. Oui, je l'avoue, je crois au Petit Peuple et Les Légendes de la Mort d'Anatole Le Braz ont bercé ma jeunesse. Autant vous dire que j'attendais beaucoup de cette histoire car j'avais peur de ne pas accrocher vraiment à une énième histoire sur Merlin l'enchanteur. Heureusement, j'ai été embarquée dès les premières pages. 

Bien sûr, rien d'original dans la trame de fond du roman. Comme dans beaucoup de livres du genre on se retrouve dans un duel entre le bien et le mal, entre l'Eglise et le Druidisme, entre les méchants et les gentils, entre les envahisseurs contre les autochtones, les hommes contre les femmes, les donneurs de leçons contre les libres penseurs, les intégristes contre les modérés de chaque camp mais c'est jouissif et entraînant. On part sur les routes d'Armorique avec Gwendaëlle, Gildas, Benoît, Iloan, Bleiz, Merlin… On rencontre les Druides, les Elfes, ça transpire la magie et les sortilèges, le pouvoir de la terre, de la Nature, des animaux totems… J'ai aimé le contexte historique et culturel du récit, même si je suis consciente que c'est un univers qui ne parlera peut-être pas à tout le monde. Le roi Arthur, la forêt de Brocéliande, Mélusine, la fée Morgane, Merlin… font partie de mon enfance et de mes racines, donc forcément l'histoire a tout de suite trouvé une certaine résonnance en moi.

J'ai adoré les personnages, ils sont attachants et courageux et on a vraiment beaucoup de plaisir à les suivre dans leurs aventures. Gwendaëlle est l'héroïne type, un peu caricaturale je l'avoue mais j'étais trop heureuse de trouver une jeune femme de sa trempe qui ne soit pas là pour servir de faire-valoir aux personnages masculins. Son côté guerrier m'a beaucoup plu et sa magie très ancrée s'intègre facilement et très naturellement au récit. Pas besoin de connaître l'histoire de la Bretagne ou des personnages religieux pour apprécier le roman, même si évidemment c'est un plus de savoir qui sont Merlin, Gildas ou Benoît. Il suffit de se laisser embarquer avec eux sur les routes, à travers les siècles, en quête de trésors cachés, de se battre contre les mages noirs, de rencontrer les papes et les rois.

L'écriture est fluide et très agréable. Les chapitres sont courts et donnent du rythme à l'histoire. Ca se lit facilement, c'est distrayant. C'est une bonne approche de l'univers de la Fantasy pour ceux qui ne connaissent pas encore le genre avec un ancrage dans l'univers Arthurien. C'était une jolie découverte et j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman. J'attends la suite avec impatience.

Je remercie Babelio et les éditions L'Alchimiste pour cette découverte. Vivement le tome 2 car il me tarde de repartir sur les routes avec Gildas et Gwendaëlle.

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samedi 23 mars 2019

L'Entrée des mots

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Jacques Weber – L'Entrée des mots – Editions de l'Observatoire – 142 p.

4ème de couverture :

"La littérature a commencé pour moi dans les pages d'une bondieuserie bon marché. Plus tard, la lumière a jailli à la manière des ciels bretons, alternant les fausses teintes, les petits bouts de bleu et les rayons crevant les nuages en longues trompes tibétaines. C'est de là que me vient ce goût d'un sentiment mystique qui rôde autour de la lecture.

C'est toujours dans les histoire d'enfants, naïves ou, comme on dit, "bêtes comme chou", que se dit quelque chose qui ne vous quitte plus. C'est par la porte des enfants que j'entrai en littérature."

Les livres l'ont conduit au théâtre et au cinéma, à moins que ce soit l'inverse… Jacques Weber nous plonge dans les œuvres qui ont marqué sa vie et sa carrière. Une promenade littéraire et passionnée.

Mon avis :

Je ne savais pas forcément à quoi m'attendre avec ce livre, était-ce une autobiographie littéraire, était-ce un essai sur la littérature, une réflexion sur le métier de comédien et le rapport aux textes "classiques" ? Je n'avais pas lu le résumé, le nom de l'auteur me suffisait car Jacques Weber est un comédien que j'aime beaucoup… Mais je suis partie sans préjugés à la découverte de ce texte et j'ai beaucoup aimé la façon dont l'auteur nous parle de littérature, de théâtre, et à travers ses remarques et ses pensées, de la vie en général.

J'assiste très rarement aux rencontres, aux séances de dédicaces... Je préfère me concentrer sur le travail proposé par les écrivains, les acteurs, les chanteurs… La célébrité me touche peu, voire pas du tout, je préfère découvrir ce que la personne nous propose à travers son travail, son talent, sa vision du monde comme artiste.

Je dois préciser que Jacques Weber fait partie des acteurs que j'arrive à oublier en tant que personne au profit du rôle qu'il joue, contrairement à d'autres, "monstres sacrés" ou comédiens qui se perdent un peu dans leurs personnages. Quand je regarde un film ou une pièce de théâtre, je vois le personnage qu'il interprète, j'arrive à me projeter dans l'histoire, je ne vois plus Jacques Weber mais Bel-Ami ou Don Juan… Du coup son livre m'a beaucoup intéressé, sa façon d'aborder ces grands rôles, de se confronter à tous ces personnages mythiques de la littérature, le doute, la peur de ne pas être à la hauteur…

Si je connais l'acteur et le metteur en scène, je ne connais pas du tout l'auteur que j'ai découvert avec ce livre et j'ai été agréablement surprise. Dès les premières lignes, ce que j'ai ressenti, c'est la VIE ! Le texte est riche, imagé, vivant, truculent. On sent tout de suite combien il aime la langue française, les mots, le rythme. A travers ces quelques pages, l'auteur réussit à nous communiquer sa passion pour la beauté et l'intensité de la littérature, que ce soit à travers un personnage, un texte ou un auteur. C'est plein de tendresse, d'énergie, d'envolées, de parenthèses, de moments volés, c'est à l'image du personnage que l'on connaît. C'est écrit avec justesse et un peu de nostalgie parfois mais toujours avec une pointe de gourmandise et de malice. Mais surtout ça donne envie de lire et de redécouvrir tous ces grands textes, de retrouver Cyrano, Edmond Dantès, Bel-Ami…

Merci Monsieur Weber, grâce à vous, j'ai enfin commencé Au-dessous du volcan, un monstre de roman dans lequel je n'osais pas me plonger. Je vais maintenant partir à la rencontre du Consul et d'Yvonne.

Je remercie Babelio et les Editions de l'Observatoire pour cette belle rencontre.

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mardi 12 mars 2019

Le zéro et le un

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Ryan Ruby – Le zéro et le un – Presses de la Cité – 297 p. – Traduction Lucie Modde

4ème de couverture :

Owen, jeune boursier timide et solitaire, détonne à Oxford, parmi les étudiants bien nés qui en peuplent les couloirs séculaires. Lors d'un tutorat de philosophie, il fait la connaissance d'un autre outsider : Zach, riche, charismatique, américain. Zach prend Owen sous son aile et l'entraîne dans des expériences dont le jeune anglais n'avait eu connaissance que par les livres – la première d'entre toutes, l'amour. Avec Claire et Victoria, ils forment un quatuor inséparable. Des cours carrées d'Oxford au monde interlope de Berlin, guidés par les préceptes d'un philosophe allemand tombé dans l'oubli pour lequel Zach a développé une dévorante fascination, les deux amis se mettent au défi de braver les frontières de la morale et des conventions. Jusqu'au jour où Zach propose la plus grave de toutes les transgressions…

Mon avis :

Très intriguée par le résumé de la dernière de couverture, je me suis plongée dans ce roman, sans vraiment chercher à en savoir plus à travers des avis de lecteurs. J'avais vraiment envie de découvrir l'auteur sans préjugés et je n'ai pas été déçue. J'ai aimé l'atmosphère de ce livre de la première à la dernière page même si je suis consciente qu'il ne plaira pas à tout le monde. Les thèmes abordés sont difficiles et sans concession et les personnages pas forcément très sympathiques. Pour caricaturer à l'extrême je dirai que Zach est d'une suffisance et d'une arrogance qui peuvent rapidement agacer le lecteur et Owen est un "mouton", à qui on a envie de filer des claques pour le réveiller. Malgré cela j'ai beaucoup aimé les personnages et la façon dont l'auteur a développé et fait évoluer leur personnalité tout au long du roman. Au fur et à mesure que l'on progresse dans l'histoire, on se rend vite compte que tant Zach qu'Owen sont en prise avec leurs failles et leur propre douleur. Une enfance compliquée pour Zach, solitaire et sans beaucoup de relief pour Owen. Ces personnages que je n'aimais pas beaucoup au début du livre ont fini par m'intriguer, puis par m'intéresser avant de me toucher.

Le livre se développe à travers l'alternance des chapitres consacrés à la relation de Zach et d'Owen à Oxford et ceux d'Owen à New York, passé et présent s'entrecroisent, amis et familles aussi. On voyage à travers ce roman avec inconfort et tristesse et, jusqu'au bout de la route, on espère et on attend la rédemption et la résilience. Bizarrement j'ai préféré le personnage de Zach à celui d'Owen. Zach est pourtant plus sombre, plus manipulateur, voire impardonnable mais Owen est beaucoup trop dans l'admiration béate et la complaisance. Il donne l'impression tout au long du livre de vivre un simulacre de vie par procuration. A travers Zach, puis à travers la famille de ce dernier dans les chapitres New Yorkais. On attend qu'une chose, qu'il devienne enfin acteur de sa propre vie…

C'est un livre qui met en avant différents thèmes : le choix et ses conséquences, le sens de la vie, l'amour jusqu'à la mort, la complexité des relations avec la famille et avec les autres, l'emprise que l'on peut avoir sur quelqu'un... Voyage à travers la philosophie, à travers une histoire inavouée et inavouable, c'est un texte prenant, dur, pesant, certains diront glauque, voire malsain mais cela semble normal pour un livre qui touche aux interdits et aux côtés sombres de l'être humain. J'ai beaucoup aimé ce livre et les questionnements des personnages sur le sens de la vie et de la mort.

Je remercie Babelio et les éditions Presses de la Cité pour ce voyage immobile au cœur du désir et de la culpabilité.

lundi 17 décembre 2018

Dry

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Neal et Jarrod SHUSTERMAN – Dry – Editions Robert Laffont – Collection R – 445 p. – Traduction Cécile Ardilly

4ème de couverture :

Avez-vous déjà eu vraiment soif ?

La sécheresse s'éternise en Californie et le quotidien de chacun s'est transformé en une longue liste d'interdictions : ne pas arroser la pelouse, ne pas remplir sa piscine, limiter les douches… Jusqu'à ce que les robinets se tarissent pour de bon. La paisible banlieue où vivent Alyssa et sa famille vire alors à la zone de guerre. Soif et désespoir font se dresser les voisins les uns contre les autres. Le jour où ses parents ne donnent plus signe de vie et où son existence et celle de son petit frère sont menacées, Alyssa va devoir faire de terribles choix pour survivre au moins un jour de plus.

Mon avis sur ce livre :

Très bonne surprise avec ce roman catastrophe pour la jeunesse. J'ai tout de suite accroché à l'histoire et aux personnages. J'ai trouvé l'ensemble vraiment distrayant et bien construit. Je dois préciser que quand je note un livre pour la jeunesse j'essaie avant tout de me mettre à la place d'un adolescent ou d'un jeune lecteur et de voir si ce livre aurait pu me plaire. Dès les premières pages, on se retrouve au cœur du problème : une pénurie d'eau est déclarée, les robinets se tarissent, les gens se battent pour une bouteille d'eau et bien évidemment, la situation se dégrade rapidement. Les gentils voisins se transforment en monstres prêts à tout pour récupérer deux gouttes de flotte, les profiteurs de tout poil vendent le peu d'eau qu'ils ont encore en leur possession au prix du kérosène et les psychopathes en puissance sont de sortie…

J'ai beaucoup aimé le rythme du récit, on est plongé dans l'intrigue dès les premières pages et on a vraiment envie de découvrir comment vont réagir les personnages face à la situation. Le récit est prenant avec de nombreux rebondissements. Entre le roman catastrophe et le récit dystopique, les auteurs s'en sont donnés à cœur joie pour multiplier les intrigues et les coups tordus. J'ai trouvé particulièrement intéressant le fait que ce roman emmène le lecteur à se poser beaucoup de questions. Comment réagirait-on dans la même situation ? Dans quelle mesure pourrait-on faire confiance à son voisin ? Est-ce que tout ceci est plausible ? Est-ce que l'on serait prêt à vendre père et mère pour s'en sortir ? A devenir un meurtrier ? Est-ce que l'eau va devenir le nouveau pétrole ? Est-ce une dystopie ou un roman d'anticipation ? 

Bien sûr on a des personnages un peu caricaturaux dans leurs réactions et dans leurs psychologies par moment mais ils sont plutôt bien travaillés et les jeunes lecteurs peuvent tout à fait s'identifier à des personnages comme Alyssa ou Kelton. Les aventures sont bien menées. Le livre est découpé selon le point de vue des différents protagonistes et les paragraphes assez courts permettent de dynamiser l'ensemble. Avoir ces angles de lecture multiples donne de la vie au récit et évite au lecteur de s'ennuyer. J'ai trouvé que c'était un bon roman, facile à lire, avec beaucoup de dialogues, dynamique.

Je remercie Babelio et les éditions Robert Laffont pour ce bon moment de lecture.


dimanche 9 décembre 2018

Comment j'évalue mes lectures

On me demande souvent comment je donne une note ou comment j'évalue mes lectures, notamment quand je reçois un livre en échange d'une critique. J'ai donc décidé de faire un petit article à ce sujet.

Tout d'abord, j'essaie de ne pas aller voir ce que d'autres lecteurs disent du livre en question. Je n'ai pas envie d'être influencée et d'avoir des informations sur l'intrigue. Je préfère découvrir par moi-même. J'ai d'ailleurs beaucoup de mal à me tourner vers certains livres "à la mode" sur les réseaux sociaux. Comme si à force d'en entendre parler j'étais écœurée…

Ensuite j'essaie de me mettre à la place de la cible. Exemple : il est évident que si je reçois un livre jeunesse et que je le compare aux Mémoires d'Hadrien de M. Yourcenar ce n'est pas très juste pour lui… Donc ma question dans ce cas est : "A 12 ou 13 ans, est-ce que j'aurai aimé ce roman ?", "Est-ce qu'il m'aurait emballé ?", "Est-ce que je me serai attachée aux personnages ?".

On me demande quelquefois comment je peux donner 5 étoiles à Lolita de Nabokov comme je peux donner 5 étoiles à Dune de F. Herbert ou à L'espace d'un an de B. Chambers. Je ne compare pas ce qui n'est pas comparable… Sinon cela voudrait dire que les grands classiques de la littérature méritent des 5, les prix littéraires des 4, etc. Désolée mais je donne à peine 2 à Belle du Seigneur qui pour moi est juste un ramassis de clichés sur deux têtes à claques, écrits par un type qui "s'écoute écrire"… Ne criez pas, ça n'engage que moi, c'est MON AVIS sur ce livre.

Je trouve que chaque genre à sa place à partir du moment où il a son public. Pour ma part de déteste la "chick-lit", je n'y arrive pas… mais je peux quand même analyser si le personnage m'amuse, s'il y a du rythme dans l'histoire, une progression de l'intrigue, une écriture dynamique, un sens des dialogues… 

Il m'arrive de ne pas aimer un livre, mais dans ce cas, j'essaie de mettre en avant les points positifs, de valoriser ce qui m'a plu.

Pour moi la lecture c'est avant tout une rencontre. Quelquefois ça n'est tout simplement pas le bon timing.

Bonne lecture à tous !

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vendredi 19 octobre 2018

Moonglow

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Michael Chabon – Moonglow – Editions Robert Laffont – 518 p. – Traduction Isabelle D. Philippe – Epreuves non corrigées

4ème de couverture :

En 1947, à la synagogue de Baltimore, un jeune vétéran de la guerre de 39-45 épouse une réfugiée française. Sur le bras, elle porte un tatouage de chiffres bleus. Fragile et fantasque, elle est hantée par des visions de cheval écorché qui semble symboliser pour elle toute l'horreur nazie. 

A l'opposé, le marié, maquettiste de fusées, fasciné par la conquête spatiale, mesure tout à l'aune de la raison. Mais il a participé à la libération du camp de concentration de Dora et il sait quel prix certains hommes ont payé les avancées scientifiques. Les terreurs, les fugues, les séjours en hôpital psychiatrique de son épouse tant aimée achèvent de bouleverser le socle de ses certitudes.

Un roman existentiel sur le rêve américain, l'exploration intergalactique et les origines nazies de l'innovation technologique. Un conte sur la puissance des secrets et des mensonges. Un hommage brûlant à l'amour, si compliqué soit-il.

Mon avis sur ce livre :

Roman, autofiction, biographie, mémoires… difficile de savoir dans quoi on s'embarque en commençant ce livre. Au début, j'étais confuse, un peu perdue et je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre mais rapidement j'étais conquise, par le côté un peu foutraque de l'intrigue, par les différents développements de l'histoire mais surtout par les personnages. Je me suis très vite attachée à ces derniers et sincèrement j'avais très envie de découvrir leur histoire. Pourtant la construction de ce livre m'a vraiment déroutée, on passe d'une époque à une autre, d'un personnage à un autre, on se demande si on est face à de vrais souvenirs ou à une interprétation romancée et détournée de la réalité et des faits.

Ce livre c'est une histoire dans l'Histoire, celle de la guerre 39-45, de l'Holocauste, des camps, de la capacité à se reconstruire ou pas après un drame mais c'est aussi et avant tout l'histoire d'une famille, celle de l'auteur qui se cache derrière le personnage du narrateur comme s'il avait besoin de se dédoubler pour raconter cette histoire qui n'est plus vraiment la sienne. On se perd dans les souvenirs de chacun pour mieux retrouver le fil qui les lie. On se perd dans les époques et les lieux pour mieux se concentrer sur les sentiments et les non-dits. On se perd dans les vérités déguisées pour mieux retrouver la réalité…

Ce livre est un voyage. Un voyage dans la mémoire collective, un voyage dans notre mémoire personnelle, dans notre passé et nos propres souvenirs familiaux à travers les récits de la seconde guerre mondiale, des bombardements, de la découverte des camps de la mort… à travers la conquête spatiale. C'est un livre dans lequel on se plonge comme si à notre tour on faisait partie de cette famille, partie intégrante de leur histoire qui devient aussi la nôtre quelque part.

C'est un livre touchant et dense, qui incite le lecteur à se poser des questions sur son propre passé et sur sa capacité à différencier de vrais souvenirs d'un mensonge tant de fois répété qu'il finit par devenir la réalité. J'ai beaucoup aimé les personnages, notamment leur courage. Ils avancent, tombent, se relèvent, se trompent, se font du mal mais malgré tout on sent qu'à travers les silences et les ombres, l'amour est là. On le devine au détour d'une phrase, à travers un mot, une respiration… si frêle parfois et si brûlant pourtant…

Je remercie Babelio et les Editions Robert Laffont pour ce beau voyage à travers notre Histoire.

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samedi 14 juillet 2018

Delphine Seyrig, une vie

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Mireille Brangé - Delphine Seyrig, une vie – Nouveau Monde éditions – 393 p. 

4ème de couverture :

Actrice, réalisatrice, femme engagée, Delphine Seyrig (1932 – 1990) refuse toute sa vie de se laisser enfermer dans un rôle ou une image. S'inventer, se trouver, se réinventer fut sa raison de vivre. Egérie de Resnais, reine du théâtre parisien dans les années soixante, admirée de Truffaut comme de Duras, fée des Lilas dans Peau d'Ane de Demy ou Jeanne Dielman d'Akerman, Delphine Seyrig a un parcours hors du commun. Au faîte de sa gloire, elle s'engage dans les luttes féministes. Digne d'une héroïne de Stendhal, prête à toutes les aventures, son goût de la liberté, son audace, son refus du tiède, son exigence et son élégance donnent à sa vie tout son romanesque. C'est cette vie riche et inspirante que retrace, pour la première fois, cette biographie passionnante et richement documentée, qui a pour fond la vie sociale, intellectuelle, théâtrale et cinématographique de son époque. Un très beau portrait de femme, par la plume tout en finesse de Mireille Brangé.

Mon avis sur ce livre :

Pour moi Delphine Seyrig était synonyme de mystère : mystère d'une voix si particulière, mystère d'une silhouette et d'un regard, mystère d'un parcours exigeant et engagé. Je connaissais l'actrice de cinéma, pas du tout l'actrice de théâtre et encore moins la femme derrière l'image. Pour ce qui est de l'actrice, elle faisait partie de mon paysage cinématographique un peu comme Capucine et Dominique Sanda. Je les aime, je les admire, je ne suis jamais vraiment étonnée de les voir dans un rôle car leur présence me semble naturelle, comme une évidence. Je les devine à fleur de peau, exigeantes et lucides sur leur métier, fortes dans leurs convictions et leurs choix. Je les admire à travers leurs rôles et leurs parcours mais elles restent des images sur papier glacé, des silhouettes qui passent dans nos vies et des voix qui résonnent quelques temps dans nos cœurs. Delphine Seyrig fait partie de ces femmes dont on se souvient, pour un geste, une voix, un regard qui vous fixe à travers un écran. Cette biographique de Mireille Brangé permet de découvrir la femme derrière l'actrice avec ses peurs, ses doutes, ses engagements, ses colères, son combat pour les femmes.

J'ai beaucoup aimé cette biographie, fouillée, précise, détaillée, particulièrement la première partie sur sa famille et ses années aux Etats Unis. Son rapport à la littérature, au théâtre, son exigence et son désir constant de progresser dans sa vie et dans son art tout en restant lucide sur le milieu cinématographique. C'est cette lucidité constante qui ressort tout au long du livre, cette lucidité dans sa façon d'aborder ses rôles mais aussi cette lucidité quant à la place de la femme et aux combats que celle-ci doit continuellement mener. Féministe, porte-parole, militante aussi, elle n'aura de cesse de lutter pour la cause des femmes, pour leurs droits et leur émancipation.

J'ai apprécié de retrouver à travers ce récit les auteurs, acteurs, réalisateurs de ces films qui marquent une époque, celle du TNP, des écoles de Théâtre, de l'Actors Studio. On y croise Jean Rochefort, Philippe Noiret, Samuel Beckett, Marguerite Duras, Laurence Olivier, François Truffaut, Alain Resnais, Dirk Bogarde, Joseph Losey, Jacques Demy, Luis Bunuel… C'est India Song, L'année dernière à Marienbad, Qui êtes-vous Polly Maggoo ?, Musica, Accident, Le charme discret de la bourgeoisie… autant de films qui font partie de mon éducation cinématographique. 

Je remercie Babelio et Nouveau Monde éditions pour ce livre. C'est une biographie très dense, qui pourrait freiner ceux qui préfèrent un récit moins factuel et plus romancé mais si vous aimez le cinéma, le théâtre, la littérature de cette époque, je vous conseille vivement cette lecture et cette belle rencontre avec une femme intense et incroyable partie trop tôt.

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jeudi 14 juin 2018

Banksy l'art transgresse les règles

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Hettie Bingham - Banksy, l'art transgresse les règles – Editions Palette -  48 p. – Traduction Benjamin Kuntzer

4ème de couverture :

Qui est Banksy ?

Ses œuvres se vendent plusieurs milliers d'euros, sont conservées dans les plus grands musées mais le doute subsiste toujours sur l'identité de Banksy.

Découvrez l'artiste derrière le masque, ses pochoirs subversifs, son humour noir et ses opinions politiques. Depuis les rues de Bristol jusqu'à ses expositions dans le monde entier, cet ouvrage retrace la carrière de Banksy, ses influences, ses combats, ainsi que ses rares interviews et certaines de ses plus célèbres œuvres, aujourd'hui perdues.

Mon avis sur ce livre : 

En réalité je suis plutôt embêtée par rapport à ce livre car si j'ai aimé le fond, je n'ai pas du tout aimé la forme. J'ai donc un avis plus que mitigé sur ce petit fascicule présentant l'artiste Banksy que j'adore et je suis limite en colère quand je vois la mise en page et la qualité d'impression. Si c'est un parti pris volontaire, pour mettre en avant le côté éphémère, rapide, clandestin du Street art, je peux le comprendre mais cela n'empêche pas de mettre en valeur les œuvres, d'avoir des photos dignes de ce nom et d'avoir une mise en page soignée.

Sous prétexte que l'on est dans du Street Art, on nous colle ce fond de page imitation "matière" murs complètement has been et attendu, dans cette couleur beigeasse improbable digne des pires fonds de pages de PowerPoint, ou dans cet aplat gris colorié super terne. La brique avec ses tons chauds et ses nuances de rouges aurait sûrement été un choix plus acceptable si l'on souhaitait rester dans ce style ! Du coup on se retrouve dans une mise en page des années 80 avec un collage grossier de bulles, de textes, de faux encadrements autour des visuels que l'on dirait récupérés sur internet tellement ils sont sombres et de mauvaise qualité. Du coup j'ai eu l'impression que mon plaisir était gâché et que le travail était bâclé, vite fait, terne et sans relief. 

J'adore Banksy, le mystère, l'humour caustique qui se dégage de ses œuvres, les messages qu'il insuffle à nos villes comme autant de points d'exclamation pour nous interpeller sur les problèmes du monde. Ses œuvres sont tellement belles, poignantes et poétiques que je trouve que c'est vraiment dommage de ne pas les avoir mises beaucoup plus en valeur avec une mise en page réfléchie et originale. A la décharge de l'éditeur français, je pense que c'est simplement une reprise à l'identique d'un titre publié chez Wayland en 2014.

Le point positif c'est que j'ai appris beaucoup de choses sur l'artiste. A travers de petits textes informatifs, de citations, le lecteur qui ne le connaît pas encore peut obtenir un bon résumé de la démarche, du style, de l'univers de Banksy. Chaque double page présente un grand thème : "Premières œuvres", "Se faire remarquer", "Thèmes controversés"… et je trouve l'idée plutôt intéressante. Mais ce découpage aurait mérité d'être valorisé par une mise en page plus attractive car là ça pique un peu les yeux ! Je ne sais pas si ce livre s'adresse plus particulièrement à un jeune public dans une collection de sensibilisation à l'univers de l'art mais raison de plus pour que le contenu soit clair, agréable à l'œil, voire exigeant, avec un univers graphique adapté et non des couleurs éteintes dans une palette de tons sans relief.

Je remercie Babelio et les éditions Palette pour m'avoir donné envie de redécouvrir l'œuvre de cet artiste que j'aime beaucoup.

 

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dimanche 20 mai 2018

Bonjour Tristesse

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Frédéric Rébéna – Bonjour Tristesse – Roman graphique d'après le roman de Françoise Sagan – Edition Rue de Sèvres – 104 p. 

4ème de couverture :

"Anne était un beau serpent, elle se glissait derrière nous.
Elle allait nous voler notre bonne chaleur…
Sa froideur était sa forme de vie.
J'entrai par elle dans un monde de mauvaise conscience.
Moi, naturellement faite pour l'insouciance…
Je me perdais moi-même."

Mon avis sur ce livre :

Avant de lire ce roman graphique, je tiens à préciser que je connaissais le roman de Françoise Sagan, lu quand j'étais adolescente et relu assez récemment avec des yeux d'adulte cette fois. Je dois dire que le roman original ne m'a pas laissé un souvenir impérissable. Des personnages que l'on qualifierait de bobos de nos jours : un père qui semble être en pleine crise de la quarantaine, séducteur de bazar, une adolescente cruelle, manipulatrice et mal dans sa peau qui aimerait être le centre du monde, qui voudrait son papa pour elle toute seule et à qui on a surtout envie de filer des claques… Bref, on assiste dans le roman à la fin d'une époque, au déclin d'un monde désuet, déjà démodé, où la cruauté se pratique entre deux flutes de Champagne et deux soirées au casino. Je peux comprendre l'engouement pour ce roman au moment de sa sortie, une jeune fille qui écrit, qui casse les codes, qui s'affranchit de la bienséance et des principes moraux de l'époque, une jeune fille qui vit à 100 à l'heure, émancipée et libre… Mais c'est typiquement le roman qui une fois sorti de son contexte et de son époque, perd tout ce qui fait son charme, son audace, sa liberté. Bref, ça se lit vite, c'est "plaisant" mais vite oublié. Je me souviens avoir pensé "Tout ça, pour ça ?".

Contrairement au roman de Françoise Sagan que j'avais aimé sans plus, j'ai vraiment apprécié le roman graphique de Frédéric Rébéna. Il a su conserver la quintessence du texte original. On va à l'essentiel, sans superflu, c'est direct, précis, sans faux-semblants, l'émotion pure et sans fioritures. Grâce au dessin, à la subtilité et à la délicatesse du trait et de la mise en couleur, l'auteur réussit à mettre en valeur les personnages, la dramaturgie de l'histoire et l'atmosphère particulière des vacances : l'ombre de la sieste, la lumière de la plage, la chaleur des nuits d'été, les sentiments qui se dévoilent, les émotions exacerbées… Tous les ingrédients sont réunis pour que le drame éclate.

En allant à l'essentiel tant par le texte que par le dessin, l'auteur donne de la profondeur aux personnages, ici le minimalisme développe l'intime. Finalement j'ai redécouvert le roman d'origine à travers l'adaptation de Frédéric Rébéna et j'ai mille fois préféré cette version à celle de Françoise Sagan, peut-être parce que l'auteur est allé au cœur du roman pour en retirer l'essence et en conserver l'esprit, peut-être parce qu'en épurant le texte pour en conserver l'essentiel, il a su toucher le lecteur de façon plus directe et plus profonde.

Je remercie Babelio et les éditions Rue de Sèvres pour ce joli moment et ce regard neuf sur le livre de Sagan. J'ai vraiment envie de découvrir le catalogue de cette maison d'édition.

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vendredi 27 avril 2018

Le Prince des Ténèbres

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Hélène Calvez – Le Prince des Ténèbres – Editions Erick Bonnier – Collection Encre d'Orient – 262 p.

4ème de couverture :

En 1170, Saladin est maître de l'Egypte, mais son pouvoir est fragile. L'un de ses amis meurt de façon inexpliquée. Saladin entend bien ne pas laisser ce crime impuni : il charge donc le philosophe juif Maïmonide, son médecin personnel de lui trouver un savant capable d'apporter une réponse à ce mystère.

C'est un chrétien qui se présente. S'ouvre alors un immense jeu de dupes. Car, c'est pour un autre objectif que l'Eglise de Tolède l'a autorisé à se rendre en Egypte. Ce que l'Eglise ignore, tout comme Saladin et Maïmonide, c'est que l'homme qui vient d'entrer en Egypte est le Prince des Ténèbres. Fondé sur des faits historiques et des personnages connus, ce roman est une enquête sur fond de millénarisme.

Mon avis sur ce livre :

Je me suis plongée dans ce livre sans savoir de quoi il parlait, je connaissais l'auteur à travers l'un de ses précédents romans que j'avais beaucoup aimé et cela me suffisait pour avoir envie de découvrir son nouveau livre. Je lis rarement les résumés dans leur globalité, si je ne connais pas l'auteur je veux juste savoir de quoi parle le livre (relations familiales, période historique, lieux, thriller, fiction, essai…). C'est aussi pour cela que j'évite de lire ou de regarder les vidéos des bloggeurs qui chroniquent un livre que je n'ai pas encore lu. J'aime l'effet de surprise, découvrir au fur et à mesure et surtout ne pas avoir d'idées préconçues. Là, je ne savais pas du tout à quoi m'attendre, seul "roman historique" sur la couverture me donnait quelques pistes et je savais que c'était une enquête après un empoisonnement. Mais j'aime les enquêtes, le mystère, l'histoire, donc tout était réuni pour que je passe un bon moment de lecture. Et ce fut le cas… mais à ma grande surprise pour tout autre chose que ce qui me séduit habituellement.

Dans ce roman, ce n'est pas tant l'enquête en elle-même qui m'a plu mais l'ambiance générale, les descriptions, les personnages, l'atmosphère de la ville, le parfum des rues… D'habitude je fonce à travers les pages de ce genre de roman, avide de découvrir la suite des événements, anxieuse de connaître la prochaine victime, heureuse de trouver quelques pistes de l'intrigue. Ici, ce fut tout le contraire, je savourais chaque page, je prenais mon temps, j'avançais lentement dans ma lecture. L'enquête est prenante et sort des sentiers battus mais pour moi ce n'était pas l'élément central du livre. C'est la ville de Fustât qui reste le pivot de ce roman, ses riches marchands, ses intrigues, ses érudits… A travers les yeux surpris d'Avendeuth, narrateur de l'histoire, on découvre un monde musulman qui n'a rien à envier à l'Espagne de l'époque, tant par la richesse de sa culture que par sa pensée philosophique. Un pays qui va réussir petit à petit à changer Avendeuth, à le sortir de cette espèce de léthargie sensorielle dans laquelle il se complait. Lui qui se voit comme la main de Dieu, comme le Prince des Ténèbres, détaché de toute humanité, semble au fil des pages se réveiller au monde qui l'entoure. Car oui, il est particulièrement antipathique, on n'arrive pas à s'attacher à ce personnage et on se dit qu'autant de pages en sa compagnie risque d'être compliqué ! C'est sûrement l'un des points négatifs pour moi. J'aurai aimé avoir affaire à un personnage moins froid, plus vivant, notamment dans la première partie du livre… Mais heureusement, au fur et à mesure que l'enquête avance, qu'il rencontre les autres protagonistes de l'histoire, suspects ou simples témoins, on le voit entrouvrir la porte aux plaisirs des sens. La nourriture, la sensualité, la beauté du monde commencent à le toucher, voire à l'émouvoir. On sent qu'il est capable de continuer à évoluer et qu'il peut abandonner les ténèbres pour faire entrer un peu de lumière dans sa vie. 

J'ai particulièrement apprécié l'écriture, j'avoue que par moments, j'ai retrouvé ce qui m'avait tant plu dans Soufi, mon amour d'Elif Shafak, une atmosphère particulière, un style descriptif et riche totalement immersif. On déambule avec Avendeuth à travers les rues de Fustât, on goûte en sa compagnie les mets les plus parfumés, on découvre à travers ses yeux la richesse des tissus, à travers son nez, les odeurs de la ville ! Je trouve que ce personnage à un vrai potentiel pour devenir un héros récurrent dans d'autres aventures qui nous mèneraient vers l'Italie ou l'Orient de l'époque… En tous cas, j'ai beaucoup aimé mon voyage.

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dimanche 22 avril 2018

Sauvage

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Jane Harper – Sauvage – Editions Calmann-Lévy Noir – 424 p. – Traduction David Fauquemberg

4ème de couverture :

De retour à Melbourne après un séjour éprouvant dans sa ville natale, l'agent fédéral Aaron Falk apprend la disparition d'Alice Russell. Cette dernière, qui n'est jamais revenue d'un challenge d'entreprise dans le bush, est son témoin clé dans une affaire de blanchiment d'argent à grande échelle.

Alors que son enquête plonge Falk au cœur d'une nature magnifique mais impitoyable, surtout en plein hiver, il découvre que tous les participants à ce challenge ont quelque chose à cacher. Et qu'Alice, femme cruelle et insensible, est loin d'être appréciée par ses collègues. Le compte à rebours pour retrouver Alice vivante est enclenché mais, si les langues se délient progressivement, tout le monde ne semble pas prêt à coopérer.

Mon avis sur ce livre :

J'étais ravie de retrouver l'agent fédéral Aaron Falk pour une nouvelle enquête car j'avais beaucoup aimé Canicule, le premier roman de Jane Harper que je venais de lire en VO quelques temps auparavant. J'avoue que je partais vraiment confiante pour ce deuxième roman et je n'ai pas été déçue. Encore une fois j'étais conquise dès les premières pages, tant par l'évolution du personnage principal, que par l'intrigue et la construction du récit. Pas de surprise pour ceux qui aiment les thrillers puisque l'on est vraiment dans ce style de récit avec un personnage principal récurrent et une enquête différente à chaque roman mais j'avoue que ma lecture était vraiment prenante et addictive.

Ici l'on va suivre un groupe de personnages partis en séminaire d'entreprise, qui se retrouvent dans le bush australien séparés en deux équipes : les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Le roman débute avec le retour de ces groupes au point de ralliement, et Alice manque à l'appel. Sa disparition est vraiment le point central du roman, ne vous attendez pas à une enquête financière comme pourrait le laisser supposer le résumé, ici l'affaire de blanchiment d'argent n'est pas le cœur de l'intrigue. Ce sont vraiment les personnages qui priment et leur interaction au travail ou lors de ce périple.

Cette fois encore, Jane Harper met la nature australienne à l'honneur. Comme dans Canicule, l'Australie est un personnage à part entière et c'est ce qui pour moi fait tout le charme de ses romans. L'aspect sauvage et implacable de la nature australienne joue un rôle primordial dans la façon dont vont évoluer les personnages tout au long du livre. Grâce à la construction de son récit qui alterne les chapitres d'enquête avec les chapitres en flash-back de l'aventure du groupe des femmes, le lecteur voit petit à petit évoluer les personnalités et les comportements de chacune face à la difficulté : le manque de repères, le fait d'être perdu au milieu d'une nature hostile, les intempéries, les peurs qui refont surface, les antagonismes latents entre les membres de l'équipe, les vieilles rancœurs qui se dévoilent… tout est fait pour créer un climat propice au drame.

L'écriture est fluide, sans surprise, mais plutôt dynamique et c'est ce que l'on cherche généralement pour ce genre de roman, avec de nombreux dialogues qui rythment les chapitres de manière efficace. Dans l'ensemble j'ai vraiment pris plaisir à ma lecture. Par contre petit bémol sur le développement des personnages que j'ai trouvé un peu moins travaillé que dans son précédent roman. Il y avait pourtant matière à développer les personnalités de certains des protagonistes mais j'avoue que j'aurai aimé aller un peu plus au fond des choses, notamment avec le personnage d'Alice que j'ai trouvé un peu superficiel. Par contre le personnage d'Aaron se dévoile un peu plus dans ce deuxième opus, notamment à travers sa relation avec son père. 

Je remercie Babelio et les éditions Calmann-Lévy pour cette aventure dans le bush australien et j'attends avec impatience la prochaine enquête de l'agent Aaron Falk.

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lundi 2 avril 2018

Les rêves de mon père

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Barack Obama – Les rêves de mon père – Les Presses de la Cité – 454 p. – Traduction Danièle Darneau

4ème de couverture :

- C'est vrai, Bar, disait-il, ton papa pouvait faire face à n'importe quelle situation, et c'est pour ça que tout le monde l'aimait. Tu te souviens de la fois où il a chanté au Festival international de musique ? Il avait accepté de chanter des chants africains, mais quand il est arrivé, il s'est aperçu que c'était pas n'importe quoi. La fille qui passait juste avant lui était une chanteuse semi-professionnelle, une Hawaïenne qui avait tout un orchestre derrière elle. Un autre se serait dégonflé, aurait expliqué qu'il y avait erreur. Mais pas Barack. Il y est allé et il a chanté devant tous ces gens qui le regardaient, et ça, je te jure, il faut le faire. Il n'a pas été formidable, mais il était si sûr de lui qu'il a récolté autant d'applaudissements que les autres.

Mon grand-père secouait la tête et se levait pour aller tripoter les boutons de la télé.

- Tu vois, il y a une chose que tu peux prendre chez ton père, me disait-il. La confiance en soi. Le secret du succès.

Dans une autobiographie bouleversante qui commence à Hawaï pour s'achever au Kenya, Barack Obama revient sur le parcours qui le mena à la politique, mais il raconte surtout, en écrivain, les blessures intimes, les rencontres providentielles, et l'extraordinaire roman familial qui firent de lui l'homme qu'il est aujourd'hui.

Mon avis sur ce livre : 

De Barack Obama je connais finalement peu de choses en dehors de ce que j'ai pu suivre lors de ses deux mandats dans les médias. J'en avais une image un peu lisse, un peu surfaite aussi, une image vendue par le service communication de la Maison Blanche. C'est quelqu'un dont j'ai suivi le parcours pendant 8 ans, regrettant souvent qu'il ait les mains liées pour pouvoir appliquer la politique qu'il avait souhaitait mettre en place, admirant le symbole qu'il représentait dans cette Amérique toujours aux prises avec ses vieux démons. Pour moi il symbolisait avant tout une évolution des mentalités, une prise de conscience, un progrès… En réalité, je connaissais l'image médiatique, pas vraiment son milieu social, son enfance et d'où il venait en réalité, je ne pensais pas avoir grand-chose de commun avec lui jusqu'au jour où j'ai découvert son interview avec Michiko Kakutani, le critique du New York Times et où je me suis aperçue qu'on lisait et qu'on aimait les mêmes auteurs, Toni Morrison, Philip Roth, Junot Diaz, Jhumpa Lahiri… (il me semble que l'on peut retrouver cette interview en français dans le premier numéro de la revue America).

L'occasion s'est présentée avec ce livre d'en découvrir un peu plus car ce récit ne traite pas du tout de ses dernières années comme Président mais revient sur son enfance, sa famille avec une mère blanche venant de l'Amérique profonde et un père kenyan d'origine Luo qui s'en va lorsque Barack est encore petit, ses grands-parents qui l'ont élevé une partie de son adolescence, son parcours universitaire à Colombia et sa prise de conscience politique lorsqu'il travaillait comme travailleur social dans un quartier noir défavorisé de Chicago.

J'ai beaucoup aimé ce récit, notamment les parties sur son parcours d'organisateur de communautés et son voyage au Kenya quand il part à la rencontre de la famille de son père, retrouve ses demi-frères et ses demi-sœurs, ses tantes… découvre ses racines et surtout son père décédé qu'il a peu connu et qui semble reprendre sa place par le biais de ce voyage.

A travers ses lignes on ne peut qu'admirer ce parcours qui l'a mené au plus haut car contrairement à beaucoup de politiques, il n'a pas eu une route toute tracée. Il a réussi par lui-même, il s'est forgé une conscience politique en côtoyant les plus pauvres et les laissés pour compte, en essayant d'améliorer le quotidien des habitants de ces quartiers grâce à de petites victoires, le désamiantage des logements sociaux, la lutte contre la déscolarisation et la délinquance des jeunes… Autant de petites victoires mais aussi de découragement, de colère sans doute et la volonté constante de ne pas abandonner tous ces gens à leur sort. C'est certainement à ce moment-là qu'il prend conscience de l'importance des alliances politiques, des compromissions nécessaires et du poids de l'Administration. Bouger les gens n'est pas si difficile, faire sortir les politiques et les édiles de leur confort et de leur bureau doré est bien plus compliqué. Il se rend vite compte que oui, il remporte quelques petites victoires, mais qu'il sera beaucoup plus utile s'il réussit à faire partie de ces instances où tout se décide. Quelques temps plus tard il partira pour Harvard, reviendra travailler comme professeur à l'université de Chicago et gravira un par un les échelons de la politique.

J'ai beaucoup aimé ce récit, tant sur le fond que par sa forme car le style, contrairement à ce genre de livre, est très littéraire. On sent tout de suite que c'est quelqu'un qui aime l'écriture mais surtout la lecture et cela rend l'ensemble vraiment fluide et agréable à lire. C'est une vraie introspection, sans fausses pudeurs, sans concession sur ses questionnements, sur ses doutes et sur ses choix.

Je remercie Babelio et Les presses de la Cité pour ce récit, et Monsieur le Président, si vous passez par-là, j'attends vos mémoires avec impatience.  

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mardi 13 mars 2018

La chorale des dames de Chilbury

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Jennifer Ryan – La chorale des dames de Chilbury – Editions Albin Michel – 463 p. – Traduction Françoise du Sorbier – Epreuves non corrigées

4ème de couverture :

1940. Un paisible village anglais voit partir ses hommes au front. Restées seules, les femmes affrontent une autre bataille : sauver la chorale locale pour défier la guerre en chantant. Autour de Miss Primrose Trent, charismatique professeur de chant, se rassemble toute une communauté de femmes, saisie dans cet étrange moment de liberté : Mrs Tilling, une veuve timide ; Venetia, la "tombeuse" du village ; Sylvie, une jeune réfugiée juive ; Edwina, une sage-femme qui cherche à fuir un passé sordide. Potins, jalousies, peurs, amours secrètes… Entre rires et larmes, Jennifer Ryan, s'inspirant des récits de sa grand-mère qui a vécu le conflit depuis un petit village du Kent, sonde les âmes de ce chœur que vous n'êtes pas près d'oublier.

Mon avis sur ce livre :

La chorale des dames de Chilbury a été une très bonne surprise. Je m'attendais à un roman dans la lignée des livres "feel good" avec quelques ragots de village, saupoudrés d'un peu de méchanceté et de romance de bon aloi mais je suis tombée sur une version trash des romans de Barbara Pym. Les gens sont méchants (mais ça, on le savait déjà), manipulateurs, prêts à tout pour de l'argent, pour leur réputation et leur petit pouvoir local. Les personnages hauts en couleurs frôlent la caricature parfois mais c'est tout ce que j'aime, ils sont drôles, font les mauvais choix, subissent tout au long du roman mais c'est ce qui fait tout le charme du livre. Mélange bien dosé de cynisme, de mauvaise foi, de romance et de droiture, d'optimisme et de bonté cachée derrière une carapace qui ne demande qu'à voler en éclats, le livre nous entraîne à travers les aventures, les trahisons, les crimes et les sentiments des personnages. Par le biais des lettres et des journaux intimes de certains, on découvre les personnalités des principaux personnages. On s'attache facilement à certains, on déteste encore plus facilement les autres et on a envie de découvrir comment tous vont évoluer au fur et à mesure que l'on avance dans le roman.

J'ai beaucoup aimé le portrait de ce village peint par l'auteur. Les personnages sont bien travaillés et réservent quelques surprises, les situations s'enchaînent, on voit rapidement que tout n'est pas tout blanc ou tout noir et l'on se doute que certains cachent bien leur jeu. Si vous aimez les femmes fortes qui prennent leur vie en mains vous ne serez pas déçus, la chorale n'est que le prétexte et une sorte de catalyseur pour dévoiler les caractères et donner confiance aux plus effacées. Certains trouveront que les hommes manquent un peu d'épaisseur et n'ont pas forcément le beau rôle mais il faut dire que la majorité de ces derniers est sur le front.

La lecture est assez rythmée car les chapitres sont courts et le ton direct avec les points de vue des différents personnages. On retrouve l'atmosphère décalée de la série anglaise Barnaby où tous les habitants de Midsummer, petit village de carte postale semblent être des meurtriers en puissance et les paroissiens trop tranquilles des romans de Barbara Pym. J'ai vraiment bien aimé cette lecture. J'ai été touchée par la force de caractère de ces femmes qui luttent au quotidien pour surmonter les épreuves de la guerre, les deuils, les pénuries, les bombardements et qui prennent leurs vies en mains. Certaines, comme Edwina, tenteront de prendre des raccourcis pas très propres et pour d'autres le chemin sera plus long mais toutes seront au rendez-vous de leur destin.

Je remercie Babelio et les éditions Albin Michel pour cette visite de Chilbury et la rencontre de ses habitants.

jeudi 1 mars 2018

Les garçons de l'été

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Rebecca Lighieri – Les garçons de l'été – Editions Folio – 413 p. – Epreuves non corrigées

4ème de couverture :

"Avec eux, je tremble, je frémis, je suis dans l'adoration, et ce n'est pas un servie à rendre aux enfants que de les adorer."

Zachée et Thadée, deux frères, étudiants brillants et surfeurs surdoués, déploient les charmes de leur jeunesse sous l'été sauvage de la Réunion. Mais l'été et la jeunesse ont une fin, et il arrive qu'elle survienne plus vite et plus tragiquement que prévu.

Alternant les points de vue, Rebecca Lighieri s'acharne joyeusement à démontrer les mensonges qui composent cette famille idéale. 

Mon avis sur ce livre :

Un récit surprenant, qui m'a dans un premier temps laissé un sentiment plus que mitigé pour finir par me happer complètement. J'ai volontairement choisi de ne pas faire cette chronique à chaud et j'ai bien fait. Au début, j'avoue que j'ai eu un peu de mal à me plonger dans le récit, notamment parce que je ne réussissais pas à m'attacher aux personnages présentés dans les premiers chapitres. Cette mère de famille en adoration devant ses fils, Thadée, l'ainé pourri gâté qui a tout pour lui, Zachée le second, qui vit dans l'ombre de son frère… tout cela me semblait un peu trop "cliché" à mon goût. J'ai essayé de ne rien dévoiler de l'histoire qui promet de nombreux rebondissements, de par la construction du récit notamment mais pour poser l'intrigue je dirai que suite à un accident, tout se détraque et l'atmosphère devient rapidement pesante, voire malsaine. A partir de là, j'ai ressenti un sentiment étrange de malaise constant difficile à oublier au cours de ma lecture.

Malgré ce malaise, le récit devient rapidement prenant. On ne s'attache toujours pas aux personnages principaux mais les personnages jusque-là secondaires commencent à prendre de l'ampleur. Ils sont plus nuancés, plus complexes psychologiquement et donc plus attachants au final. Le lecteur est plus enclin à leur pardonner leurs défaillances et leurs petites lâchetés. La construction du récit, avec chaque chapitre dédié à un personnage qui apporte son propre témoignage et son angle de vue, permet de donner du rythme à l'histoire et de la consistance à l'ensemble.

Quand j'ai terminé ce roman, j'étais vraiment mitigée sur ma lecture. D'un côté, je trouvais l'atmosphère vraiment pesante, voire malsaine et de l'autre j'avais été rapidement captivée par l'histoire et les personnages. En tant que lecteur je n'aimais pas forcément les sentiments que tout cela provoquait, j'avais l'impression d'être dans le rôle du voyeur satisfait de la chute annoncée d'une famille dysfonctionnelle… Ce qui me mettait dans une position que je n'aimais pas forcément ! Se réjouir du malheur des autres n'est jamais très valorisant. J'ai donc préféré attendre un peu que tout cela se décante pour faire cette chronique, car plus je repensais à l'histoire, à ces personnages, à la façon dont Rebecca Lighieri avait construit son récit et plus j'appréciais ce roman. J'ai particulièrement aimé la façon dont le lecteur est confronté aux différents points de vue de chaque protagoniste au fur et à mesure que l'histoire avance. Tous les ingrédients sont réunis pour captiver le lecteur : des personnages que l'on adore détester, des rebondissements, des caractères forts qui se dévoilent peu à peu avec un coup de cœur pour le personnage d'Ysé la petite sœur, une atmosphère très particulière… Pour résumer, je vous invite vraiment à vous plonger à votre tour dans cette intrigue familiale.

Je remercie Livraddict et les éditions Folio pour m'avoir permis de découvrir ce titre.  

Le roman paraîtra le 5 avril 2018.

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mercredi 21 février 2018

Exit West

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Mohsin Hamid – Exit West – Editions Grasset – Collection En lettres d'ancre – 207 p. – Traduction Bernard Cohen

 4ème de couverture :

Une grande ville au bord de la guerre civile, quelque part au Moyen-Orient. Saïd y rencontre Nadia, une jeune femme indépendante, sensuelle et déterminée. Jour après jour, les explosions, les échanges de tirs et les points de contrôle sauvages transforment un peu plus la vie des habitants en enfer. Nadia et Saïd doivent se cacher pour vivre leur passion naissante, mais l'escalade de la violence finit de les transformer en prisonniers et les pousse à tout tenter pour partir, jusqu'à emprunter l'une de ces portes mystérieuses dont on dit qu'elles ouvrent sur l'occident…

Avec cette histoire d'amour poignante sur fond d'exil et de crise migratoire, Mohsin Hamid nous prouve par don inventivité de conteur qu'un sujet d'actualité n'exclut pas la poésie ni même la magie. Une fable contemporaine et intemporelle.

Mon avis sur ce livre :

Beaucoup de surprises et beaucoup d'émotions aussi avec ce roman d'un auteur que je ne connaissais pas mais que je souhaitais découvrir depuis un petit moment. Je savais ce roman présent dans les listes de nominations de nombreux prix dont celle du Man Booker Prize que j'attends toujours avec une certaine impatience mais je ne souhaitais pas en savoir davantage. Je préfère découvrir un roman par moi-même plutôt qu'à travers le regard des autres lecteurs et j'évite généralement les chroniques des blogueurs ou des youtubers tant que je n'ai pas lu le livre en question. Pour Exit West je savais simplement que c'était une histoire d'amour dans un pays en guerre quelque part au Moyen-Orient mais en réalité c'est bien plus que ça.

L'auteur a su, par la construction de son récit et de ses personnages, en faire une histoire totalement universelle et hors du temps. Exit West pourrait se passer dans n'importe quel pays en guerre, entre un homme et une femme que tout semble séparer au départ. Alors oui on pense à la Syrie, à l'Irak ou aux révolutions du printemps arabe, à tous les bouleversements qui ont eu lieu ces dernières années dans ces parties du monde, on pense à la montée de l'intolérance et des intégrismes de tout bord mais ce court roman met en lumière bien plus que cela. Il amène le lecteur à revoir ses perspectives, à se questionner sur ses propres priorités… Est-ce que je pourrai prendre de tels risques pour quelqu'un que je viens de rencontrer, est-ce que je serai prêt à quitter mon pays et à laisser des gens que j'aime derrière moi, est-ce que l'inconnu vaut mieux que la lutte au quotidien et la résistance passive auprès de son peuple ? C'est un livre qui développe de nombreux thèmes : l'amour, l'exil, la fuite, les migrants, l'abandon, le deuil, la séparation, la religion, l'intégration dans un autre pays… Comment faire le deuil d'une vie qui semblait toute tracée, le deuil d'un parent, le deuil d'une relation ? Comment réussir à se sentir chez soi dans un pays qui n'est pas le nôtre ?

J'ai beaucoup aimé l'intensité de ce récit et cette écriture magnifique où chaque mot est à sa place et d'une justesse incroyable. Cela donne de l'ampleur à l'histoire alors que le roman n'est pas très long. Les personnages sont attachants et j'ai apprécié qu'ils ne deviennent pas des clichés ou des catalyseurs de tout ce qui peut être véhiculé sur les migrants et l'exode. D'ailleurs dans ce livre, pas de traversée sur des bateaux de fortune ou de périples interminables sur les routes, mais une odyssée magique à travers des portes qui vous mènent d'un lieu à un autre sans que vous connaissiez votre destination. Et pour tous les candidats au départ il y aura une part de hasard, un soupçon de chance, une dose d'inconscience et de courage. Finalement cela reste très universel, peu importe le moyen de transport ; le risque, la peur, les mauvaises rencontres, la mort pour certains et la renaissance pour d'autres font partie de l'histoire…

Je remercie Babelio et les éditions Grasset pour ce très beau voyage et la rencontre de Nadia et de Saïd.

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samedi 13 janvier 2018

Penguin Bloom

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Cameron Bloom et Bradley Trevor Greive – Penguin Bloom – Editions JC Lattès – 212 p. – Traduction Carole Delporte

Présentation de l'éditeur :

L'incroyable amitié entre une famille frappée par le malheur 
et une pie hors du commun.

Les photos de la pie Penguin et de sa famille ont charmé le monde entier. Et elles ont tant à raconter !

Tout commence par un terrible accident. Lors d'un voyage en Thaïlande avec son mari et leurs trois garçons, Sam Bloom fait une chute vertigineuse et se retrouve entièrement paralysée. A son retour en Australie, cette femme jusque-là très sportive perd goût à la vie. Mais l'irruption d'une petite pie, Penguin, tombée de son nid non loin de la maison des Bloom, va les aider à traverser cette épreuve.

La joie incroyable que l'oiseau secouru procure à Sam et à ses proches montre à quel point l'amour et l'entraide sont cruciaux dans les moments difficiles.

Mon avis sur ce livre :

"Les anges se cachent sous les formes les plus étranges".

Cette phrase résume à elle seule tout le livre et donne le ton de la formidable histoire que nous raconte cette famille, sauvée de l'indicible par cette petite pie tombée de nulle part.

Récit d'un témoignage, poignant, tendre, plein de larmes et de sourires, ce livre se découpe en trois grandes parties. Dans un premier temps, c'est Cameron le père de famille qui nous raconte son histoire : sa rencontre avec Sam, leur vie de voyageurs, la naissance de leurs enfants puis le drame, la chute suivie du silence, la peur, la souffrance… C'est Sam qui perd le goût de vivre et qui n'arrive plus à s'en cacher vraiment. C'est Sam, la sportive, la femme pleine de vie qui s'éteint peu à peu sous les yeux de toute la famille. Rien ne semble pouvoir les aider jusqu'au jour où une petite boule de plumes entre dans leur vie…

Cette seconde partie nous raconte l'arrivée de Penguin et sa vie au sein de la famille Bloom à travers une série de textes et de photos. Penguin est libre, elle évolue à sa guise dans la maison et n'est pas la dernière à faire des bêtises. En réalité, c'est la benjamine de la famille, d'ailleurs elle s'appelle Penguin Bloom ! A la fois drôles, touchantes, poétiques et tendres les photos apportent une compréhension particulière au récit. On réalise beaucoup plus la complicité qui s'est créée entre Penguin et Sam, lors des séances de rééducation de cette dernière notamment où Penguin donne de la voix pour l'encourager. Cette petite pie a réussi à détourner Sam de sa souffrance et lui a redonner l'envie de se battre. Alors oui, Penguin Bloom a sauvé sa famille de l'inacceptable en redonnant à Sam le goût de vivre !

La troisième et dernière partie nous donne des nouvelles de la famille Bloom et de Penguin qui a appris à voler de ses propres ailes. La vie reprend son cours, bien sûr tout n'est pas rose mais les progrès accomplis sont énormes et les rires résonnent à nouveau dans la maison. Mais les pages les plus intéressantes sont celles de Sam qui à travers un message personnel à la fin du livre tient à nous raconter avec ses mots la façon dont elle a affronté sa situation, le regard des autres, la souffrance au quotidien, la dépression… Mais surtout elle donne des conseils et des astuces pour tous ceux qui seraient amener à rencontrer une situation du même genre, en racontant avec franchise tout ce qui lui était insupportable, la pitié, les phrases bateau, la gêne des amis… jusqu'à faire le vide autour d'elle pour se recentrer sur un petit noyau de proches. Avec lucidité et franchise, elle parle de son handicap, de sa famille, de sa lutte au quotidien contre le découragement, de sa colère, de sa jalousie parfois envers les valides, mais aussi de son optimisme par rapport aux progrès de la médecine.

J'ai beaucoup aimé ce livre, témoignage bouleversant d'une rencontre extraordinaire avec un ange tombé du ciel et qui un jour va retrouver ses ailes ! Je remercie Babelio et les éditions JC Lattès pour m'avoir permis à moi aussi de rencontrer Penguin Bloom.

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dimanche 19 novembre 2017

La bibliothèque de Mount Char

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Scott Hawkins – La Bibliothèque de Mount Char – Editions Denoël – 475 p. – Traduction Jean-Daniel BREQUE

4ème de couverture :

Un dieu qui manque à l'appel.
Une bibliothèque qui renferme les secrets de l'univers.
Une femme, prise dans une course folle, qui perd de vue son propre cœur.

Carolyn était une jeune américaine comme les autres. Mais ça, c'était avant. Avant la mort de ses parents. Avant qu'un mystérieux personnage, Père, ne la prenne sous son aile avec d'autres orphelins. Depuis, Carolyn n'a pas eu tant d'occasions de sortir. Elle et sa fratrie d'adoption ont été élevés suivant les coutumes anciennes de Père. Ils ont étudié les livres de sa Bibliothèque et appris quelques-uns des secrets de sa puissance. Parfois, ils se sont demandés si leur tuteur intransigeant ne pourrait pas être Dieu lui-même.

Mais Père a disparu – peut-être même est-il mort – et il n'y a maintenant plus personne pour protéger la Bibliothèque des féroces combattants qui cherchent à s'en emparer.
Carolyn se prépare pour la bataille qui s'annonce. Le destin de l'univers est en jeu, mais Carolyn a tout prévu. Carolyn a un plan. Le seul problème, c'est qu'en le menant à bien elle a oublié de préserver ce qui fait d'elle un être humain.

Avec une galerie de personnages mémorables et une intrigue qui vous réserve plus d'une surprise, La Bibliothèque de Mount Char est à la fois terrifiant et hilarant, étrange et humain, visionnaire et captivant. Un roman qui marque l'entrée en scène d'une voix nouvelle dans le monde de la fantasy. 

Mon avis sur ce livre :

Attention OVNI ! Difficile de parler de ce roman qui en rappelle beaucoup d'autres mais qui ne ressemble à aucun… Pour donner quelques pistes et une idée de ce à quoi peut s'attendre le lecteur, comment ne pas penser à "American Gods" de Neil Gaiman – que pour ma part je n'avais pas du tout aimé – et à la série "Les princes d'Ambre" de Roger Zelazny – que j'ai appréciée mais au milieu de laquelle je suis restée bloquée par manque de temps.

A travers le destin de ces enfants, l'auteur s'en donne à cœur joie : clin d'œil à la littérature du genre, mondes parallèles, chaos organisé, batailles mémorables, personnages déjantés… les clichés sont légions mais dans une sorte de frénésie jubilatoire qui laisse le lecteur essoufflé, hagard mais tellement heureux au bord de la route. Entre le thriller fantastique où la magie côtoie la religion et le mystique et le grand guignol sanglant et violent, on sent que l'auteur se régale à noyer les pistes et à nous présenter ses personnages tous plus tordus les uns que les autres. Pas vraiment de normalité dans ce roman, la normalité ressemble plutôt à des scènes tirées du film The Truman Show. Entre humour et galerie de portraits atypique et bizarre on se retrouve entre Freaks et les Monty Pythons mais quel bonheur ! 

Rien de nouveau dans la thématique, puisque l'on est dans la relation entre les Dieux et les hommes mais la façon dont l'auteur nous entraîne dans son délire est époustouflante. Du début à la fin, le lecteur se retrouve embringué, presque malgré lui dans cette course de près de 500 pages où la violence la plus crue se confronte à l'humour le plus noir et grinçant. On peut se sentir perdu par moment, dérouté, énervé de se faire mener par le bout du nez mais au final, cela fait vraiment du bien de se faire bousculer dans sa lecture et rares sont les romans qui font vraiment cet effet.

J'ai mis du temps à faire cette chronique car je dois avouer que je ne savais pas trop par quel bout la prendre… tant ce roman est surprenant, inclassable, ne ressemble à aucun autre. Je suis consciente que certains détesteront, d'autres seront bluffés. Pour ma part je n'ai qu'un conseil : lisez-le, faites-vous votre propre avis !

Je remercie Babelio et les éditions Denoël pour cette découverte. Encore un auteur à suivre !

mercredi 1 novembre 2017

David Bowie n'est pas mort

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Sonia David – David Bowie n'est pas mort – Editions Robert Laffont – 174 p. - #MRL17

4ème de couverture : 

"Ma mère est morte. Mon père est mort. David Bowie est mort. Ce ne sont pas uniquement de mauvaises nouvelles."

A un an d'intervalle, Anne, Hélène et Emilie perdent leur mère, puis leur père. Entre les deux, David Bowie lui aussi disparaît. Dans l'enfance d'Hélène, la "sœur du milieu", le chanteur a eu une importance toute particulière, dont le souvenir soudain ressurgit. Alors, elle commence à raconter…

Sur les thèmes inépuisables de la force et de la complexité des liens familiaux, de la place de chaque enfant dans sa fratrie, voici un roman d'une déconcertante et magnifique sincérité. 

Mon avis sur ce livre :

Comment aborder le deuil sans pathos ? Comment faire face à la perte, à l'absence, aux souvenirs qui affluent ? Plus qu'un livre sur le deuil et la perte des êtres chers, c'est aussi une formidable histoire de sœurs que l'auteur nous raconte. Comment trouver sa place dans une fratrie, particulièrement quand on est la "sœur du milieu" ? C'est ce qu'Hélène nous explique à travers ces lignes en s'interrogeant sur sa vie, sa famille, ses souvenirs…

A travers la maladie, le deuil, la séparation, le récit d'Hélène, nous offre une plongée dans l'intimité de sa famille et analyse tout en finesse les relations développées entre ses membres : une mère plutôt distante qui a tendance à diviser pour mieux régner, un père adoré qui semble immortel, trois sœurs qui vont réussir à faire bloc face à la maladie de leurs parents.

Finalement ces deuils sont un peu les nôtres. Ils nous questionnent sur nos propres relations familiales, sur notre propre capacité à affronter l'absence, la mort, la maladie. Des sujets graves et essentiels qui sont ici traités d'une façon que j'ai particulièrement aimée. Car si le sujet est douloureux, l'auteur a su trouver les mots justes pour dédramatiser ces moments de chagrins et de perte. Sonia David emploie un ton plutôt humoristique pour nous parler de la perte de ses parents "En France, la mort requiert un nombre inimaginable de preuves. Le cercueil suffit ? N'y pensez même pas. Et je me dis que c'est peut-être pour ça qu'a été créée l'application Excel (bénie soit-elle), pour aider les gens à organiser les preuves de disparition de leurs proches : Anne dit qu'elle va faire un tableau récapitulatif, ce qui, logiquement devrait simplifier la vraie mort de la vie de maman." Avec ce ton décalé, qui nous oblige à sourire, et cette lucidité face à l'absurdité de certaines situations, l'auteur réussit le tour de force de dédramatiser la mort.

J'ai beaucoup aimé ce roman qui traite de la perte d'un proche, de l'absence, de la maladie, de la complexité des relations familiales avec légèreté et tendresse et qui nous fait prendre conscience que faire face au deuil nous apprend souvent beaucoup sur nous-mêmes et sur notre rapport aux autres et à l'essentiel.

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jeudi 26 octobre 2017

Le dernier des yakuzas

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Jake Adelstein – Le dernier des yakuzas – Editions Marchialy – 363 p. – Traduction Cyril Gay

4ème de couverture :

Splendeur et décadence d'un hors-la-loi au pays du Soleil-Levant

Jake Adelstein en a bien conscience : il ne s'en sortira pas vivant sans aide. Après avoir écrit un article sur Tadamasa Goto, il a tout le Yamaguchi-gumi à ses trousses. Partant du vieux principe selon lequel "les ennemis de mes ennemis sont mes amis", Jake Adelstein engage un ancien yakuza, Saigo, qui appartenait à la branche ennemie de Goto. En échange ? Jake doit écrire la biographie de son protecteur. A partir de la vie de cet homme qui a connu l'âge d'or des yakuzas, il dresse une fresque épique de la mafia japonaise, des années 1960 à nos jours. C'est Le Parrain au pays du Soleil-Levant, cela commence sur fond de tatouages sophistiqués et se termine dans les milieux de la finance. Entre-temps, les yakuzas ont perdu leur sens de l'honneur.

Mon avis sur ce livre :

Après Tokyo Vice et sa descente dans les bas-fonds tokyoïtes du côté des journalistes et de la police, Jake Adelstein nous entraîne cette fois-ci au sein de la mafia japonaise et de ses familles à travers les yeux et la vie de Saigo qui gravira tout au long de sa vie les échelons de la hiérarchie mafieuse jusqu'à sa chute au sein de l'organisation et le déclin de cette dernière.

Encore une fois, l'auteur plonge son lecteur au cœur du Japon, de ses zones d'ombre, de ses failles et à travers les arcanes de cette économie souterraine que l'on retrouve à tous les niveaux de la société japonaise. Encore une fois, l'auteur nous dévoile de l'intérieur, les codes, les rites, la complexité de ces familles mafieuses, leur présence au sein des plus grandes entreprises et leur implication dans la politique de la société nippone : "Le Japon possède deux gouvernements. L'un est public et l'autre est celui qui donne les ordres aux institutions publiques : c'est le gouvernement de l'ombre." comme l'explique le réalisateur Takeshi Kitano. Encore une fois, j'ai été tenue en haleine du début à la fin par ce livre qui se lit comme un roman policier.

La force de Jake Adelstein, que ce soit dans Tokyo Vice ou dans ce livre, c'est de savoir rendre ses personnages attachants. Bien sûr on sait que ce sont des tueurs, des trafiquants de drogues d'une violence inouïe, mais l'auteur réussit à les humaniser voire à les rendre sympathiques, certains étant plus proches des "Tontons flingeurs" que du "Parrain". J'ai beaucoup aimé le personnage de Saigo, ses contradictions, son code d'honneur. Saigo qui se désole de voir les yakuzas devenir de simples petites frappes sans foi ni loi, n'hésitant plus à agresser des passants contrairement aux règles instituées au sein de la mafia "Vols, braquages, agressions sexuelles ou toute activité s'écartant de la noble voie sont proscrites". J'ai trouvé cette histoire particulièrement intéressante, à travers la vie de Saigo ce sont les 50 dernières années de la société japonaise et de son évolution que l'on découvre. Comment la volonté politique d'essayer de purger l'économie de l'argent des yakuzas a précipité le déclin de ces derniers. En instaurant les lois de 2009 qui sanctionnent et criminalisent les sociétés impliquées avec les yakuzas, le gouvernement japonais a clairement affirmé sa volonté de mettre un frein à la mainmise des familles mafieuses sur l'économie japonaise. Depuis cette date, tous les contrats commerciaux doivent comporter une mention indiquant que leur société n'a aucun lien avec la mafia, cela se répercute à tous niveaux de la vie quotidienne. Pour la location de voiture, d'un appartement, la réservation d'un hôtel, l'achat d'un téléphone… une case mentionne "je n'appartiens pas au crime organisé". Si vous mentez sur ce point, n'importe quel employé peut appeler la police qui vous arrête pour parjure. Autant dire que la vie peut vite devenir très compliquée… Si cette loi a malgré tout ses limites elle a sans doute été l'une des mesures les plus importantes de ces dernières années pour lutter contre le crime organisé et a précipité la chute des familles mafieuses et le déclin du nombre de ses membres. Saigo en est bien conscient et réalise assez vite qu'il va falloir qu'il se trouve une porte de sortie lui permettant de garder la face et de protéger sa famille quitte à y laisser sa vie… Une très bonne lecture qui permet de découvrir de l'intérieur le monde si particulier et étonnant des yakuzas.

Jake Adelstein étant journaliste, son style est concis, précis, dynamique, direct. Le livre se découpe en chapitre assez courts qui viennent rythmer et structurer le récit. L'on retrouve régulièrement des phrases et des noms en japonais mais ces derniers s'intègrent parfaitement dans le récit et donnent un côté immersif au texte.

Je conseille vraiment ce livre à tous ceux qui aiment le Japon et qui souhaitent découvrir un autre aspect de ce pays surprenant et plein de contrastes. Je remercie Babelio et les éditions Marchialy pour m'avoir permis de continuer mon voyage au sein d'une société japonaise méconnue. Et puis comme toujours avec cet éditeur, il faut noter le soin particulier apporté au choix du papier, aux typographies, à la mise en page.

Posté par Ikebukuro à 11:35 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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