Bidules et Petits Riens

dimanche 19 novembre 2017

La bibliothèque de Mount Char

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Scott Hawkins – La Bibliothèque de Mount Char – Editions Denoël – 475 p. – Traduction Jean-Daniel BREQUE

4ème de couverture :

Un dieu qui manque à l'appel.
Une bibliothèque qui renferme les secrets de l'univers.
Une femme, prise dans une course folle, qui perd de vue son propre cœur.

Carolyn était une jeune américaine comme les autres. Mais ça, c'était avant. Avant la mort de ses parents. Avant qu'un mystérieux personnage, Père, ne la prenne sous son aile avec d'autres orphelins. Depuis, Carolyn n'a pas eu tant d'occasions de sortir. Elle et sa fratrie d'adoption ont été élevés suivant les coutumes anciennes de Père. Ils ont étudié les livres de sa Bibliothèque et appris quelques-uns des secrets de sa puissance. Parfois, ils se sont demandés si leur tuteur intransigeant ne pourrait pas être Dieu lui-même.

Mais Père a disparu – peut-être même est-il mort – et il n'y a maintenant plus personne pour protéger la Bibliothèque des féroces combattants qui cherchent à s'en emparer.
Carolyn se prépare pour la bataille qui s'annonce. Le destin de l'univers est en jeu, mais Carolyn a tout prévu. Carolyn a un plan. Le seul problème, c'est qu'en le menant à bien elle a oublié de préserver ce qui fait d'elle un être humain.

Avec une galerie de personnages mémorables et une intrigue qui vous réserve plus d'une surprise, La Bibliothèque de Mount Char est à la fois terrifiant et hilarant, étrange et humain, visionnaire et captivant. Un roman qui marque l'entrée en scène d'une voix nouvelle dans le monde de la fantasy. 

Mon avis sur ce livre :

Attention OVNI ! Difficile de parler de ce roman qui en rappelle beaucoup d'autres mais qui ne ressemble à aucun… Pour donner quelques pistes et une idée de ce à quoi peut s'attendre le lecteur, comment ne pas penser à "American Gods" de Neil Gaiman – que pour ma part je n'avais pas du tout aimé – et à la série "Les princes d'Ambre" de Roger Zelazny – que j'ai appréciée mais au milieu de laquelle je suis restée bloquée par manque de temps.

A travers le destin de ces enfants, l'auteur s'en donne à cœur joie : clin d'œil à la littérature du genre, mondes parallèles, chaos organisé, batailles mémorables, personnages déjantés… les clichés sont légions mais dans une sorte de frénésie jubilatoire qui laisse le lecteur essoufflé, hagard mais tellement heureux au bord de la route. Entre le thriller fantastique où la magie côtoie la religion et le mystique et le grand guignol sanglant et violent, on sent que l'auteur se régale à noyer les pistes et à nous présenter ses personnages tous plus tordus les uns que les autres. Pas vraiment de normalité dans ce roman, la normalité ressemble plutôt à des scènes tirées du film The Truman Show. Entre humour et galerie de portraits atypique et bizarre on se retrouve entre Freaks et les Monty Pythons mais quel bonheur ! 

Rien de nouveau dans la thématique, puisque l'on est dans la relation entre les Dieux et les hommes mais la façon dont l'auteur nous entraîne dans son délire est époustouflante. Du début à la fin, le lecteur se retrouve embringué, presque malgré lui dans cette course de près de 500 pages où la violence la plus crue se confronte à l'humour le plus noir et grinçant. On peut se sentir perdu par moment, dérouté, énervé de se faire mener par le bout du nez mais au final, cela fait vraiment du bien de se faire bousculer dans sa lecture et rares sont les romans qui font vraiment cet effet.

J'ai mis du temps à faire cette chronique car je dois avouer que je ne savais pas trop par quel bout la prendre… tant ce roman est surprenant, inclassable, ne ressemble à aucun autre. Je suis consciente que certains détesteront, d'autres seront bluffés. Pour ma part je n'ai qu'un conseil : lisez-le, faites-vous votre propre avis !

Je remercie Babelio et les éditions Denoël pour cette découverte. Encore un auteur à suivre !


mercredi 1 novembre 2017

David Bowie n'est pas mort

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Sonia David – David Bowie n'est pas mort – Editions Robert Laffont – 174 p. - #MRL17

4ème de couverture : 

"Ma mère est morte. Mon père est mort. David Bowie est mort. Ce ne sont pas uniquement de mauvaises nouvelles."

A un an d'intervalle, Anne, Hélène et Emilie perdent leur mère, puis leur père. Entre les deux, David Bowie lui aussi disparaît. Dans l'enfance d'Hélène, la "sœur du milieu", le chanteur a eu une importance toute particulière, dont le souvenir soudain ressurgit. Alors, elle commence à raconter…

Sur les thèmes inépuisables de la force et de la complexité des liens familiaux, de la place de chaque enfant dans sa fratrie, voici un roman d'une déconcertante et magnifique sincérité. 

Mon avis sur ce livre :

Comment aborder le deuil sans pathos ? Comment faire face à la perte, à l'absence, aux souvenirs qui affluent ? Plus qu'un livre sur le deuil et la perte des êtres chers, c'est aussi une formidable histoire de sœurs que l'auteur nous raconte. Comment trouver sa place dans une fratrie, particulièrement quand on est la "sœur du milieu" ? C'est ce qu'Hélène nous explique à travers ces lignes en s'interrogeant sur sa vie, sa famille, ses souvenirs…

A travers la maladie, le deuil, la séparation, le récit d'Hélène, nous offre une plongée dans l'intimité de sa famille et analyse tout en finesse les relations développées entre ses membres : une mère plutôt distante qui a tendance à diviser pour mieux régner, un père adoré qui semble immortel, trois sœurs qui vont réussir à faire bloc face à la maladie de leurs parents.

Finalement ces deuils sont un peu les nôtres. Ils nous questionnent sur nos propres relations familiales, sur notre propre capacité à affronter l'absence, la mort, la maladie. Des sujets graves et essentiels qui sont ici traités d'une façon que j'ai particulièrement aimée. Car si le sujet est douloureux, l'auteur a su trouver les mots justes pour dédramatiser ces moments de chagrins et de perte. Sonia David emploie un ton plutôt humoristique pour nous parler de la perte de ses parents "En France, la mort requiert un nombre inimaginable de preuves. Le cercueil suffit ? N'y pensez même pas. Et je me dis que c'est peut-être pour ça qu'a été créée l'application Excel (bénie soit-elle), pour aider les gens à organiser les preuves de disparition de leurs proches : Anne dit qu'elle va faire un tableau récapitulatif, ce qui, logiquement devrait simplifier la vraie mort de la vie de maman." Avec ce ton décalé, qui nous oblige à sourire, et cette lucidité face à l'absurdité de certaines situations, l'auteur réussit le tour de force de dédramatiser la mort.

J'ai beaucoup aimé ce roman qui traite de la perte d'un proche, de l'absence, de la maladie, de la complexité des relations familiales avec légèreté et tendresse et qui nous fait prendre conscience que faire face au deuil nous apprend souvent beaucoup sur nous-mêmes et sur notre rapport aux autres et à l'essentiel.

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jeudi 26 octobre 2017

Le dernier des yakuzas

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Jake Adelstein – Le dernier des yakuzas – Editions Marchialy – 363 p. – Traduction Cyril Gay

4ème de couverture :

Splendeur et décadence d'un hors-la-loi au pays du Soleil-Levant

Jake Adelstein en a bien conscience : il ne s'en sortira pas vivant sans aide. Après avoir écrit un article sur Tadamasa Goto, il a tout le Yamaguchi-gumi à ses trousses. Partant du vieux principe selon lequel "les ennemis de mes ennemis sont mes amis", Jake Adelstein engage un ancien yakuza, Saigo, qui appartenait à la branche ennemie de Goto. En échange ? Jake doit écrire la biographie de son protecteur. A partir de la vie de cet homme qui a connu l'âge d'or des yakuzas, il dresse une fresque épique de la mafia japonaise, des années 1960 à nos jours. C'est Le Parrain au pays du Soleil-Levant, cela commence sur fond de tatouages sophistiqués et se termine dans les milieux de la finance. Entre-temps, les yakuzas ont perdu leur sens de l'honneur.

Mon avis sur ce livre :

Après Tokyo Vice et sa descente dans les bas-fonds tokyoïtes du côté des journalistes et de la police, Jake Adelstein nous entraîne cette fois-ci au sein de la mafia japonaise et de ses familles à travers les yeux et la vie de Saigo qui gravira tout au long de sa vie les échelons de la hiérarchie mafieuse jusqu'à sa chute au sein de l'organisation et le déclin de cette dernière.

Encore une fois, l'auteur plonge son lecteur au cœur du Japon, de ses zones d'ombre, de ses failles et à travers les arcanes de cette économie souterraine que l'on retrouve à tous les niveaux de la société japonaise. Encore une fois, l'auteur nous dévoile de l'intérieur, les codes, les rites, la complexité de ces familles mafieuses, leur présence au sein des plus grandes entreprises et leur implication dans la politique de la société nippone : "Le Japon possède deux gouvernements. L'un est public et l'autre est celui qui donne les ordres aux institutions publiques : c'est le gouvernement de l'ombre." comme l'explique le réalisateur Takeshi Kitano. Encore une fois, j'ai été tenue en haleine du début à la fin par ce livre qui se lit comme un roman policier.

La force de Jake Adelstein, que ce soit dans Tokyo Vice ou dans ce livre, c'est de savoir rendre ses personnages attachants. Bien sûr on sait que ce sont des tueurs, des trafiquants de drogues d'une violence inouïe, mais l'auteur réussit à les humaniser voire à les rendre sympathiques, certains étant plus proches des "Tontons flingeurs" que du "Parrain". J'ai beaucoup aimé le personnage de Saigo, ses contradictions, son code d'honneur. Saigo qui se désole de voir les yakuzas devenir de simples petites frappes sans foi ni loi, n'hésitant plus à agresser des passants contrairement aux règles instituées au sein de la mafia "Vols, braquages, agressions sexuelles ou toute activité s'écartant de la noble voie sont proscrites". J'ai trouvé cette histoire particulièrement intéressante, à travers la vie de Saigo ce sont les 50 dernières années de la société japonaise et de son évolution que l'on découvre. Comment la volonté politique d'essayer de purger l'économie de l'argent des yakuzas a précipité le déclin de ces derniers. En instaurant les lois de 2009 qui sanctionnent et criminalisent les sociétés impliquées avec les yakuzas, le gouvernement japonais a clairement affirmé sa volonté de mettre un frein à la mainmise des familles mafieuses sur l'économie japonaise. Depuis cette date, tous les contrats commerciaux doivent comporter une mention indiquant que leur société n'a aucun lien avec la mafia, cela se répercute à tous niveaux de la vie quotidienne. Pour la location de voiture, d'un appartement, la réservation d'un hôtel, l'achat d'un téléphone… une case mentionne "je n'appartiens pas au crime organisé". Si vous mentez sur ce point, n'importe quel employé peut appeler la police qui vous arrête pour parjure. Autant dire que la vie peut vite devenir très compliquée… Si cette loi a malgré tout ses limites elle a sans doute été l'une des mesures les plus importantes de ces dernières années pour lutter contre le crime organisé et a précipité la chute des familles mafieuses et le déclin du nombre de ses membres. Saigo en est bien conscient et réalise assez vite qu'il va falloir qu'il se trouve une porte de sortie lui permettant de garder la face et de protéger sa famille quitte à y laisser sa vie… Une très bonne lecture qui permet de découvrir de l'intérieur le monde si particulier et étonnant des yakuzas.

Jake Adelstein étant journaliste, son style est concis, précis, dynamique, direct. Le livre se découpe en chapitre assez courts qui viennent rythmer et structurer le récit. L'on retrouve régulièrement des phrases et des noms en japonais mais ces derniers s'intègrent parfaitement dans le récit et donnent un côté immersif au texte.

Je conseille vraiment ce livre à tous ceux qui aiment le Japon et qui souhaitent découvrir un autre aspect de ce pays surprenant et plein de contrastes. Je remercie Babelio et les éditions Marchialy pour m'avoir permis de continuer mon voyage au sein d'une société japonaise méconnue. Et puis comme toujours avec cet éditeur, il faut noter le soin particulier apporté au choix du papier, aux typographies, à la mise en page.

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mardi 5 septembre 2017

La nature des choses

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Charlotte Wood – La nature des choses – Editions du Masque – 280 p. – Traduction Sabine Porte

4ème de couverture :

Dix femmes emprisonnées au milieu du désert australien. Dix femmes au crâne rasé, vêtues d'habits étranges. Trois geôliers, vicieux et imprévisibles, pour les surveiller. Un jour, la nourriture vient à manquer. Pour elles comme pour eux. Et les proies se changent en prédatrices.

Mon avis sur ce livre :

Yolanda, Varla, Hetty, Leandra, Barbs, Rhiannon, Joy, Lydia, Izzy, Maitlynd, 10 jeunes femmes kidnappées, séquestrées au milieu du busch australien, 10 jeunes femmes qui ne possèdent plus que leurs noms autrefois célèbres, 10 jeunes femmes à qui on a tenté de retirer toute humanité. Roman atypique, déroutant, intime et dérangeant, La nature des choses nous abandonne à la limite de la folie qui guette chacune d'entre elles, nous ramène à notre instinct le plus primitif : la survie et nous laisse pantelant au bord du monde. Sombre et cauchemardesque, ce roman nous plonge au cœur de nos peurs primales, la peur de mourir, la peur du rejet, de l'abandon, un plongeon dans l'inconnu le plus total où tout ce que l'on connaît tend à disparaître. Dès la première page du roman, on est plongé dans l'intrigue, happé par la situation cauchemardesque de cette fille qui se réveille, perdue, sans repères, au milieu du désert et qui ne connaîtra plus qu'une chose à partir de là : la lutte pour survivre.

Seuls, certains personnages sont mis en avant dans l'histoire au détriment des autres. Pourtant elles sont 10… Toutes auraient mérité que l'on s'intéresse à leur sort, à leur vie, à leurs peurs mais j'avoue que je ne me souviens même pas de certaines contrairement à Yolanda, Varla et Hetty qui m'ont particulièrement marquée. Peut-être parce que pour chacune d'entre elle le sacrifice est poussé à l'extrême sous différentes formes. Pour les autres, tout au long du livre j'ai eu le sentiment que finalement elles finissaient par s'habituer à leur sort. Elles me faisaient penser à ces chœurs antiques qui chantent les morts et les vivants à l'arrière-plan de la scène.  

Pour les lecteurs qui auraient peur de se retrouver dans une sorte de récit gore, rempli d'hémoglobine, ici pas de grosses scènes d'horreur, de sévices insoutenables mais une violence psychologique constante et insidieuse que l'auteur distille tout au long du récit.

J'ai terminé ce livre il y a quelques jours et je n'arrive toujours pas à savoir si j'ai aimé ma lecture ou pas. Oui j'ai aimé le livre, l'intrigue, les personnages, le suspens créé par l'auteur mais est-ce que j'ai aimé ma lecture ? Est-ce que j'ai apprécié ce malaise constant, ce dégoût ressenti face à ce vol d'humanité ? Est-ce que j'ai apprécié que certaines tentent d'utiliser la sexualité de leurs sœurs comme un moyen d'arriver à leurs fins ? Beaucoup de questions sans réponses pour un livre que j'ai trouvé captivant, avec une tension constante du début à la fin.

Je remercie Babelio et les Editions du Masque pour cette belle découverte. Je dois avouer que je n'aurai pas forcément choisi ce roman chez mon libraire mais je ne regrette pas de m'être laissée embarquer.

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mercredi 16 août 2017

Les fantômes du vieux pays

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Nathan Hill – Les fantômes du vieux pays – Editions Gallimard – Collection du monde entier – 720 p – Traduction Mathilde Bach

Résumé de l'éditeur :

Scandale aux États-Unis : le gouverneur Packer, candidat à la présidentielle, a été agressé en public. Son assaillante est une femme d'âge mûr : Faye Andresen-Anderson. Les médias s’emparent de son histoire et la surnomment Calamity Packer. Seul Samuel Anderson, professeur d’anglais à l’Université de Chicago, passe à côté du fait divers, tout occupé qu’il est à jouer en ligne au Monde d'Elfscape. Pourtant, Calamity Packer n’est autre que sa mère, qui l’a abandonné à l’âge de onze ans. Et voilà que l’éditeur de Samuel, qui lui avait versé une avance rondelette pour un roman qu’il n’a jamais écrit, menace de le poursuivre en justice. En désespoir de cause, le jeune homme lui propose un nouveau projet : un livre révélation sur sa mère qui la réduira en miettes. Samuel ne sait presque rien d’elle ; il se lance donc dans la reconstitution minutieuse de sa vie, qui dévoilera bien des surprises et réveillera son lot de fantômes.

Des émeutes de Chicago en 1968 au New York post-11-Septembre en passant par la Norvège des années quarante et le Midwest des années soixante, Nathan Hill s’empare de l’Amérique d’aujourd’hui et de ses démons et compose avec beaucoup d’humour une fresque aussi ambitieuse que captivante.

Mon avis sur ce livre :

J'avais déjà repéré ce livre chez les anglo-saxons et j'étais déjà très tentée… Dès les premières pages, j'ai su que j'allais aimer ce roman, je ne savais pas pourquoi mais c'était une évidence. Il y a des romans qui vous embarquent tout de suite. Malgré ses 720 pages, ce fut une lecture fluide, jubilatoire, étonnante avec des personnages que l'on aime détester et que l'on déteste aimer et une intrigue qui entraîne le lecteur à travers les méandres de l'histoire et de la société américaine.

Les personnages sont particulièrement bien travaillés, l'auteur s'attache à mettre en place une évolution psychologique de chacun d'eux en fonction de l'avancée de l'histoire et de ses rebondissements. Samuel le personnage principal m'a vraiment intéressé, il traverse l'intrigue avec une sorte de nonchalance inquiète assez surprenante que j'ai beaucoup aimée.

J'apprécie beaucoup les romans qui semblent partir dans tous les sens pour finir par former un tout cohérent et pensé. Ce qui est le cas dans ce livre. Les premiers chapitres peuvent sembler déroutants, car l'on passe d'un personnage à un autre, sans trop comprendre où l'auteur veut en venir, mais le lecteur devine que chacun aura sa place et son rôle à jouer et par la suite on navigue d'une époque à une autre avec la même aisance. Du passé au présent, de la grande à la petite histoire, du fait divers à la tragédie, l'auteur décrit de façon tendre et caustique la vie de Samuel, professeur désabusé qui s'échappe de son morne quotidien dans un jeu de fantasy en ligne jusqu'au jour où un coup de téléphone vient bouleverser sa routine et le ramène des années en arrière au milieu des souvenirs de son enfance, de ses premières amours et de Faye, cette mère qui semblait si détachée de tout.

Histoire familiale doublée d'une sorte de drame politico médiatique, Les fantômes du vieux pays nous entraînent au cœur d'une fresque de l'Amérique où les personnages se noient dans leur passé et dans leurs drames personnels pour les ancrer aux drames de l'histoire : de la perte d'un proche, de la souffrance d'un enfant aux émeutes de 68. Nathan Hill à travers ce roman a su traiter de main de maître les vies et les espoirs de plusieurs générations, les relations familiales et les errances d'une société en pleine mutation. Il a réussi à analyser en profondeur les sentiments de ses personnages, qu'ils soient à l'avant plan en qu'ils jouent des rôles secondaires dans l'histoire.

Dans un style fluide et précis, avec cette richesse d'émotions, cette créativité constante, Nathan Hill nous enchante et nous bouleverse tout au long de ces 720 pages. J'avoue que je suis proche du coup de cœur, mais j'ai trouvé qu'il y avait une petite baisse de régime en toute dernière partie avec quelques longueurs.

Je remercie Babelio et les éditions Gallimard pour ce très beau roman et la rencontre d'un nouvel auteur à suivre.


jeudi 29 juin 2017

Vadim Le plaisir sans remords

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Clément Ghys – Vadim Le plaisir sans remords – Editions Stock – 260 p.

4ème de couverture : 

Le nom de Roger Vadim est associé à des films lm, Et Dieu créa… la femme, Les Liaisons dangereuses 1960 ou Barbarella, et surtout à des actrices, Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Jane Fonda… Ces femmes, il les a aimées et propulsées vers la célébrité. Avec elles, le réalisateur a choqué la morale de l'Europe de l'après-guerre, ouvert la voie à la Nouvelle Vague, incarné une dolce vita à la française et imaginé un érotisme populaire aujourd'hui suranné.

De l'effervescence de Saint-Germain-des-Près aux plages de Saint-Tropez, des plateaux de tournages romains à Malibu, Vadim s'est inventé un destin avec désinvolture, croisant Brando, Sagan, Mitterand, Godard, Warhol…

Clément Ghys raconte ce personnage romanesque né en 1928, mort en 2000. Avec un regard contemporain, il interroge notre nostalgie pour une époque où le plaisir se vivait sans remords. Un portrait intime.

Mon avis sur ce livre :

J'avoue que pour moi Vadim c'était avant tout le mari de Marie-Christine Barrault, même si je connaissais sa filmographie et les femmes de sa vie de très loin. Pour tout dire j'ai un vague souvenir de Barbarella avec Jane Fonda mais je suis certaine de ne pas avoir vu ses autres films. Comme je ne suis pas une très grande fan de Bardot l'actrice, et surtout de sa façon de parler à l'écran, je n'ai vu pratiquement aucun de ses films. A travers ce livre j'avais surtout envie de découvrir l'homme derrière le cinéaste mais je me suis très rapidement rendu compte que les deux étaient indissociables. Dans ce livre, Vadim vit avant tout à travers les femmes qu'il fréquente, ses ambitions, ses espoirs, ses fantasmes, se dessinent à travers la femme du moment, bizarrement il donne l'impression de ne pas savoir vivre tout seul, toujours en perpétuelle recherche d'approbation, malgré ses fanfaronnades et ses provocations de jeune mondain de St-Germain-des-Près.

J'étais un peu déçue en commençant ma lecture car j'aurai aimé en connaître un plus sur l'enfance de Vadim, j'ai trouvé que cette partie était vraiment survolée dans le livre et qu'elle aurait méritée d'être plus détaillée. On comprend toujours mieux quelqu'un quand on sait d'où il vient et là j'avoue être restée un peu trop sur ma faim par rapport à sa jeunesse, à sa famille et à ce qui l'a amené à être dans cette recherche perpétuelle de plaisirs faciles. La vie du jeune mondain de Saint-Germain-des-Près m'intéressait beaucoup moins, peut-être parce que ce n'est pas une période que j'aime particulièrement, et que les codes de l'époque ne me passionnent pas plus que ça. Bardot, St-Tropez, les décapotables, la dolce vita revisitée, Bonjour Tristesse… tout cela me semble un peu trop "clichés".

Ce qui m'intéressait par contre c'était comment des films, pas très bons, voire un peu ringards il faut bien l'avouer sont devenus ces films cultes encensés dans le monde entier. Ce qui m'intéressait c'était la magie qui a transformé cette petite jeune fille de bonne famille en cette créature sulfureuse qui danse pieds nus au son des percussions. Ce qui m'intéressait c'était de découvrir le gars un peu fou qui réussit à transformer cette jeune américaine, fille d'une institution du cinéma, en bombe de l'espace, tout cela entre les féministes et la censure de tout poil. La partie du livre que j'ai préféré c'est vraiment celle où Vadim se perd dans sa propre caricature, Hollywood devient son paradis perdu. Les filles sont toujours là mais les héros commencent à fatiguer et il est temps de rentrer. Mais Vadim n'est plus dans l'air du temps, au contraire il est "à côté de la plaque" comment le dit l'auteur et finit par tomber vaguement dans l'oubli. On le retrouve de temps en temps dans ces émissions nostalgiques sur le temps qui passe où il ne se souvient plus très bien ce qu'ils sont tous devenus, tous ces satellites de la petite bande de Saint-Germain-des-Près.

J'ai aimé ce livre, testament mélancolique d'une époque définitivement révolue, qui laisse flotter une certaine nostalgie douce-amère une fois le livre refermé. Je remercie Babelio et les éditions Stock pour cette parenthèse cinématographique.

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dimanche 14 mai 2017

De velours et d'acier

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Georgia Caldera – De velours et d'acier – Victorian fantasy tome 2 -  Editions Pygmalion – 803 p.

4ème de couverture :

Dans les bas-fonds de Néo-Londonia, Léopoldine se bat depuis des années pour survivre. Lorsque le groupe auquel elle appartient maltraite un enfant, elle décide de se rebeller, quitte à affronter la colère de la Guilde des Voleurs. Dorénavant, elle ne laissera plus rien ni personne lui barrer la route.

Augustin, lui, a toujours mené une existence fastueuse et insouciante, résigné à subir en parallèle l’écrasante emprise de sa mère, la Reine Victoria au règne sans fin. Mais il tombe de haut quand, pour la première fois, il refuse de se conformer à ses plans aussi tortueux que mystérieux. Car, s’il est un prince dont la fonction n’est que titre, c’est lui. Le jeune homme devra résister et fuir pour s’affranchir du joug de la souveraine et embrasser sa destinée. 

Une rencontre qui pourrait bien tout bouleverser… mais la liberté ne s’obtient jamais sans sacrifice.

Mon avis sur ce livre : 

Avant toute chose j'aimerai préciser que même si c'est un tome 2 il peut se lire complètement indépendamment du premier tome qui concerne plus particulièrement des personnages qui vont apparaître de façon secondaire dans ce roman-ci.

Je dois dire que je ne savais pas du tout à quoi m'attendre avec ce roman mais j'adore l'univers Steampunk donc je partais plutôt confiante. J'avais un peu peur d'être dans un roman jeunesse bourré des clichés du genre mais pas du tout, même si l'on retrouve les ingrédients habituels de ce style de roman : action, romance, magie, intrigues et complots. Ce livre fut en réalité une très bonne surprise. J'ai vraiment apprécié le côté sombre de l'histoire et son univers très particulier. L'auteur malmène ses personnages du début à la fin en les confrontant aux horreurs du monde qui les entoure et à leurs propres démons car ces derniers sèment la mort autour d'eux, Léopoldine tue tous ceux qu'elle touche et Augustin saigne des serpents de sang qui dévorent ses ennemis de l'intérieur. Tout un programme !

J'ai beaucoup aimé les deux personnages principaux de cette histoire, particulièrement Léopoldine qui se bat constamment contre les horreurs de son passé et qui se trouvait destinée à une vie de mensonges et de peurs avant de rencontrer Augustin. Obligée de se travestir en garçon pour éviter les dangers qui la guettent, elle se rend compte quand elle rencontre Gabriel, un petit garçon sourd et muet qu'elle décide de prendre sous son aile, combien sa solitude et son isolement sont immenses. Comment aimer ses semblables alors que tout contact avec un être humain vous est interdit, comment s'aimer soi-même surtout, et ne pas crever de solitude ?

Augustin n'a rien à envier à Léo, débauché notoire, vivant dans le faste et le luxe de la cour de Néo-Londonia il lutte contre les cauchemars qui le hantent. Fils de la reine Victoria qui dirige sa vie d'une main de fer, Augustin n'aura de cesse de se libérer du joug de cette mère sans scrupules qui livre son propre fils à la vivisection et n'hésite pas à faire assassiner tous ceux qui viennent contrecarrer ses plans. Une seule solution s'offre à lui pour faire cesser ces horreurs : fuir le plus loin possible de ses bourreaux.

Une histoire sombre et sanglante où les personnages sont confrontés à leurs démons passés et présents, au propre comme au figuré, une histoire dense et complexe où complots et trahisons sont les maitres mots. J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman et la complexité des personnages. L'aspect que j'ai le moins aimé c'est peut-être l'aspect romance de l'histoire car j'ai trouvé que toute cette partie cassait un peu le rythme haletant du reste du récit mais d'un autre côté cela permet au lecteur de se poser et de ralentir entre deux retournements de situation. Un bon récit, intense et prenant qui reprend les codes du genre ! Petit plus appréciable : une playlist au début du livre qui permet de se plonger dans l'ambiance. 

Je remercie Babelio et Pygmalion pour m'avoir permis de découvrir Georgia Caldera et son univers si particulier. J'ai maintenant envie de découvrir le premier tome pour retrouver certains de ses personnages.

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samedi 29 avril 2017

Dewey's 24 H Read-a-Thon - April 2017

Cette fois encore je participe au Dewey's Read-a-Thon qui a lieu deux fois par an (en octobre et avril). Vous pouvez trouver toutes les informations sur le site dédié.

Le but est de lire 24 H non-stop tous ensemble, où que l'on soit autour du globe. J'ai de la chance, je commence ce samedi à 14 h jusqu'à dimanche 14 h. Je vais donc pouvoir déjeuner avant de choisir mon 1er livre et j'ai fait mon ménage ce matin de bonne heure pour être tranquille.

Voici la pile de livres dans laquelle je vais piocher. Beaucoup de romans en français ou en anglais plutôt courts, cela donne l'impression d'être productive et quelques BD ou romans graphiques pour les heures plus difficiles cette nuit. 

deweyavril17

Généralement je fais une pause autour de 2 h du matin, je dors 3 ou 4 h avant d'entamer la dernière ligne droite.

J'ai fait le plein de gâteaux, chocolat, yaourts pour tenir le coup, je pense que ce soir je me ferai une soupe et pour demain midi j'ai du quinoa au curry pour déjeuner sur le pouce.

Snack Avril

Je serai principalement sur twitter pour ceux qui veulent me suivre.

Bon week-end à tous et à toutes !

mardi 11 avril 2017

Une mère

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Alejandro Palomas – Une mère – Editions du Cherche Midi – 310 p. – Traduction Vanessa Capieu

4ème de couverture :

Le roman qui a enflammé l'Espagne.

Barcelone, 31 décembre. Amalia et son fils Fernando s'affairent en attendant leurs invités. En ce dîner de la Saint-Sylvestre, Amalia, 65 ans, va enfin réunir ceux qu'elle aime. Ses deux filles, Silvia et Emma ; Olga, la compagne d'Emma, et l'oncle Eduardo, tous seront là cette année. Un septième couvert est dressé, celui des absents. 

Chacun semble arriver avec beaucoup à dire, ou, au contraire, tout à cacher. Parviendront-ils à passer un dîner sans remous ?

Entre excitation, tendresse et frictions, rien ne se déroulera comme prévu.

Alejandro Palomas brosse avec humour le portrait d'une famille dont les travers font inévitablement écho à nos propres expériences, et celui d'une mère loufoque, optimiste, et infiniment attachante. Une mère profondément humaine, à qui il reste encore quelques leçons à transmettre à ses grands enfants : au cours de cette longue nuit, secrets, mensonges, non-dits et autres révélations familiales vont éclater.

Mon avis sur ce livre :

J'ai ouvert ce livre sans avoir lu le résumé, mais la première ligne de la 4ème de couverture m'a suffi pour avoir envie d'en découvrir un peu plus. Ensuite la phrase en tête du premier chapitre m'a convaincue. C'est une phrase tirée du film The Hours d'après le roman de Michael Cunningham et prononcée par Virginia Woolf "On ne peut pas trouver la paix en évitant la vie, Léonard", The Hours est l'un de mes films coups de cœur. Dès les premières lignes de ce roman, j'ai su que j'allais aimer Amalia et son côté loufoque, ses réparties improbables et son humanité à fleur de peau. Je crois que ça faisait vraiment très longtemps que je n'avais pas autant ri (évitez de lire ce roman dans des endroits publics ou dans les transports en commun si vous ne voulez pas passer pour un fou ou une folle…). Tout au long de cette chronique familiale tendre et pleine d'humour, on passe continuellement du rire aux larmes grâce aux dialogues et aux personnages. Entre "Femmes au bord de la crise de nerfs" et "Tout sur ma mère", ce roman m'a fait penser à l'univers de Pedro Almodovar avec ses femmes fortes, ses personnages border line, hauts en couleurs, plein de tendresse et de failles qui nous ramènent à nos propres questionnements. Comment ne pas aimer Amalia et sa façon de mener sa barque sans y toucher ? Son sens de la répartie, sa justesse dans les sentiments malgré ce côté lunaire qu'elle cultive et son amour immense pour les gens, pas seulement pour ces enfants ou sa famille, mais pour le gamin au coin de la rue ou ses voisines. On peut penser qu'elle voit la vie avec des œillères et qu'elle vit au pays des Bisounours mais ça n'est pas si simple… Amalia a comme un trop plein d'amour qui transpire tout au long du livre. Elle trace son chemin, avec une volonté de fer pour apporter son aide à tous ceux qui en ont besoin et tant pis si ces derniers n'ont rien demandé. 

Les principaux points forts de ce livre sont les personnages et la façon dont l'auteur les a travaillés. D'un premier abord ils pourraient passer pour des caricatures avec la sœur névrosée, l'oncle célibataire coureur de jupon, le fils solitaire, la copine Ingrid complètement à l'ouest… mais c'est tout sauf ça ! Ces personnages se dévoilent tout en finesse, en demi-teintes, par petites touches qui apparaissent au fil des pages.

Le style est particulièrement vivant et dynamique grâce aux dialogues très présents. Les sorties d'Amalia quand elle veut changer de sujet sont à mourir de rire... et j'ai beaucoup ri en lisant ce livre. Pourtant ce n'est pas un livre humoristique, loin de là car les personnages sont cabossés, malheureux même s'ils cachent bien leur jeu et que personne n'est vraiment dupe… Il y a une telle humanité et tellement de tendresse dans ce livre qu'il est difficile de ne pas s'attacher à Amalia, Emma, Silvia, Fernando, Olga, Eduardo. C'est un livre qui fait du bien et qui vraiment m'a enchanté du début à la fin. Je laisserai pour finir la parole à Amalia "Vous savez quoi ? Vous le croirez ou non, mais hier je m'ennuyais tellement que j'ai pris un Efferalgan vitaminé."

Je remercie Babelio et les éditions du Cherche Midi pour cette belle découverte. 

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dimanche 26 mars 2017

Inaccessibles - La tour aux mille étages

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Katharine McGee – Inaccessibles – Tome 1 : La tour aux mille étages – Editions Michel Lafon – 411 p. – Traduction Isabelle Troin

4ème de couverture : 

Bienvenue à Manhattan en 2118

New York est à la pointe de l'innovation et du rêve. La ville est désormais une tour de mille étages où les plus aisés vivent à son sommet. Tout semble parfait, lisse et idéal.

Jusqu'au jour où une jeune femme tombe du millième étage…

Meurtre ou accident ? Les suspects sont nombreux. La belle et riche Eris, qui découvre un secret familial terrible ? Rylin, qui travaille pour un garçon des étages supérieurs ? Watt, qui espionne tout le monde grâce à une IA qu'il a créée ? Leda, qui cache une addiction ? Ou Avery, la plus parfaite de tous, qui habite le penthouse du millième étage ? Entre soirées débridées, glamour et petits secrets entre amis, la Tour aux mille étages va révéler ses mystères.

Plus dure sera la chute…

Mon avis sur ce livre :

J'avais déjà repéré ce titre sur les sites US car j'adore les livres chorales et les intrigues qui se passent dans un même lieu. Ici le terrain de jeux est vaste puisque les personnages disposent de mille étages pour s'en donner à cœur joie. Sachant que plus on est riche, plus on vit en hauteur et moins on a de chances de fréquenter les habitants des étages les plus bas. Difficile à partir de là de ne pas avoir l'impression d'être dans une sorte de Gossip Girl dystopique car tous les ingrédients sont réunis. Les filles parfaites, sans souci d'argent, fréquentant une école pour l'élite et où le paraître est beaucoup plus important que ce que l'on est. Le bad boy plein aux as, orphelin qui ne sait pas vraiment comment passer le temps (hello Chuck !), la fille parfaite un peu border line, celle qui a perdu sa mère et doit trimer pour s'en sortir et s'occuper de sa jeune sœur, le garçon sans argent mais super intelligent qui ne fait pas toujours les bons choix, amoureux de la fille parfaite… Bref vous l'aurez compris on est dans un page-turner où romance, thriller, coups-bas et personnages caricaturaux se mélangent allègrement.

Tout était finalement réuni pour faire une pâle copie des séries pour ados sans grand intérêt et plutôt convenue mais à ma grande surprise… j'ai adoré. Alors oui, je suis consciente que ça n'est pas franchement de la grande littérature et que l'on est face à pas mal de clichés… mais n'empêche, je me suis laissée prendre au jeu. Peut-être que j'étais simplement d'humeur à lire ce genre d'histoire, peut-être que j'avais envie de quelque chose de simple, de dynamique, d'un peu jubilatoire je l'avoue (car quelquefois je prends plaisir à deviner les rebondissements) mais ça fait du bien de temps en temps de lire un bon divertissement, sans se prendre la tête, et avec des personnages que l'on aime détester. J'ai beaucoup aimé l'univers de la Tour qui devient finalement un personnage à part entière et les trouvailles du quotidien : le maquillage (on ne se refait pas), la domotique, les déplacements qui mettent le monde à quelques minutes, le quotidien et le fait que malgré toutes cette technologie les aspirations des personnages sont les mêmes qu'aujourd'hui. Finalement le cœur humain n'évolue pas, il aspire à trouver l'amour, il est confronté à l'envie, à la jalousie, au deuil, à comment affronter la perte d'un être cher, la peur d'être différent… J'ai adoré le "personnage" de Nadia l'IA de Watt, j'aurai adoré qu'elle soit un peu plus présente tout au long du roman et qu'elle prenne un peu plus d'ampleur dans l'intrigue, voire peut-être qu'elle se rebelle ? Un bilan positif pour ce roman que j'ai vraiment apprécié tant au niveau de l'intrigue, que de l'univers créé par l'auteur, que des personnages même si ces derniers mériteraient d'être un peu plus travaillés afin qu'ils prennent de la consistance.

Finalement ce roman fut mon plaisir coupable du mois de mars et je remercie Livraddict et les éditions Michel Lafon pour ce bon moment de lecture.  Il me semble qu'il y aura une suite, déjà annoncée pour 2017 en VO.   

vendredi 3 mars 2017

Le Tsar de l'amour et de la techno

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Anthony Marra – Le Tsar de l'amour et de la techno – Editions JC Lattès – 343 p. – Traduction Dominique Defert

4ème de couverture :

Des tunnels sous Leningrad aux confins du système solaire, Le Tsar de l'amour et de la techno parcourt près d'un siècle d'histoire et tout un continent à travers les destins croisés de personnages liés par un obscur tableau du XIXe siècle.

Dans les années 1930, un artiste est chargé d'effacer les dissidents figurant sur les images officielles et les œuvres d'art. Mais lorsqu'arrive sur son bureau un tableau représentant une datcha sur une colline, il se met à peindre son frère disparu sur tout ce qu'il doit falsifier. Cette décision aura des répercussions durant des décennies et influencera la vie de nombreuses personnes : une ballerine du Kirov et sa petite-fille, future Miss Sibérie, une restauratrice de tableau aveugle, un veuf qui a vu pour la dernière fois sa femme et son fils dans cette datcha, un soldat prisonnier d'un puits derrière cette même maison et qui conserve dans sa poche une cassette contenant les derniers messages de sa famille…

Tour à tour drôle et bouleversant, Le Tsar de l'amour et de la techno est un véritable chant d'amour pour les oubliés de l'histoire.

Mon avis sur ce livre :

Proche du coup de cœur ce livre m'a emballé du début à la fin ! Si je ne lui ai pas donné la note maximale, c'est simplement dû au fait que je me suis attachée à certains personnages plus qu'à d'autres et que certaines histoires m'ont intéressées plus que d'autres… mais j'ai beaucoup aimé la construction du récit, les personnages, la capacité de l'auteur à nous prendre par surprise, à nous émouvoir et à nous amuser. Ce livre est construit comme un puzzle, chaque nouvelle venant s'imbriquer dans le récit pour finalement former un tout cohérent qui donne toute sa dimension au récit. Neuf nouvelles pour décrire l'absurdité d'une dictature prête à effacer les visages de ses dissidents au propre comme au figuré, pour illustrer la désespérance d'une guerre perdue d'avance pour ceux qui la font, pour raconter la difficulté de la liberté retrouvée, du retour aux origines et de l'incapacité à oublier d'où l'on vient !   

Anthony Marra a cette incroyable capacité à décrire l'horreur au détour d'une simple phrase avec l'air de ne pas y toucher, presque de façon anecdotique "Vera grimpa sur le tabouret sur lequel son père s'était juché avant d'en sauter, trente-sept ans plus tôt, avec une corde au cou. Elle fouilla dans le placard – une prestation purement symbolique puisque le gâteau était sous son nez sur une étagère vide ; mais elle voulait que l'homme croie que son placard débordait tant de victuailles qu'un gâteau entier pouvait s'y perdre". Toutes les nouvelles sont bouleversantes à leur façon, aucune ne laissent le lecteur insensible, tant elles touchent à notre humanité, à notre capacité à chercher le meilleur dans chacun des personnages. Ces derniers sont particulièrement bien travaillés de façon à représenter la clef de voute de chacune des nouvelles. Des nouvelles qui représentent les petites gens, les laissés pour compte, les petits employés invisibles au service de la bureaucratie et du système, la chair à canon, les filles perdues et les parents terribles. Des nouvelles liées entre elles par un personnage ou un objet, qui les relie entre elles mais qui les intègre aussi à l'univers au sens large du terme.

Rythmé par de nombreux dialogues qui donnent une vraie dynamique au récit, ce livre se lit très facilement, le style très imagé donne vie au texte et l'humour et le sens de l'absurde d'Anthony Marra permettent au lecteur de ne pas s'ennuyer. Chaque nouvelle a son propre charme, sa propre identité et sa propre émotion mais la cohérence de l'ensemble nous donne le sentiment d'être dans un roman plutôt que dans un recueil de nouvelles. J'ai beaucoup aimé ce parti pris dans la construction du récit. Je conseille ce livre à tous ceux qui aiment être surpris !

Un grand merci à Babelio aux éditions JC Lattès pour cette belle découverte. Il me reste maintenant à lire Une constellation de phénomènes vitaux du même auteur.

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lundi 13 février 2017

Les aventures d'Augie March

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Saul Bellow – Les aventures d'Augie March – Editions Folio – 899 p. – Traduction Michel Lederer

4ème de couverture :

Augie March quitte Chicago au temps de la Grande Dépression, et la tutelle de Grandma Lausch, juive émigrée d'Odessa, Augie March part tenter de trouver une place dans le monde. Sur sa route, il croise : un homme d'affaires ayant fait fortune, une héritière collectionneuse de serpents, des trotskistes, une célèbre actrice, tous ces gens qui veulent son bien, qui racontent quelque chose de lui. Car Augie n'est pas un fils d'émigrants comme les autres : la réussite, pour lui, c'est avant tout la recherche de la liberté, et l'affranchissement de toutes contraintes.

Mon avis sur ce livre :

Un livre intense et foisonnant dans la grande tradition de l'histoire initiatique qui prend ses racines dans les grands romans américains. On pense à Melville et à Moby Dick avec la quête personnelle et spirituelle d'Achab, à Steinbeck et à ses personnages hauts en couleurs et un peu border line de Rue de la Sardine, à Dos Passos et son portrait de l'Amérique et on plonge en apnée dans ces 900 pages de vie. Raconté sous la forme d'une autobiographie romancée, le roman est d'une densité qui pourrait rebuter mais qui attrape le lecteur et l'entraîne au milieu de ce chaos organisé, de ce Chicago foisonnant où tout semble possible, de rencontres improbables en passant par la folie et le désordre du monde. C'est un roman dense et touffus avec de nombreuses descriptions qui peuvent donner l'impression d'une certaine lenteur et c'est tout le contraire, ce roman est en perpétuel mouvement : que ce soit Augie, ses rencontres, ses petits boulots, son statut social du moment, tout avance constamment et ce livre qui pourrait être figé dans des descriptions sans fin et en fait tout le contraire : un monde en perpétuelle évolution…

Le style peut sembler inégal car l'on passe de descriptions plutôt classiques à des dialogues imagés, à des interrogations qui semblent arriver de nulle part comme si Augie se posait 5 mn pour réfléchir à sa condition, puis l'on repart à nouveau dans de nouvelles descriptions comme dans un perpétuel tourbillon d'idées et de rebondissements. J'avoue que j'ai eu du mal au début à me sentir concernée par le personnage d'Augie, je n'arrivais pas vraiment à m'attacher à lui : trop inconstant pour moi, trop immature dans sa façon d'appréhender la vie, sa famille… J'ai vraiment peiné sur les 100 premières pages, car malgré des personnages vraiment très travaillés et intéressants, j'avais l'impression d'être dans une sorte de fuite en avant perpétuelle. Passant d'un boulot à un autre, le personnage d'Augie est tout le temps en mouvement comme s'il avançait coûte que coûte vers l'inconnu sans prendre le temps de se poser. C'est ce mélange très étrange entre le mouvement constant des personnages et le style littéraire très descriptif et détaillé qui m'a le plus déstabilisé. "Quand il nous faisait à table ces récits, il émettait l'espoir que, d'une certaine façon, la grandeur finirait par l'englober, puisqu'elle l'effleurait déjà, qu'il séduirait quelqu'un, qu'il accrocherait le regard d'Insull et que le magnat lui tendrait sa carte en lui demandant de se présenter le lendemain matin à son bureau." Dans cette phrase on voit tout à fait le style classique et la multitude d'actions en cours et à venir. Finalement j'ai beaucoup aimé ce roman, j'ai fini par être happé par le sillage laissé par Augie, petit à petit la magie a opéré et je me suis attachée à ce perpétuel adolescent, instable, débrouillard, qui vise toujours à aller de l'avant. J'ai aimé les personnages secondaires, hauts en couleur, qui aident Augie à grandir et à devenir adulte, particulièrement les femmes qui l'aident à se poser et à se construire contrairement aux personnages masculins, que j'ai trouvés plus superficiels. Bien sûr il y a des longueurs, difficile sur les 900 pages de faire autrement mais finalement cela permet au lecteur de se poser et de ralentir un peu le rythme du récit. Pour résumer, je suis très heureuse de m'être plongée dans ce roman intimidant que je souhaitais lire depuis très longtemps mais la version anglaise me faisait un peu peur…

Je remercie Livraddict et les éditions Folio pour ce partenariat et la découverte de ce très grand roman.

mardi 17 janvier 2017

Les Wang contre le monde entier

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Jade Chang – Les Wang contre le monde entier – Editions Belfond – 466 p. – Traduction Catherine Gibert

4ème de couverture :

Une odyssée pleine d'humour, de mordant et d'originalité pour aborder l'American dream, l'ambition, le racisme, les conflits familiaux ou encore le snobisme de la scène artistique new-yorkaise. Portée par un style ravageur, une découverte irrésistible.

Dans la famille Wang, il y a le patriarche, Charles, tycoon du cosmétique aux Etats-Unis ; la belle-mère, Barbra, seconde épouse trop engoncée dans ses fourrures et ses carrés de soie pour trouver sa place ; Saina l'aînée, artiste iconoclaste qu'un scandale de trop a exilé dans la campagne au nord de New York ; Andrew, le fils, obsédé par la perte de sa virginité et par sa future et très hypothétique carrière dans le stand-up ; Grace, la benjamine, fashion blogueuse/lycéenne intermittente et Ama, la vieille nourrice chinoise.

Hélas, nous sommes en 2008, au plus fort de la crise financière, et, à la suite de placements pour le moins hasardeux, Charles Wang vient de tout perdre.

Mais le self-made man n'a pas dit son dernier mot. Sa fortune, il sait où la récupérer : en Chine, sur les terres de ses ancêtres, confisquées par les communistes. Et le voici qui embarque à leurs corps défendant femme et enfants à bord de la seule rescapée des splendeurs passées : la vieille Mercedes très vintage.

Le début d'un périple sous haute tension à travers les Etats-Unis qui pourrait bien rompre les derniers liens qui rassemblaient encore les Wang…

Mon avis sur ce livre :

Un roman que j'ai plutôt bien aimé dans l'ensemble ce qui m'a surpris dans la mesure où ce n'est pas forcément mon style de lecture. J'avais l'impression d'être dans une sorte de chick-lit revisitée avec son grand patron plein aux as, sa fille artiste incomprise, son ado qui se cherche et sa reine de la mode... qui embarquent tous ensemble dans la grande aventure de leur vie : traverser l'Amérique profonde dans une voiture pourrie. Le propos me semblait sans grande originalité mais j'avais lu de bonnes critiques de ce roman et j'avais envie de lui donner une chance et de me faire ma propre opinion. Au final, c'est avant tout le récit de la fuite en avant d'une famille en déroute qui va finir par se retrouver et faire bloc face aux difficultés. Le thème n'est pas très original, on embarque dans une sorte de road-movie un peu convenu mais malgré tout plein de charme et de petits moments de tendresse qui apparaissent où on s'y attend le moins.

Je dois avouer que j'ai eu un peu de mal à rentrer dans cette histoire, je n'arrivais pas vraiment à m'attacher aux personnages, ils me semblaient pourtant tous sympathiques malgré leurs défauts mais je n'arrivais pas à m'intéresser à leur sort. Je les trouvais tous trop caricaturaux, trop superficiels, comme une sorte de galerie de portraits obligée pour ce genre de roman. Bizarrement au fur et à mesure que j'avançais dans l'histoire, ils devenaient plus attachants, peut-être parce que le vernis commençait à s'écailler et qu'ils prenaient un peu plus de profondeur. De tous, je crois que j'ai préféré Saina, c'est celle qui "me parlait" le plus, c'est peut-être aussi celle que je sentais la plus fragile et la plus responsable. Tellement responsable qu'elle avait quitté cette famille où tout semblait un peu figé et ensuite quitté New York pour s'isoler en pleine campagne. Finalement elle aussi menait sa propre fuite en avant… C'est le personnage qui m'a semblé le plus travaillé et le plus abouti du livre et donc le plus attachant.

Beaucoup de jolis moment dans ce roman, une façon originale d'aborder des thèmes difficiles comme le poids du passé, les origines, le racisme ainsi qu'une belle évolution des personnages, notamment celui de Barbra qui semble prendre de la consistance au fur et à mesure du périple. Plus je trouvais que leurs caractères s'étoffaient et plus j'appréciais ma lecture. Le style d'écriture est assez dynamique avec de nombreux dialogues qui donnent du rythme à l'ensemble. Par contre, super point négatif, beaucoup de phrases en mandarin je pense (j'espère que je ne dis pas de bêtise…) sans aucune traduction. J'ai trouvé cela franchement dommage et je me suis sentie frustrée tout au long de ma lecture.

Je remercie Babelio et les éditions Belfond pour cette découverte. 

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dimanche 15 janvier 2017

Nouveau blog !

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Pour tous ceux et celles que ça intéresse j'ai créé un autre blog qui sera plutôt sur la beauté, la mode, la déco... quelque chose de très simple, juste pour partager avec vous.

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mardi 20 décembre 2016

Le bal mécanique

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Yannick Grannec – Le bal mécanique – Editions Anne Carrière – 529 p.

4ème de couverture :

Un soir de 1929, la prestigieuse école du Bauhaus, à Dessau, a donné un bal costumé. C'était avant que les nazis ne dévorent l'Europe, c'était un temps où l'on pouvait encore croire au progrès, à l'art et au sens de l'Histoire. Pendant ce bal, une jeune femme, Magda, a dansé, bu et aimé.

Quel rapport avec Josh Schors, animateur à Chicago d'une émission de téléréalité dont le succès tapageur mêle décoration d'intérieur et thérapie familiale ? Quel rapport avec son père, Carl, peintre oublié qui finit sa vie à Saint-Paul-de-Vence, hanté par les fantômes de la guerre de Corée et les mensonges d'une enfance déracinée ? Quel rapport avec Cornelius Gurlitt, cet homme discret chez qui l'on a découvert, en 2012, la plus grande collection d'art spolié par le IIIème Reich ? Quel rapport avec le marchand d'art Theodor Grenzberg, qui poursuit sa femme, Luise, dans la folle nuit berlinoise ? Quel rapport avec Gropius, Klee, Rothko, Marx, Scriabine, l'obsession de la résilience et Ikea ?

Un siècle, une famille, l'art et le temps. Vous êtes invité au "bal mécanique".

Mon avis sur ce livre :

Un livre foisonnant et intense aux personnages cassés tels des petites mécaniques auxquelles il manque une pièce pour leur bon fonctionnement… Un livre que j'ai beaucoup aimé tant par sa construction et ses personnages que par l'aspect historique du roman dans sa deuxième partie. Le récit se construit sur le mélange, mélange des époques, mélange des personnages existants et ceux créés de toutes pièces par l'auteur, mélange des genres aussi avec d'un côté la téléréalité à travers la production d'une émission et de l'autre une institution artistique et codifiée représentée par le Bauhaus.

J'ai particulièrement apprécié le sens du détail de l'auteur, sa façon de ciseler les caractères et de construire ses personnages ; son sens du récit, mêlant son histoire à l'Histoire avec force et précision. Les chapitres plutôt courts ont comme clé d'entrée la mention d'une œuvre d'art qui incite le lecteur à aller découvrir les œuvres citées. J'avoue avoir adoré découvrir les tableaux, photographies, installations, sculptures que je ne connaissais pas.

Le roman se découpe en deux parties bien distinctes, l'une qui se passe de nos jours qui suit deux personnages principaux : Josh, animateur d'émission de téléréalité névrosé et Carl son père, peintre alcoolique retiré du monde ; et une seconde partie qui s'intéresse particulièrement à Théo, marchand d'art et Magda, sa fille "pensionnaire" du Bauhaus. J'ai de loin préféré cette partie à la première, j'ai trouvé qu'elle réussissait à vivre toute seule, tant la période, les personnages fictifs ou réels, la naissance du Bauhaus étaient intéressants à découvrir. L'auteur réussit à associer la création romanesque à l'Histoire sans jamais perdre le lecteur. Si j'aime les artistes de ce mouvement, tels que Klee et Kandinsky, j'avoue que je ne connaissais pas vraiment le fonctionnement et les finalités de ce collectif artistique mais cela ne m'a pas du tout gêné pour apprécier le récit et m'attacher aux personnages. J'ai aimé la façon dont les artistes ayant réellement existé s'intègrent dans l'histoire et interagissent avec les personnages de fiction, notamment Paul Klee. Je trouve que cela donne un poids particulier au récit et à l'émotion qui se dégage de l'ensemble. Cette seconde partie du roman est particulièrement émouvante, les personnages m'ont semblé beaucoup plus investis, plus ancrés dans leur réalité et dans leur vie que Josh et Carl dans la première partie. Bizarrement on sent Théo, Luise, Magda, plus connectés à leur époque que Josh et Carl qui semblent en dehors de leur vie, comme si, de façon peut-être inconsciente, ils faisaient le choix de la regarder en spectateur au lieu de la vivre réellement. Je me suis particulièrement attachée à Magda, cette petite fille qui aimait la couleur de la peau et qui un jour ira danser au bal mécanique.

J'ai beaucoup aimé ce roman et je remercie Babelio et les Editions Anne Carrière pour ce partenariat.

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mardi 1 novembre 2016

Petit pays

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Gaël Faye – Petit pays – Editions Grasset – 217 p. - #MRL16

4ème de couverture :

"Au temps d'avant, avant tout ça, avant ce que je vais raconter et le reste, c'était le bonheur, la vie sans se l'expliquer. Si l'on me demandait "Comment ça va ?" je répondais toujours "Ca va !". Du tac au tac. Le bonheur, ça t'évite de réfléchir. C'est par la suite que je me suis mis à considérer la question. A esquiver, à opiner vaguement du chef. D'ailleurs, tout le pays s'y était mis. Les gens ne répondaient plus que par "Ca va un peu". Parce que la vie ne pouvait plus aller complètement bien après tout ce qui nous était arrivé".

G.F.

Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l'harmonie familiale s'est disloqué en même temps que son "petit pays", le Burundi, ce bout d'Afrique centrale brutalement malmené par l'Histoire. 

Plus tard, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de cœur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites les jours d'orage, les jacarandas en fleur… L'enfance, son infinie douceur, ses douleurs qui ne nous quittent jamais.

Mon avis sur ce livre :

Le récit de l'innocence perdue et de l'enfance dévastée à travers les yeux d'un enfant qui va voir son petit monde protégé se fissurer avant d'exploser face à la folie des hommes et aux atrocités d'une guerre incompréhensible.

Gabriel vit au Burundi, petit pays voisin du Rwanda où ses préoccupations sont avant tout les copains, sa famille avec des parents qui ne s'entendent plus et le départ de sa mère qui retourne dans son pays le Rwanda, les petites tracasseries du quartier… Même si sa vie n'est pas toute rose avec une mère partie et les absences régulières de son père… les copains sont là et la petite bande se retrouve pour faire les quatre cent coups dans le quartier. Pour Gabriel c'est le point d'ancrage de son quotidien et l'oubli pendant quelques heures de ses problèmes familiaux : l'amitié, les parties de rigolade, les réunions dans le vieux combi Volkswagen au milieu du terrain vague… Mais la guerre ethnique qui sort de l'ombre au Rwanda va les rattraper et les heurter de plein fouet. La folie du monde va rattraper Gino, Armand, les jumeaux et les changer à jamais. La guerre qui fait rage au Rwanda atteint le Burundi et il n'est plus possible de fermer les yeux quand la famille et les copains sont directement touchés dans leur chair.

Le livre se découpe en deux parties bien distinctes, la premières qui met l'accent sur l'enfance, la vie de quartier avec les copains… et la seconde partie sur la guerre et ses conséquences sur le petit monde de Gabriel et de ses copains. La population se déchire, les gangs de rues font la loi et les voisins deviennent des ennemis potentiels… Les cadavres laissés au bord des routes sont devenus le paysage quotidien de Gabriel et la peur se distille à l'intérieur des foyers. Touché au cœur par la guerre à travers le destin de sa famille maternelle, Gabriel se retrouve confronté à la violence absurde d'une guerre basée sur le simple fait d'être venu au monde… Comment affronter le quotidien, les amis disparus, les repères dissouts dans tout ce chaos sans perdre son âme et son humanité ?

Avec ce premier roman Gaël Faye réussit le tour de force de mettre en lumière la bonté, l'amitié voire l'humour de ses personnages malgré la violence et la peur. C'est un livre magnifique, sans complaisance, sans compromission et sans pathos gratuit qui dissèque l'absurdité d'une guerre génocidaire qui si elle peut nous sembler incompréhensible, fait ressortir les vieux démons d'un passé pas si lointain que ça !

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vendredi 14 octobre 2016

L'enfant qui criait au loup

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Gunnar Staalesen – L'enfant qui criait au loup – Folio Policier – 480 p. – Traduction Alex Fouillet

4ème de couverture :

Avant d'être détective privé, Varg Veum travaillait à la Protection de l'enfance. Trop idéaliste et entier, il avait fini par en être renvoyé. Parmi les enfants qu'il avait essayé d'arracher à un destin déjà écrit figurait Janegutt, dont il s'était occupé à plusieurs reprises. Aujourd'hui devenu adulte et accusé du meurtre de ses parents adoptifs, Janegutt est retranché dans un fjord et ne veut parler qu'à une seule personne : Varg Veum.

Mon avis sur ce livre :

Un roman policier sur fond de misère sociale et affective qui prend ses racines dans le passé pour maquiller le présent et des personnages principaux ambigus et plutôt attachants. Tout est réuni pour piquer ma curiosité et me donner envie de découvrir l'auteur. J'ai beaucoup aimé le fait que ce dernier brouille continuellement les pistes, en mélangeant le passé et le présent, en nous donnant quelques clés au fur et à mesure que l'on avance dans le roman. Gunnar Staalesen à travers ce livre trace le destin de ce petit garçon né sous une mauvaise étoile : d'une enfance ballotée entre différents foyers, à l'accusation du meurtre de ses deux parents adoptifs, quelle a bien pu être la vie de Janegutt pour en arriver là ?

Le tour de force de ce roman, c'est de rendre attachants certains des personnages pas forcément très sympathiques au départ, que ce soit Janegutt au comportement ambigu ou sa mère biologique droguée, aux fréquentations plus que douteuses, maltraitante et incapable de s'occuper d'un enfant… Finalement tous évolueront au cours du récit pour atteindre une certaine forme de rédemption. J'ai beaucoup aimé le soin apporté par l'auteur pour travailler la psychologie des différents personnages et réussir à nous attirer vers de nombreuses fausses pistes grâce au comportement et à l'évolution de ces derniers. Le lecteur se perd entre ses propres certitudes et les différents indices distillés par l'auteur au cours de l'enquête et le résultat est vraiment prenant et très réussi. Les personnages secondaires prennent tour à tour de l'ampleur et finissent par trouver leur place au fur et à mesure que l'enquête avance.

Si comme moi vous aimez les polars nordiques, vous ne serez pas déçus car l'on retrouve les grands thèmes présents dans la littérature du genre à savoir une critique de la société de consommation sur fond de misère sociale ou l'ennui le dispute à la violence quotidienne. A cela vous ajoutez un personnage principal border line, un brin looser, qui noie son dégoût du monde au fond d'une bouteille d'alcool et vous y êtes… J'ai donc retrouvé avec le personnage de Varm Veum beaucoup de similitudes avec Erlendur d'Arnaldur Indridason ou avec Harry Hole de Jo Nesbo, voire avec l'inspecteur Rebus de Ian Rankin en Ecosse. Là encore on est de plein pied dans ce genre de personnage, un ancien travailleur social devenu privé, désabusé et lucide sur les capacités de l'homme à nuire et à détruire son prochain… Seul petit bémol, une certaine lenteur dans le récit et la sensation de se perdre parfois entre le passé et le présent et les différentes intrigues qui se croisent continuellement et qui pourrait déstabiliser le lecteur par moment. Pour ma part, j'ai été vraiment conquise et j'ai lu ce roman très rapidement.

Je remercie Livraddict et les Editions Folio Policer pour ce partenariat et pour la découverte de ce nouvel auteur que je continuerai à suivre.

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dimanche 7 août 2016

Albert sur la banquette arrière

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Homer Hickam – Albert sur la banquette arrière – Editions Mosaïc – 426 p. – Traduction Arnold Petit

4ème de couverture :

C’est l’histoire d’un couple ou l’un aime et l’autre pas.
C’est l’histoire de Homer, honnête mineur de Virginie, d’Elsie, sa jeune épouse aux rêves déçus, et d’Albert.

Mais qui est donc Albert ?
Un alligator. Un cadeau de mariage qu’Elsie a reçu du grand amour de sa vie quand elle s’est résignée à épouser Homer. Une petite bête facétieuse et un peu cruelle, qui s’interpose sans cesse entre elle et son mari.

Que fait Albert sur la banquette arrière ?
On le ramène chez lui. Exaspéré par les tours féroces que lui joue l’alligator, Homer pose un ultimatum à Elsie : c’est Albert ou lui… 

Ainsi commence une expédition à trois vers la Floride. Une aventure pleine de rebondissements, de rencontres…

Dans ce road trip des années 1930, faussement naïf et réellement cocasse, Homer Hickam offre au lecteur un récit unique sur fond de Grande Dépression, où se mêlent faits réels, souvenirs d’enfance, histoires rapportées, inventions pures, clins d’œil littéraires et photos d’époque. Une fable tendre et profonde sur l’amour conjugal, ses écueils et ses belles surprises. A lire absolument ! 

Mon avis sur ce livre :

J’ai beaucoup aimé ce roman ! Des personnages attachants et hauts en couleur, un alligator, un coq, des écrivains célèbres et des aventures complètement improbables. Un road trip complètement déjanté qui m’a complètement emballé. Je pense que c’est le genre de roman que vous adorez ou que vous détestez, soit vous vous laissez embarquer sans vous poser de questions, soit vous vous dites que vous êtes dans le grand guignol total. Pour ma part, je me suis laissée embarquer. J’ai adoré la poésie des personnages, la magie de l’histoire, la mélancolie qui se dégage du récit à certains moments et les rencontres au fil des pages.

Je crois que c’était le livre que j’avais besoin de lire après mes lectures précédentes plus sombres et plus intenses. J’avais besoin de trouver un peu de magie et de légèreté. Le résumé m’a tout de suite attirée et je me suis laissée prendre par le récit dès les premières pages. J’ai adoré la malice d’Albert l’alligator, la gentillesse d’Homer, les certitudes d’Elsie et ce coq magique sorti de nul part qui se tape l’incruste tout au long de la route vers la Floride. C’est léger, drôle, sans prétention et plein de bons sentiments…

C’est l’histoire d’un couple, ou plutôt d’un ménage à trois puisqu’Elsie n’a jamais oublié son premier amour (voire à quatre en comptant Albert), parti sur les routes de l’Amérique, mais c’est surtout l’histoire d’une femme nostalgique, d’un mari trop gentil, d’un alligator souriant et d’un coq vagabond. J’ai tout de suite aimé Homer, ce mari prêt à toutes les extravagances pour sa femme qu’il adore, un peu moins Elsie que je trouvais plutôt égoïste au début du roman, notamment vis-à-vis d’Homer. J’ai adoré Albert toujours le sourire aux lèvres au point d’entendre son petit cri de contentement dans ma tête quand je lisais le roman "ouais ouais ouais". Je peux comprendre que certains n'adhèrent pas du tout à ce genre d'histoire loufoque et je suis consciente que l'écriture est basique, directe et ne remportera pas le premier prix du style mais pour résumer, je m'en fiche. J'ai passé un bon moment, j'avais envie que leur périple dure un peu plus longtemps et que l'on en apprenne un peu plus sur ce coq mystérieux.

La mise en page du livre est vraiment sympa avec ces dessins au trait d'Albert qui viennent introduire les différentes parties du roman et les photos qui viennent illustrer l'histoire à la fin du livre. Je remercie Babelio et les Editions Mosaïc pour cette belle découverte. J'ai passé un très bon moment sur les routes de l'Amérique en compagnie de tout ce petit monde.

 

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mercredi 27 juillet 2016

Le dernier Pape

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Luis Miguel Rocha – Le dernier pape – Editions Folio Policier – 573 p. – Traduction Vincent Gorse

4ème de couverture :

29 septembre 1978 : le pape Jean-Paul 1er est retrouvé mort dans son lit trente-trois jours après son élection. Officiellement il a succombé à un infarctus. Le secrétaire général du Vatican empêche toute autopsie et précipite l’embaumement du corps… Londres, 2006 : la jeune journaliste portugaise Sarah Monteiro trouve dans son courrier une étrange liste de noms. Quelques minutes plus tard, elle échappe de justesse à une tentative d’assassinat grâce à l’intervention d’un certain Rafael. De l’Angleterre au Portugal, des Etats Unis au Vatican, Sarah et Rafael se retrouvent confrontés à une mystérieuse organisation prête à tout pour les éliminer : quels secrets cherche-t-elle à protéger ?

Mon avis sur ce livre :

Dès les premières pages, je me suis demandée si j’allais vraiment réussir à rentrer dans le livre. La construction de l’intrigue et des premiers chapitres me semblait vraiment banale pour ce genre de littérature et j’avais l’impression de replonger dans une sorte de Da Vinci Code revisité tant au niveau de la forme que des personnages impliqués. Le fait de passer d’une époque à une autre, d’un pays à un autre et d’un groupe de personnage à un autre me semblait sans grande originalité mais entraînait plutôt une certaine confusion pour démarrer le livre. Je dois avouer qu’au départ je pensais que c’était mal parti et que j’allais avoir du mal à rentrer dans l’histoire, je trouvais le début du roman long et confus et le fait de passer d’une époque ou d’un pays à un autre n’aidait pas non plus à s’y retrouver… D’habitude avec ce genre de roman je suis plutôt bon public et prise par l’histoire dès le départ, mais ici j’étais gênée par l’impression de « déjà lu ». Heureusement après les 50 premières pages et l’entrée en scène de Sarah mais surtout de l’énigmatique Rafael, j’ai commencé à m’intéresser beaucoup plus à l’intrigue et à m’attacher aux personnages.

Finalement j’ai bien aimé le roman même si ça n’est pas un coup de cœur j’ai trouvé que c’était une bonne lecture pour l’été, qui remplit parfaitement son office de lecture divertissante et entraînante, en relation avec des faits historiques qui permettent de s’ancrer dans la réalité et de trouver une résonnance dans les tribulations du monde. Les deux personnages principaux sont plutôt attachants et le mystère plane jusqu’au bout. Dans la mesure où l’on est dans une sorte de course poursuite sur plusieurs continents et au milieu d’une partie d’échecs entre différents groupuscules et officines parallèles on sait que l’intrigue aura suffisamment de rebondissements pour tenir le lecteur en haleine avec une dynamique continue. L’alternance régulière des chapitres se passant à différentes périodes permet de garder le contact avec l’ensemble des personnages secondaires et de conserver en tête leur rôle dans l’histoire. On jongle entre la CIA, le Vatican, la loge P2, les politiques de tous bords, la tentative d’assassinat de Jean-Paul II, les Brigades Rouges et plus on avance dans le livre, moins il y a de temps morts. Si certains faits et « explications » me semblent un peu capelli tractés, l’ensemble se laisse lire avec plaisir. Finalement j’ai passé un bon moment de détente et un rebondissement de dernière minute laisse la porte ouverte pour le livre suivant.

Je remercie Livraddict et les Editions Folio pour ce partenariat. Une parfaite lecture détente pour l’été !

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mercredi 6 juillet 2016

Tokyo Vice

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Jake Adelstein – Tokyo Vice – Editions Marchialy – 475 p. – Traduction Cyril Gay

4ème de couverture :

“Parfois, mieux vaut avoir de la chance que d’être bon"

Quand Jake Adelstein intègre en 1993 le service Police-Justice du plus grand quotidien japonais, le Yomiuri Shinbun, il n’a que 24 ans et il est loin de maîtriser les codes de ce pays bien différent de son Missouri natal. A Tokyo, il couvre en étroite collaboration avec la police les affaires liées à la prostitution et au crime organisé. Pour cela, il n’hésite pas à s’enfoncer dans les quartiers rouges de la capitale, dans les entrailles du vice et de la décadence. Approché par les yakuzas, il devient leur interlocuteur favori tout en restant un informateur précieux pour la police. Une position dangereuse, inédite et ambivalente, aux frontières du crime, qui incite Jake Adelstein à entrer dans un jeu dont il ne maîtrise pas les règles. A mi-chemin entre le polar mafieux et l’enquête journalistique, Tokyo Vice est le roman initiatique d’un jeune journaliste américain à Tokyo qui nous livre, avec beaucoup d’humour, un témoignage nerveux sur l’envers de la société nippone.

Jake Adelstein est le premier étranger à avoir intégré la rédaction du Yomiuri Shinbun. Pendant plus de dix ans, il couvre le trafic d’êtres humains et le crime organisé. A la suite de son enquête sur les yakuzas, sa famille est placée sous protection du FBI pendant plusieurs années. Il a par ailleurs travaillé pour The Daily Beast, The Japan Times et Vice News.

Mon avis sur ce livre :

Avant toute chose j’aimerai signaler la qualité d’impression de ce livre paru aux Editions Marchialy avec un papier de qualité et une mise en page soignée et originale. Quant au récit, j’ai adoré du début à la fin. Dès les premières pages le lecteur est embarqué dans une histoire d’autant plus incroyable qu’elle est basée sur la réalité des affaires de la mafia japonaise. On découvre le parcours inattendu de l’auteur, un quotidien étonnant et des personnages inquiétants et hauts en couleur. On imagine sans peine la difficulté pour un gaijin de s’intégrer au Japon à un tel niveau : être employé comme journaliste dans un journal japonais, écrire pour ce titre en japonais, s’intégrer à la police et au monde des yakuzas. Si j’ai aimé l’histoire concernant le Goto-gumi que j’ai trouvée passionnante, j’ai aussi particulièrement apprécié toute la partie concernant les us et coutumes de la société japonaise, la façon dont la police et les journalistes sont amenés à collaborer, la hiérarchie tacite ou non entre ces différentes professions, la place des yakuzas par rapport à la société civile japonaise, leur évolution et leur adaptation au monde de la finance internationale. J’ai aussi appris des tas de choses sur le fonctionnement de la société japonaises et sur sa structure sociale et culturelle à travers ce livre.

Le lecteur embarque pour un récit étonnant dans les bas-fonds de la société nippone avec son industrie du sexe, du racket et de l’exploitation humaine dans ce qu’elle a de plus abjecte ; mais cela n’est ni graveleux, ni gratuit. Au contraire, la dimension humaine est toujours présente et au centre du récit. On s’attache facilement aux personnages, même à ce yakuza qui demande de l’aide à l’auteur pour découvrir celui qui propage des rumeurs à son encontre. Entre témoignage et policier, ce livre se lit très facilement. Le style est concis, journalistique, dynamique.

J’ai aimé aller au-delà des apparences à travers ce témoignage. Pour avoir visité le Japon, j’en avais, comme beaucoup, la vision idéalisée d’un pays se partageant entre modernité et tradition, où les rues sont sûres, propres, les gens pressés, la nourriture fabuleuse… Une sorte de mélange entre le carrefour de Shibuya et le calme zen d’un onsen. Même si l’on sait pertinemment que le côté sombre existe, on a tendance à l’oublier dans les rues de Tokyo, où l’insécurité que l’on peut rencontrer à Paris ou dans nos grandes villes occidentales n’existe pas en tant que telle. Il était donc intéressant d’approcher aussi un peu ce côté sombre à travers ce livre et de réaliser pleinement que malgré cet aspect lisse apparent il existe aussi des failles, des crimes sordides (à travers l’affaire Lucy Blackman par exemple),  une gangrène financière présente à tous niveaux de la société jusqu’au sommet. Ce témoignage fut l’un de mes coups de cœur de ce premier semestre de lecture.

Je remercie Babelio et les Editions Marchialy pour ce livre qui m’a tenu en haleine du début à la fin.

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