Bidules et Petits Riens

mercredi 21 avril 2021

Les Blessures de Lame - 1 - L'Ecarlate

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Georgina Gay – Les Blessures de Lame – L'Ecarlate – Evidence Editions – Collection Fantasy - 233 p.

4ème de couverture : 

Lilith est la première femme à fouler le sol du jardin d'Éden. Elle y rencontre Adam, et devient sa compagne. Les premiers jours idylliques, sont rapidement balayés par les désaccords des deux amants qui plongent la jeune femme dans un tourbillon d'aventures où elle aura à faire face au danger et à ses propres démons. Lilith devra choisir entre abandonner ou se transcender pour trouver sa place dans un monde hostile et violent.

Mon avis : 

Personnage de la mythologie, Lilith représente l'archétype de la femme libre, qui refuse le joug masculin. Souvent présentée comme la première femme d'Adam, avant Ève, elle refuse d'obéir à celui-ci pour suivre son propre destin. Tout à la fois, démone, femme libre et libérée, Lilith est souvent associée à la nuit et présentée comme une figure féministe. Son refus d'obéissance à Adam en fait le symbole de la rébellion à l'autorité masculine. Lilith est sans doute l'un des personnages les plus complexes de la mythologie, une figure que l'on retrouve dans les récits de différentes religions. 

A travers ce roman, je ne m'attendais pas à un récit historique, mais plutôt à une aventure très romancée de ce personnage haut en couleurs, mais avant tout au récit d'une femme dans toute sa complexité et ses contradictions. A la fois soumise, naïve, forte, rebelle, déterminée… on suit Lilith à travers Éden et les terres oubliées des Dieux et des Anges. En commençant ce roman je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre, mais ma lecture a été une bonne surprise du début à la fin. Bien sûr il y a quelques longueurs, et parfois quelques raccourcis mais dans l'ensemble j'ai été plutôt conquise par les personnages. Il ne faut pas oublier que c'est un premier tome qui sert aussi à présenter les différents protagonistes et leur rôle dans l'histoire. 

J'ai trouvé le personnage de Lilith plutôt bien travaillé dans sa complexité, c'est une femme forte et sensible à la fois, qui est amené à suivre sa propre route et à faire ses propres choix. Au fur et à mesure que se déroule le récit elle nous apparaît sous différentes facettes, nous dévoile un peu plus ses peurs, ses failles et tente de cacher ses blessures sous une carapace de guerrière et de reine. J'ai beaucoup aimé l'alternance des différentes ambiances : introspection, aventures, dialogues, rencontres… Je trouve que cela apporte du rythme au récit et permet parfois des pauses nécessaires pour mieux comprendre la personnalité et les décisions de Lilith ou des autres personnages. L'écriture est très agréable, très fluide et se lit très facilement. Le vocabulaire est plutôt riche et varié et donne une belle dynamique au récit. 

Les personnages sont attachants, et dévoilent leurs failles, leurs peurs, leurs forces au fur et à mesure que l'on avance dans l'histoire. On pourrait penser à une vision manichéenne de la lutte entre le  Bien et le Mal mais l'auteur s'amuse à nous faire douter, à jeter nos certitudes aux oubliettes et c'est très agréable. Pour résumer je dirai que ce livre est plutôt une bonne surprise, une lecture agréable et une bonne mise en bouche pour découvrir la suite des aventures de Lilith.

Je remercie Babelio et Evidence Editions pour cette belle rencontre. Je lirai la suite avec plaisir. 

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mardi 9 mars 2021

Post-scriptum - Journal intime 1982 - 2013

Post-Scriptum

Jane Birkin – Post-scriptum, journal, 1982-2013 – Éditions Le Livre de Poche – 591 p.

4ème de couverture : 

"Post-scriptum, c'est le démarrage d'une autre vie. C'est le début de ma vie avec Lou… de mon union avec Jacques Doillon… Kate est maintenant teenager, Charlotte a neuf ans…

C'est une autre ouverture, une autre balade, plus curieuse des autres, découvrant une trajectoire, des concerts, des tournées, des pièces de théâtre, voyageant, parfois m'attachant à des personnes…

Il me semble que j'ai plutôt navigué dans un optimisme absolument infondé. 

J'ai cessé d'écrire ce journal à Besançon le 11/12/13… en apprenant la mort de Kate…"

Après les Munkey Diaries, qui retraçaient la vie de Jane Birkin de 1957 à 1982, ce second volume de son journal intime, débutant après sa séparation d'avec Serge Gainsbourg, traverse les années 1980 à 2000 avec une fantaisie et une grâce qui lui permettent de surmonter bien des épreuves. On retrouve avec bonheur une mère dévorée d'amour pour ses trois filles qui s'émancipent, une amoureuse tiraillée entre passion, jalousie et nostalgie, une artiste engagée qui s'épanouit et enchante le monde entier. 

Mon avis : 

Après avoir écouté et beaucoup aimé Munkey Diaries j'étais très heureuse de retrouver Jane Birkin pour la suite de son journal. Il faut dire que toute ma vie a été bercée par les chansons de Serge Gainsbourg et de Jane Birkin, les films de Charlotte, les films et les chansons de Lou, les photographies de Kate, les films de Jacques Doillon. Je fais partie de cette génération adolescente et étudiante dans les années 80/90, le punk, Londres, le cinéma de Carax, de Beineix, de Chéreau, de Miller, de Tavernier, de Leconte, de Blier, le Palace… "Les nuits fauves", les films de James Ivory, de Stephen Frears… J'ai l'impression que tout cela fait partie de mon ADN culturel. En écoutant l'audio book Munkey Diaries et en lisant Post-scriptum, je me suis aperçue que Jane Birkin avait toujours été là, que ce soit en chanson, à travers ses combats, à travers ses films, à travers ses filles et ses compagnons, elle fait partie des constantes de ma vie. Ce livre m'a permis d'en prendre conscience et de réaliser que certaines personnes ont cette capacité à vous toucher de façon indicible, avec cette pudeur qui est le propre des personnes délicates, ce mélange de réserve et de combativité, de timidité et d'assurance et cette grâce exquise. 

J'ai beaucoup aimé Post-scriptum, même si je l'ai trouvé beaucoup plus sombre, plus triste, plus nostalgique aussi. On quitte les souvenirs de jeunesse et l'insouciance des années 60 et 70 de Munkey Diaries pour rentrer dans une période de doutes parsemée de deuils et de remises en question. Avec cette sensibilité à fleur de peau, Jane Birkin nous fait rentrer dans l'intimité de son quotidien, dans ses interrogations de mère, de compagne, d'actrice et ouvre ainsi la porte à nos propres interrogations. Ses regrets, ses peurs, ses joies et ses peines sont quelque part aussi un peu les nôtres et nous emmènent à nous interroger sur notre parcours. Avec cette deuxième partie de son journal, j'ai retrouvé plus de connexions avec ma propre vie, plus de résonnance avec mes souvenirs… les films que j'aimais, la musique que j'écoutais… 

J'ai aussi beaucoup aimé le style, on retrouve sa façon de parler à travers son écriture et parfois j'entendais sa voix dans mon oreille, peut-être parce que j'avais encore l'audio-book de Munkey Diaries en tête. Bien sûr, un journal c'est toujours un parti-pris, un point de vue, mais ici on le sent sincère, vrai, honnête et pourtant pudique. Jamais de pathos racoleur, de vulgarité, de facilité. Il ressemble à Jane Birkin telle que je l'imagine, droite dans ses bottes, sensible, intègre, sans fards, honnête, tout en pudeur et en délicatesse. 

Je remercie Babelio et le Livre de Poche pour cette lecture, qui bien sûr, intéressera les fans de la chanteuse et de l'actrice mais pas seulement, c'est avant tout le témoignage d'une femme, d'une mère, d'une artiste sur son époque.

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mercredi 3 mars 2021

Queenie

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Candice Carty-Williams – Queenie – Editions Calmann Lévy – 397 pages – Traduction Christine Barbaste

4ème de couverture : 

Pour Queenie, jeune londonienne d’origine jamaïcaine, la vie n'est pas rose. Entre chagrin d'amour, pépins de santé, soucis au bureau, Queenie perd le goût de la vie. Et ses rencontres catastrophiques d'un soir ne lui remontent en rien le moral. Malgré sa ténacité, son humour sans pareil et ses amies incroyables, Queenie s'enfonce dans une spirale.

Pour ne pas sombrer, elle va devoir se battre et affronter ses démons, relever la tête et prouver au monde que sa vie de femme noire compte tout autant que les autres. 

Mon avis : 

Un avis un peu mitigé pour ce premier roman que j'avais repéré sur les chaînes anglo-saxonnes et qui me tentait. Autant j'ai aimé le style, le rythme, la dynamique de l'écriture, autant je me suis vraiment ennuyée par moment. J'ai trouvé ma lecture très chaotique et assez inégale en réalité. Si j'ai beaucoup aimé certains moments ou certaines thématiques de l'histoire, j'avoue que j'ai trouvé certains passages sans grand intérêt, un peu répétitifs ou du moins sans réelle surprise. Pourtant les personnages sont attachants, voire drôles par moment mais sincèrement j'ai trouvé certaines choses vraiment tirées par les cheveux. Particulièrement tout ce qui touche au monde du travail. De nos jours, qui peut se permettre de bosser deux heures par jour de façon effective et passer le reste de son temps à bavarder avec les copines (et donc les empêcher de travailler), sortir pour un oui ou pour un non, aller se ballader dans les étages, draguer à la machine à café, passer ses appels perso sans avoir de comptes à rendre ou se faire virer ?  Et on ne parle pas des absences à répétition pour un oui ou pour un non… J'ai vraiment eu du mal à adhérer à cette partie de l'histoire qui venait peut-être servir le propos de l'auteur pour expliquer les interactions de Queenie avec ses copines mais qui semblait peu réaliste dans le monde du travail en crise que l'on connaît.

En réalité, Queenie m'a donné l'impression d'être une sorte de Bridget Jones version trash avec des scènes de sexe très crues, voire difficiles. A travers ce portrait d'une jeune femme désespérée par son histoire d'amour qui part en vrille j'ai eu du mal à me positionner et à me projeter. Je n'arrivais pas forcément à m'identifier aux problématiques qu'elle vivait, je trouvais que par moment c'était "too much" : trop de sexe, trop de mauvais choix, trop de larmes, trop de déni, trop d'alcool. On sent arriver la catastrophe ! Pourtant, et c'est là l'un des points forts de l'auteur, on s'attache au personnage de Queenie et à ses amies. On a envie qu'elle ouvre les yeux sur son couple et qu'elle trouve la force de se reprendre en mains. Elle a un travail sympa, des amies formidables et elle mérite tellement mieux que tous ces loosers qu'elle rencontre au fil des pages… 

J'étais très partagée quant à mon ressenti sur ce roman. J'ai beaucoup aimé certains aspects du récit et j'ai détesté d'autres côtés, que j'ai trouvé un peu caricaturaux. J'aurai aimé que l'on découvre un peu plus la psychologie des personnages, que l'on rentre un peu plus en profondeur dans les émotions au lieu de se contenter de clichés, ou de raccourcis simplistes pour expliquer les comportements de Queenie et son rapport aux hommes et à sa sexualité. 

Pour résumer, j'ai vraiment apprécié l'écriture, le rythme, les dialogues de ce roman. J'ai aimé les personnages même si j'ai passé une bonne partie de ma lecture partagée entre colère et compassion envers Queenie… J'ai moins aimé le traitement de l'histoire, sa construction et le déséquilibre entre certaines situations que j'ai trouvées difficiles et le détachement sans doute volontaire, que semblait y mettre l'auteur. 

Déception par rapport à mes attentes, peut-être trop fortes sur ce roman, mais je ne correspondais sans doute pas à la cible. Cela reste malgré tout une lecture fluide, dynamique avec de nombreux dialogues et échanges de SMS qui viennent donner du rythme au récit. Il y a beaucoup d'humour, de dérision mais aussi des pages touchantes et beaucoup de tristesse qui se dégagent de certains passages. Lecture en demie teinte pour moi. 

Je remercie Babelio et les éditions Calmann Lévy pour ce roman. La rencontre ne s'est pas faite mais j'en attendais sans doute un peu trop… 

mercredi 6 janvier 2021

La Chasse Fantôme

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Hermine Lefebvre – La chasse fantôme – Editions Scrinéo – 437 p. 

4ème de couverture : 

Il y a quatre cents ans, l'Ordre des Veilleurs a scellé la Chasse Fantôme en Allemagne et caché l'esprit du Coryphée, son meneur, parmi les hommes. Mais un soir, le Cor de la Chasse résonne et les Cavaliers sont libérés. Dans l'explosion qui suit, Natalis, jeune magicien prometteur des Veilleurs, devient paraplégique et son père sombre dans le coma.

Un an plus tard, la horde meurtrière frappe chaque nuit. Jugé responsable de la libération de cette dernière et suspendu de ses fonctions au sein de l'Ordre, Natalis est décidé à réparer sa faute. Avec son frère Félix, il décide de tout mettre en œuvre pour retrouver le Coryphée dont personne ne connaît l'identité. Mais cela peut être n'importe qui, même l'un d'eux…

Mon avis : 

Un thème original pour ce premier roman qui plaira à tous ceux qui aiment une histoire bien menée, des personnages complexes, des thèmes qui touchent tout un chacun et de l'action. Lorsque je lis un roman jeunesse j'essaie toujours de me mettre à la place de l'adolescente que j'étais, avide de lecture et d'évasion et la première question que je me pose est de savoir si ce livre m'aurait plu… et la réponse est définitivement OUI ! J'ai beaucoup aimé l'originalité du thème développé et les personnages du roman, beaucoup plus complexes qu'il n'y paraît. 

Ici, pas de lenteur, pas de descriptions interminables ou de digressions amoureuses, d'entrée de jeu, on rentre dans l'action. L'auteur pose l'histoire dès les premières pages et on est tout de suite embarqué. Les personnages sont complexes et permettent d'aborder de nombreux thèmes fondamentaux comme le sens de la loyauté, de l'amitié, la capacité à affronter un deuil ou la trahison, le handicap, le harcèlement scolaire ou hiérarchique, le sens du devoir et du sacrifice et la possibilité de faire ses propres choix à un moment donné. 

Les personnages sont travaillés, on échappe aux clichés du gentil et du méchant, du trouillard et de la tête brûlée. J'ai beaucoup aimé le personnage de Félix, son calme, sa bienveillance, sa capacité à aller au-delà des apparences malgré les événements. Il représentait souvent un îlot de calme au milieu de la tempête, un point d'ancrage quand tout semblait s'effondrer. Mais Ielisseï reste mon personnage préféré et sa solitude m'a beaucoup touchée tout au long du récit. C'est aussi le personnage le plus complexe, celui que j'arrivai le moins à cerner. Sa fragilité, ce besoin d'être aimé, cette sorte de béance intérieure et ce vide à combler m'ont souvent bouleversée. Ce beau travail sur la psychologie des personnages donne vraiment de la profondeur au récit et permet de mieux comprendre les choix de chacun.

Action et rebondissements ne sont pas oubliés, le rythme est assez soutenu pour ne pas lasser le lecteur. L'écriture est facile d'accès, simple et directe sans être simpliste, plutôt riche quand on la compare à certains romans jeunesse. J'ai passé un bon moment de lecture, l'histoire est plutôt originale et bien menée et ici pas d'histoire d'amour mièvre et racoleuse pour venir parasiter l'intrigue. 

Je remercie Babelio et les éditions Scrinéo pour cette belle découverte.

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mercredi 21 octobre 2020

Porc braisé

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An Yu – Porc braisé – Editions Delcourt – 197 p. – Traduction Carine Chichereau

4ème de couverture : 

Un artiste du monde flottant…

Un matin d'automne, Jia Jia pousse la porte de la salle de bains de son appartement cossu de Beijing et découvre son mari sans vie dans la baignoire. Il a laissé pour elle, sur le lavabo, le dessin énigmatique d'un homme-poisson. Cette étrange figure aquatique ne cessera dès lors de la hanter. Perdue et sous le choc, Jia Jia déambule dans la ville, boit plus que de raison, et noue peu à peu une relation avec un barman qui semble appartenir à cette seconde espèce d'hommes, ceux qui guérissent plutôt qu'ils ne blessent.

Libérée d'un mariage asphyxiant, Jia Jia se redécouvre, renoue avec sa passion pour la peinture et affronte ce passé trop longtemps mis sous silence par ceux qu'elle aime. Une odyssée intérieure qui la mènera jusqu'aux plateaux du Tibet et cet autre monde auquel elle aspire et qui la terrifie.

Un premier roman enchanteur et onirique, qui évoque l'atmosphère des films de Wing Kar-Wai, des romans de Haruki Murakami.

Mon avis sur ce livre : 

Un très beau premier roman à l'atmosphère mélancolique et poétique qui enchantera le lecteur et l'emmènera à se poser de nombreuses questions sur la place qu'il occupe, sur la vie, sur le passage du temps. Un roman beau et déroutant à la fois, qui nous prend par la main et nous entraîne dans les méandres de l'absence.

Jia Jia est un personnage bouleversant qui se perd petit à petit pour mieux se retrouver et enfin se reconstruire. On s'attache très vite à cette femme en souffrance qui cherche des réponses et un sens à sa vie au fond d'un verre, au fond d'un rêve…

Si la mort de son mari est l'élément déclencheur de cette prise de conscience, cette mort l'oblige à réaliser que jusque-là elle était enfermée dans sa propre vie, enfermée dans sa place d'épouse, enfermée dans son appartement, enfermée dans la société à laquelle elle appartient. Son existence semble se dérouler dans un brouillard, une sorte de flottement perpétuel, comme si elle était constamment entre deux eaux, anesthésiée, les sens engourdis.  

L'élément liquide est très présent dans ce roman, l'eau, l'homme-poisson, la boisson qui apporte un semblant d'apaisement à Jia Jia quand la solitude et les doutes se font trop pesants. Cette allégorie de l'eau, symbole des émotions qui ne demandent qu'à se libérer, représente l'envie de Jia Jia de réapprendre à vivre tout simplement. Cette eau est en réalité, une libération, un fil conducteur qui va relier Jia Jia à son passé, à ses parents, à son mariage, à sa vie future et la réconcilier avec elle-même et surtout l'aider à s'accepter et à retrouver sa place dans la vie, dans sa vie. Cette eau qui coule au fil des pages devient tout au long du roman un personnage à part entière de l'histoire. 

Les personnages secondaires, s'ils peuvent sembler anecdotiques pour certains, simplement de passage pour d'autres, tiennent en réalité une place très importante. Ils représentent, chacun à leur manière, ces rochers à fleur d'eau qui aideront Jia Jia à remonter à la surface pour reprendre sa respiration, pour continuer à avancer et à s'ancrer à nouveau dans sa vie. Léo le barman, oreille attentive qui aidera Jia Jia à renouer avec son corps, Madame Wan qui l'aidera à renouer avec sa créativité et la peinture, Ren Qi, qui l'aidera à renouer avec son passé… Tous aideront Jia Jia à reprendre possession de sa vie et à libérer enfin l'homme-poisson.

Un très beau roman initiatique sur cette femme qui retrouve sa vie et sa place dans la société, un roman prenant, très émouvant, qui vous emmène dans une plongée en apnée dont on remonte comme groggy et un peu nostalgique aussi. 

Merci à Babelio et aux éditions Delcourt pour cette belle découverte.


jeudi 6 août 2020

Les Secrets de Brocéliande

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Jean-Luc Bannalec – Les Secrets de Brocéliande – Une enquête du commissaire Dupin – Editions Presses de la Cité – 415 p. – Traduction Silke Zimmermann

4ème de couverture : 

Le commissaire Dupin et son équipe s'apprêtent à se détendre en forêt de Brocéliande, la plus grande de Bretagne. C'est le "dernier royaume des fées", l'épicentre breton du fantastique. Auparavant, Dupin doit interroger pour le compte d'un collègue parisien le directeur du Centre de l'Imaginaire arthurien. Quand il se présente, il découvre un cadavre. Premier meurtre d'une série…

La victime appartenait à un groupe de scientifiques, fine fleur de la recherche arthurienne, au sein duquel règnent inimitiés, rivalités, jalousies. L'un d'eux serait-il l'assassin ? Et pour quelle raison ? La querelle autour du projet contesté de parc d'attractions sur les sites mythiques ? Une découverte exceptionnelle dont l'un ou l'autre voudrait s'octroyer la paternité ?

Le commissaire Dupin louvoie entre les légendes et la réalité pour résoudre une énigme digne d'Agatha Christie.

Mon avis sur ce livre : 

En recevant ce livre je dois avouer que j'avais un peu peur de ne pas réussir à me détacher de la série qui a été réalisée d'après les romans. Malheureusement ce fut un peu le cas car, d'une part j'avais en tête les acteurs et ensuite je m'attendais à avoir un roman me permettant d'aller beaucoup plus en profondeur dans la psychologie des personnages et clairement là, ça n'a pas été le cas… C'est dommage car je trouve qu'il y avait moyen de faire quelque chose de plus fouillé, de plus abouti. 

J'avoue que connaissant bien Brocéliande, je suis restée sur ma faim, j'ai trouvé que l'auteur n'a pas vraiment retranscris la magie qui se dégage de cette forêt – ceux qui connaissent Brocéliande sauront de quoi je veux parler. Cela aurait pu être compréhensible dans n'importe quel roman policier lambda mais ici Brocéliande est un personnage à part entière de l'intrigue et je crois qu'elle aurait mérité que l'on s'y attarde un peu plus. Même chose pour la légende Arthurienne, relativement complexe en réalité, qui peut vite perdre le lecteur qui ne la connaît pas et qui représente la clé de voute de l'intrigue. 

Soyons clairs, j'ai bien aimé ma lecture, c'est un parfait roman pour l'été, qui répond complètement aux critères du genre mais j'en aurai aimé un peu plus, sur le contexte, la région, la légende Arthurienne… Par contre, j'ai passé un bon moment, la lecture est rythmée, beaucoup de dialogues, de rebondissements, une part de magie et de mystère et des personnages tout à fait dans leur rôle respectif. Je suis totalement consciente que mon avis est influencé par la série, j'ai trouvé que le roman s'en rapprochait un peu trop à mon goût. J'aurai aimé plus de développements, tant au niveau de la psychologie des personnages que de l'atmosphère des lieux… C'est cela qui m'a manqué ! C'était un peu trop clinique, détaché… j'aurai aimé plus de différences entre le roman et la série. Cela reste malgré tout une bonne lecture, très agréable, j'ai passé un bon moment mais je suis de parti-pris par le fait de connaître les lieux de l'intrigue et aussi sans doute pour avoir découvert la série avant les romans. Du coup j'en attendais peut-être un peu trop !

Je remercie Babelio et les éditions Presses de la Cité pour ce partenariat de lecture. J'étais heureuse de retrouver Dupin, Nolwenn, Labat, Le Ber, pour une nouvelle aventure.

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vendredi 20 mars 2020

Petite Chose

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Lisa Brennan-Jobs – Petite Chose – Mémoires – Editions Les Arènes – 558 p. – Traduction Laurence Richard

4ème de couverture :

Elle est née dans une ferme, a été baptisée dans un champ, puis élevée parmi les hippies de Palo Alto. Lisa Brennan-Jobs a vécu une enfance hors norme, entre son père, Steve Jobs, créateur génial et froid de la firme Apple, et sa mère, Chrisann Brennan, artiste au tempérament bohème.

Petite Chose est le récit de ce va-et-vient entre deux mondes : pauvreté et ultra-richesse, précarité et pouvoir. C'est l'histoire d'une famille unique, mais qui ressemble à celle de tous les enfants vivant entre deux mondes.

Chronique d'un amour malhabile entre un père et sa fille, Petite Chose est aussi un témoignage unique sur Steve Jobs, mort d'un cancer à l'âge de 56 ans, alors qu'il était à la tête de l'une des plus incroyables entreprises de notre époque et sur le chemin de renouer avec sa fille.

Mon avis sur ce livre :

Je suis toujours un peu partagée avec les autobiographies dans la mesure où on a le point de vue partial de l'auteur, un récit qui nous est fait de la vérité de l'auteur, pas forcément de LA vérité. Difficile pour un enfant d'avoir un regard neutre et impartial sur la vie de ses parents, et sur sa propre vie. C'est d'autant plus difficile que dans le cas des mémoires de Lisa Brennan-Jobs on a notre propre vision et perception de la personnalité de son père. J'ai apprécié ce livre car à aucun moment je n'ai une biographie de Steve Jobs, ce que je craignais un peu. J'avais peur que l'ensemble du récit soit écrasé par la personnalité de ce dernier au détriment de l'histoire de Lisa et ça n'est pas le cas. Evidemment, ce père énigmatique, distant, qui pouvait être d'une cruauté incroyable est omniprésent dans le livre mais cela n'occulte en rien la propre histoire de Lisa. Bien sûr, on est tous curieux de rentrer un peu dans l'intimité de Steve Jobs et de regarder sa vie par le petit bout de la lorgnette mais au fur et à mesure de notre lecture, on oublie Steve Jobs pour y voir avant tout un père maladroit, peu enclin à jouer son rôle de père, peu concerné par l'éducation de sa fille et par sa vie ou ses intérêts.

En réalité, on a ici le récit d'une fillette se désespérant d'obtenir un peu d'attention de ce père lointain qui la rencontre de temps en temps, au gré de ses caprices. Une fillette qui doit composer avec une vie simple, bohème, sans structure réelle, aux côtés d'une mère artiste vivant au seuil de la pauvreté qui compte chaque dollar. Cela peut nous sembler irréel quand on connaît la fortune de Steve Jobs mais à la lecture de ce livre on se rend vite compte que la personnalité complexe de ce dernier, son rapport à l'argent ou à l'image publique, son manque d'affect, ont continuellement alimenté l'instabilité de l'enfance de Lisa. Cela ne veut pas dire un manque d'amour mais comme beaucoup d'enfants élevés dans une famille dysfonctionnelle, on a vite le sentiment d'une fillette qui grandit trop tôt et trop vite, en perpétuelle demande et besoin de reconnaissance de la part de ce père étouffant qui brille par son absence et pèse par son besoin de contrôle. Un contrôle par l'argent, en faisant l'aumône d'un vieux canapé ou d'une voiture, un contrôle par sa présence auprès de Lisa quand il lui prend l'envie de prendre ses responsabilités en l'invitant à passer du temps dans l'une de ses maisons, vides et sans vie.

Contre toute attente, l'auteur arrive à nous faire oublier qui était ce père tant espéré pour que l'on finisse par y voir une personne comme beaucoup d'autres, maladroite avec ses enfants, avec ses proches, son entourage, un contrôle freak de première qui n'était sans doute pas très heureux dans sa vie. Face à ce père froid et distant, on a cette mère qui essaie de s'en sortir, qui doit composer avec le manque d'argent, le manque de stabilité sociale et sentimentale, qui souffre de solitude et qui a le courage d'aller de l'avant pour sa fille. Cette mère je l'ai trouvée admirable. Bien sûr, elle a des défauts, des blessures, des moments de dépression, d'angoisse et l'envie de baisser les bras face aux difficultés de sa vie mais elle essaie d'apporter un peu de structure et de stabilité à Lisa malgré tout.

J'ai beaucoup aimé ces mémoires, c'est bien écrit, vivant. Cela nous permet de réaliser que derrière les apparences, il y a une toute autre réalité et qu'ici aussi se cachent des fantômes, des non-dits, des occasions ratées et à jamais disparues. Je trouve que Lisa a eu beaucoup de mérite et de courage pour se construire d'une si belle façon malgré cette enfance peu commune. J'admire sa force et sa détermination à vouloir avancer coûte que coûte. 

Je remercie Babelio et les éditions Les Arènes pour cette belle rencontre.

lundi 24 février 2020

Au bonheur des filles

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Elizabeth Gilbert – Au bonheur des filles – Editions Calmann Lévy – 425 p. – Traduction Christine Barbaste

4ème de couverture :

Du haut de ses 19 ans, Vivian sait déjà qu'elle ne veut pas du destin tout tracé par ses parents. Mais de sa bulle protégée, elle est loin de s'imaginer le tourbillon incroyable qu'est New York au début des années 1940. Alors, quand après un énième échec scolaire elle est envoyée chez sa tante Peg qui possède un théâtre en plein Time Square, Vivian n'en croit pas ses yeux. Entre la ville qui vibre sans cesse et la troupe d'artistes et de danseuses qui cohabitent joyeusement dans le théâtre, Vivian découvre l'exubérance, la fête et la liberté. Surtout auprès de sa nouvelle amie Celia, une sublime showgirl très émancipée pour l'époque… Mais un faux pas lors d'une virée nocturne fera hélas chavirer le nouveau monde de Vivian et la renverra à la case départ.

Mon avis sur ce livre :

Une belle surprise à laquelle je ne m'attendais pas avec ce roman. Je dois dire que je ne connaissais l'auteur que de nom et que je ne savais pas trop à quoi m'attendre avec ce livre. Franchement j'avais peur de tomber sur le roman "feel good" sans grande consistance avec lequel on passe un bon moment mais sans plus. Du coup j'ai été vraiment surprise de m'attacher autant aux personnages principaux, comme aux personnages secondaires du récit. Car ce sont eux la grande force du roman ! Comment ne pas s'attacher à Vivian, à Peg, à Celia, à Billy, à Olive ? L'auteur a su créer l'alchimie entre eux tous et entraîner le lecteur dans cette ambiance insouciante des années d'avant-guerre.

Elizabeth Gilbert a construit son récit sous la forme d'une lettre adressée à la fille de l'un de ses amis, lettre par laquelle elle revient sur sa vie, ses rencontres, ses attentes, ses peurs. Ce texte nous plonge directement dans le New York des années 40, dans l'effervescence de ce monde théâtral qui n'a que pour seule ambition de faire oublier leurs soucis et de distraire à moindre coût les habitants de leur quartier. On se met à la place de Vivian, fraîchement débarquée de sa petite ville qui se trouve du jour au lendemain plongée dans ce monde d'illusions, de faux-semblants, de fêtes, d'insouciance. On comprend son envie de trouver sa place, d'être partie prenante de ce monde de paillettes, de chansons, de liberté… et on comprend aussi les dangers de ce monde pour une jeune fille qui ne connaît pas grand-chose de la vie et qui se retrouve livrée à elle-même dans cette ville tentatrice.

J'ai beaucoup aimé les personnages secondaires de ce roman… La bienveillance de Peg, la bonté et la droiture d'Olive, l'insouciance de Celia, la jovialité de Billy, la lucidité d'Edna… tous ont su à leur manière créer cette alchimie qui contribue à l'atmosphère si particulière de l'histoire. Chaque personnage est à place, joue son rôle, nous étonne, nous émeut, nous agace aussi parfois et se révèle au lecteur au fil des pages. On est cueilli par tous ces petits drames, ces moments de vie, ces amitiés improbables qui se nouent au fil du temps. Mais la fête et l'insouciance n'ont qu'un temps et l'histoire vient rappeler à tout ce petit monde que chaque chose à un prix, que nos actions ont des conséquences et qu'il faut assumer ses actes quitte à tout perdre et à devoir tout recommencer… La guerre en Europe marquera un tournant : la société évolue, la guerre a laissé des traces et tous devront faire le deuil d'amis, de proches, et s'adapter à ces bouleversements qui s'annoncent. 

J'ai beaucoup aimé ce récit, la façon dont Vivian raconte son histoire, avec franchise, librement, avec une certaine lucidité aussi sur ses failles et ses doutes. Elle n'occulte rien, ni ses relations avec sa famille, ni ses erreurs de jugement, ni sa conduite et sa façon d'évoluer en tant que femme libre et libérée dans la société de l'époque ; même si on s'aperçoit que cette liberté a été chèrement payée. J'ai vraiment aimé ce livre, que ce soit l'ambiance du théâtre, les personnages, l'atmosphère du récit et je le conseille à tous ceux qui veulent passer un bon moment de lecture en compagnie de personnages particulièrement émouvants.

Je remercie Babelio et les Editions Calmann Lévy pour cette découverte.

samedi 11 janvier 2020

Islande - Petit Atlas Hédoniste

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Bertrand Jouanne et Gunnar Freyr – Islande Petit Atlas Hédoniste – Editions du Chêne – 256 p.

4ème de couverture : 

Découvrir le charme d'un écolodge de luxe en pleine nature. Rencontrer les surfeurs de l'Arctique. Déguster la nouvelle gastronomie nordique. Aller sur les pas des héros des sagas islandaises. Rencontrer le renard polaire et la baleine bleue. Se baigner dans les sources naturelles d'eau chaude. Admirer la flore islandaise. Comprendre le combat que se livrent les plaques tectoniques en plein cœur de l'Islande. Vivre Reykjavik, le cœur battant de l'île.

Mon avis sur ce livre :

L'Islande est l'un des pays que j'ai vraiment envie de visiter. Amoureuse de la nature sauvage, la beauté des paysages islandais me fait rêver. J'ai un faible pour les grandes étendues à perte de vue, les paysages soufflés par les vents, battus par les tempêtes, où la présence de l'homme est juste tolérée par les Dieux et les Bêtes. Les steppes mongoles, les landes écossaises, les falaises irlandaises me parlent, m'apaisent et résonnent en moi… Alors la magie des photos de Gunnar Freyr, les textes de Bertrand Jouanne ne pouvaient que me plaire et me donner envie de partir à la rencontre de ce pays.

Ce livre est déjà un voyage à lui tout seul : couverture cartonnée, papier mat, qui met en valeur l'âpreté des paysages photographiés, l'iconographie recherchée et les choix typographiques font de ce livre un bel ouvrage. J'ai vraiment aimé ce papier mat qui donne une force supplémentaire aux photos et met en avant cette nature sauvage, ces paysages incroyables et cette intensité qui se dégage de l'ensemble.

Le livre se découpe en différents chapitres qui alternent informations, paysages, style de vie. L'alternance des photos pleine page avec des mosaïques entrecoupées de textes informatifs sur le pays, sa faune, sa flore, son histoire apporte du rythme à l'ensemble. Mais ce livre est avant tout un "petit atlas hédoniste" de l'Islande, un guide de voyage qui nous propose des circuits à faire en quelques jours, qui nous invite à partir à la rencontre de ses habitants et de leur quotidien, de leur métier…. Ce n'est pas qu'un beau recueil de photos de voyage, c'est bien plus que cela car, malgré cette nature omniprésente, les auteurs n'oublient pas de ramener l'humain au cœur de ce livre et j'ai beaucoup aimé ce parti-pris.

Difficile de parler en quelques lignes d'un ouvrage qui représente un voyage à lui tout seul. Je conseille à tous ceux qui rêvent de découvrir l'Islande de prendre un petit avant-goût du pays avec ce livre.

Merci à Babelio et aux Editions du Chêne pour cette échappée en terre islandaise qui m'a donné une seule envie, sauter dans le premier avion pour Reykjavik.

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mardi 17 décembre 2019

L'écrivain

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L'écrivain – Davide Cali et Monica Barengo – PassePartout Editions – 32 pages

Résumé presse :

Ce n'est pas de tout repos d'être le chien d'un écrivain. C'est même un vrai boulot que de veiller à ce que son maître, pris par le feu de l'écriture, n'oublie pas toutes les petites choses importantes du quotidien. Pour essayer de remédier à cette vie un peu trop bohème à son goût, ce fidèle compagnon a bien une petite idée derrière la tête… mais il est loin d'imaginer à quel point elle va tout changer.

Mon avis sur ce livre :

J'ai adoré cet album illustré jeunesse, j'ai aimé le graphisme, l'histoire, le traitement du sujet… Je vais sans doute avoir un peu de mal à faire aussi long que mes autres chroniques car il n'y a que 32 pages et je ne veux pas non plus tout dévoiler mais j'ai tout de suite accroché à cet univers calme, tranquille, d'un quotidien bien rôdé entre deux solitaires qui se sont trouvés. Les dessins dans les tons de bruns, de beige, accentue ce côté rassurant d'une vie quotidienne un peu monotone où les habitudes et les petits rituels de vie viennent rythmer la journée. Comment ne pas craquer pour la bouille incroyable de ce chien qui vous sourit. C'est doux, c'est tendre, voire un peu mélancolique, c'est apaisant… Il faut peu de temps pour le lire et pourtant on a l'impression que le temps s'écoule tout doucement, comme si le livre avait sa propre vie, son propre rythme, sa petite bulle de tendresse et ses moments de grâce.

Les personnages sont attachants, pleins d'une tendresse tranquille et évidente qui invite à la douceur. Ce livre fut comme un moment suspendu, une parenthèse enchantée au milieu du chaos du monde, comme si le temps s'arrêtait un moment pour nous laisser profiter de cet instant de paix. Je ne veux pas dévoiler l'histoire donc j'éviterai de trop parler de la fin du livre mais j'ai adoré. Que d'émotions et de bouleversements à découvrir ! Une fin superbe comme une évidence.

Je remercie Babelio et PassePartout Editions pour cet album et cette belle rencontre !

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lundi 28 octobre 2019

Les Réfugiés

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Viet Thanh Nguyen – Les Réfugiés – Editions Belfond – 205 p. – Traduction de l'américain par Clément Baude

4ème de couverture :

Dans un pays où tout était affaire de possessions, nous ne possédions rien d'autre que nos histoires.

Vietnamiens, ils ont fui le communisme à la fin des années 1970 pour s'exiler de l'autre côté du Pacifique, en Californie. Ils vivent entre deux rives, entre pays d'adoption et pays de naissance, pas encore Américains, plus tout à fait Vietnamiens. Certains sont figés dans le passé, hantés par les fantômes, effarés par l'hédonisme occidental ; d'autres veulent aller de l'avant, pour eux, pour les enfants, pour la possibilité d'une autre vie. Pour n'être plus simplement des réfugiés.

Mon avis sur ce livre :

Très beau recueil de nouvelles sur le déracinement, la fuite, l'exil, la résilience, la confrontation entre deux cultures. Une belle réflexion sur ces personnes qui vivent entre deux mondes et qui doivent s'adapter à la réalité d'une société en perte de repères, de valeurs et de sens pour beaucoup d'entre elles, comme pour beaucoup d'entre nous. A travers ces nouvelles, l'auteur nous invite à découvrir des parcours, des vies, des personnalités différentes mais qui toutes se retrouvent sur la difficulté de faire face à cette double culture, à ce grand écart entre deux mondes. Un monde où ils peinent à trouver leur place et leur identité et un monde qui devient un souvenir idéalisé d'une vie d'avant avec ses codes, ses valeurs, ses propres références culturelles et familiales. 

Une belle écriture, une ambiance empreinte de nostalgie et de mélancolie et des caractères travaillés et attachants qui nous donnent envie de nous plonger dans ce monde en suspension, ces vies entre parenthèses et dans ces histoires où les fantômes retrouvent les vivants pour les aider à avancer sur le chemin de la rédemption et de la résilience. Un recueil sur la perception des souvenirs, ce qu'il en reste une fois que le deuil, la perte, le chagrin a tracé sa route dans les mémoires et dans les cœurs… A travers ces vies brisées, ces histoires de famille, ces personnages à demi effacés qui hantent les pages de ce livre, on découvre le droit à l'oubli, le droit à la renaissance, le droit à la vie tout simplement. A travers toutes les histoires de ces hommes et de ces femmes, l'auteur parle d'une guerre, d'un pays, d'un drame humain, sans jamais vraiment le nommer. A aucun moment on tombe dans le pathos, dans le sordide, dans la surenchère de détails… et pourtant tout est écrit, en filigrane, comme ces morceaux de vies esquissés, cette vie d'avant, ailleurs, sur une terre qui n'est plus qu'un vague souvenir.

Chaque nouvelle retrace la vie d'une famille, d'un personnage… Si certains essaient de s'en sortir en acceptant les codes et les usages d'une société qui n'est pas la leur et en essayant de faire table rase du passé, d'autres essaient tant bien que mal de conserver au fond d'eux cette petite part de leur histoire, voire d'aller à la rencontre de ce pays si souvent rêvé, de ces parents restés là-bas, de cette culture qui n'est plus vraiment la leur. Certains ont décidé d'oublier et d'autres au contraire vivent encore et encore leur histoire, à travers leurs souvenirs et leurs fantomes. Mais sauront-ils un jour trouver la paix ?

Merci à Babelio et aux éditions Belfond pour cette belle découverte. Un grand merci au traducteur qui a su recréer cette atmosphère douce-amère et partager avec les lecteurs ces esquisses de vie.  

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samedi 27 juillet 2019

Negroes with Guns - Des noirs avec des flingues

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Robert F. Williams – Negroes with guns – Des noirs avec des flingues – Les Bons Caractères – Edition Témoignages – 110 p. – Traduction Jean-Louis Deiss

4ème de couverture :

Ce livre témoigne de la lutte d'une communauté noire du sud des Etats-Unis qui, à partir de 1961, s'arma pour se défendre contre le Ku Klux Klan et d'autres groupes racistes. Mettant fin à la résignation, à la passivité devant la violence contre les Noirs, faisant front aux autorités locales qui la toléraient quand elles ne l'encourageaient pas, la petite communauté de Monroe, en Caroline du Nord, a placé la question de la défense armée au premier plan du mouvement des droits civiques. Sous la direction de Robert F. Williams, cette communauté est devenue un symbole et un drapeau pour tous les Noirs qui se battaient, pour tous ceux qui voulaient imposer que leur droit à la légitime défense leur soit reconnu, comme il l'est pour les Blancs.

Ce témoignage, publié pour la première fois en 1962, eut une grande influence parmi les militants noirs de cette période, en particulier parmi les fondateurs du Black Panther Party, créé en 1966.

Mon avis sur ce livre : 

J'ai beaucoup aimé ce court récit qui met en avant le courage, la volonté, la combativité de cette communauté afro américaine de Monroe face à la toute-puissante idéologie du Klan si présente dans les états du Sud et au cœur de l'Amérique profonde. Il leur en a fallu du courage pour se dresser contre la communauté blanche, la police assujettie au Klan, les autorités fédérales et dire haut et fort "on a des droits, on est des citoyens américains et la loi est censée être la même pour tous". Il faut se replacer dans le contexte de l'époque pour comprendre la portée de cette rébellion de Monroe et réaliser à quel point ces hommes et ces femmes ont été le courage incarné et ont eu une influence majeure sur la lutte pour les droits civiques qui suivit. Il ne faisait pas bon se dresser contre le Klan, encore moins mettre ses droits en avant quand on était noir, au risque de finir au bout d'une corde ou battu à mort pour tout et n'importe quoi. Ce que nous montre avant tout ce livre ce sont les humiliations, le déni de justice, la constance de l'insécurité, un système mis en place pour contrer au quotidien toute velléité d'évoluer et de vouloir le meilleur pour soi et ses enfants. Ces vexations quotidiennes permettaient d'ancrer un système dans la conscience collective des communautés.

Le récit s'appuie sur des exemples concrets, des cas précis, des lieux, des dates, des noms qui permettent de prendre encore plus conscience de la réalité des faits, du quotidien de ces hommes et de ces femmes, du combat incroyable qu'ils ont dû mener pour faire respecter un tant soit peu de justice au sein de leur ville. Certains, comme l'auteur, ont dû s'exiler, d'autres ont perdu leur liberté, voire la vie pour faire valoir leurs droits de citoyen et ils ne se sont pas battus pour rien car ils ont été les précurseurs, les leviers d'une prise de conscience pour la justice et la libération face à l'oppression. Le fait de décrire un quotidien avec des faits concrets plonge le lecteur dans une réalité, dans une vérité, contrairement à un roman de fiction. Le langage est direct, précis, factuel et va à l'essentiel. Cela peut sembler répétitif par moment mais cette répétition est utile, elle nous fait prendre conscience que l'on est dans un système qui trouve sa source dans le quotidien et conforte le raciste dans ses convictions. Quand depuis l'enfance, tout est mis en place, dans les faits, dans les actes policiers ou judiciaires pour vous faire comprendre que vous pouvez agir en toute impunité contre une partie de la population, où sont vos limites ?

Je remercie Babelio et Les Bons Caractères pour ce récit poignant qui est malheureusement de plus en plus d'actualité dans l'Amérique actuelle.

mardi 4 juin 2019

Basquiat, l'enfant rayonnant

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Paolo Parisi – Basquiat, l'enfant rayonnant – Editions Chêne – 123 P – Traduction Patrice Salsa

4ème de couverture :

Entre la fin des années soixante-dix et le début des années quatre-vingt, New York est un creuset où explosent la créativité, le graffiti, la contre-culture, au son de la musique post-punk et dans la frénésie des night-clubs. Le marché de l'art contemporain est à son apogée, les passions sont grandes et les artistes habités par une soif de reconnaissance et de rédemption.

Petit prince de ce nouvel art, Jean-Michel Basquiat s'illustre alors dans le graffiti mural sous le pseudonyme "SAMO" (Same Old Shit). Comme un météore, il accède au succès et sa rencontre avec Andy Warhol le propulse dans la célébrité. Mais cette existence fulgurante, vécue à l'extrême, sera brève et le jeune peintre meurt à 27 ans, victime de ses excès.

Mon avis sur ce livre :

Quand j'ai vu ce livre, j'avoue que j'étais curieuse car j'aime beaucoup l'œuvre de Jean-Michel Basquiat mais j'ai pensé que ce roman graphique n'allait pas beaucoup me plaire. En réalité je suis beaucoup plus sensible au dessin, aux couleurs, qu'au scénario, voire même aux personnages, alors quand j'ai vu ce rouge, ce vert, ce jaune et ce bleu en grands aplats qui piquaient les yeux j'ai pensé que ça allait être très compliqué… Et ce fut tout l'inverse, on a frôlé le coup de cœur ! Même si encore maintenant, je ne comprends toujours pas pourquoi. Le graphisme vient à l'encontre de tout ce que j'aime. Moi qui suis plutôt fan d'une palette de couleurs à la Enki Bilal, des détails, des subtilités de teintes… j'ai adoré ce roman graphique. Car finalement grâce à cette gamme de couleurs réduite, on se concentre sur le personnage, sur son histoire, son rapport à l'art. On va à l'essentiel, sans être parasité, par tout un tas d'autres choses. 

J'ai mis du temps à écrire cette chronique car j'étais déroutée par rapport à mon ressenti. J'ai adoré ce livre et en même temps je me sentais complètement frustrée par ma lecture. Peut-être parce qu'étant touchée par l'œuvre de Basquiat, il me manquait cette dimension artistique dans le roman qui se concentre avant tout sur l'humain. Et d'un autre côté, je comprends le parti-pris de l'auteur. Comment parler de l'œuvre de Basquiat, sans reproduire ses toiles ? L'auteur devait choisir un autre angle, cette urgence à vivre, à aimer, à expérimenter, à peindre et finalement à se détruire. En lisant ce livre, on se rend compte que l'on était alors dans un contexte artistique en pleine mutation, dans une société qui évoluait à toute vitesse et dans un monde de l'art qui vivait un tournant mercantile, provocateur et opportuniste.

Basquiat a toujours été pour moi le peintre de la fulgurance. J'ai toujours eu cette impression de rapidité, voire d'accélération du temps, en regardant ses toiles, comme s'il savait qu'il n'avait pas beaucoup de temps devant lui pour s'exprimer, pour laisser une trace. Une sorte d'urgence inconsciente de la précarité de la vie, du succès, de la reconnaissance. J'y vois une lucidité, une sorte de clarté inconsciente des réalités du monde et de ses travers. C'est quelqu'un qui m'a toujours touché à travers son univers, son trait incisif, son dessin direct et sans concession, mais aussi à travers cette jeunesse et ce talent partis trop tôt. Et c'est cette urgence que l'auteur a réussi à traduire à travers ce livre et c'est ce qui lui donne les qualités de ses défauts. Je me suis sentie frustrée à la fin de ma lecture, j'aurai aimé aller plus en profondeur, que l'auteur développe un peu plus sa collaboration avec Warhol, la façon dont Basquiat voyait sa peinture, son rapport au monde… Mais il y a tant à dire sur Basquiat, tant d'angles de lecture, tant de développements possible que je comprends le choix de l'auteur. Basquiat a vécu, peint, aimé dans l'idée que rien n'est acquis, tout est en mouvement avant de se retirer du monde pendant un temps à la suite de la mort d'Andy Warhol et de mourir d'une overdose quelques mois plus tard.

J'ai beaucoup aimé ce roman graphique, je trouve que l'auteur a très bien su retranscrire cette fulgurance que je trouvais dans l'œuvre de Jean-Michel Basquiat, à travers son graphisme et son angle de narration. Je remercie Babelio et les Editions du Chêne pour ce roman graphique qui m'a donné envie de redécouvrir l'œuvre de Basquiat.

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mercredi 24 avril 2019

Le Concile de Merlin - Le Secret

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Lionel Cruzille alias Eloan Kroaz – Le Concile de Merlin – Tome 1 : Le Secret – L'Alchimiste Editions – 359 p.

4ème de couverture :

An 535. Les Bretons quittent massivement l'Ile de Bretagne en proie aux envahisseurs Angles et Saxes. De long mois se sont écoulés depuis la défaite et la mort d'Arthur à Camlann. Merlin s'est exilé comme beaucoup de ses compatriotes en Armorique. Gwendaëlle, sa fille, le retrouve dans sa demeure secrète au cœur de Brech El Lean. Ils discutent alors de longues heures des inquiétudes du vieux sage dont une particulièrement le préoccupe : la postérité de l'enseignement traditionnel face au pouvoir accru de l'Eglise. Au petit matin, le vieil homme lui demande de le suivre jusqu'à une clairière où se tiendra, le soir même, une réunion constituée de druides et de moines. Merlin y évoquera ouvertement ses craintes face à l'attitude du clergé. Il y dévoilera un trésor inestimable, depuis longtemps en sa possession et tenu secret : des manuscrits araméens sur la vie du Christ. Merlin souhaite leur partage, en guise de bonne foi, et pense ainsi créer un pont entre Chrétiens et Druides afin de trouver une issue aux crises actuelles. Mais ni l'Eglise romaine, ni certains mages ne sont prêts à bousculer l'ordre établi. Les manuscrits représentent dès lors un danger qu'il leur faut circonscrire…

Mon avis sur ce livre :

J'ai lu ce roman pratiquement d'une traite mais j'avoue que Merlin, Brocéliande, Mages, Loup, Abbaye… sont des mots qui suffisent à mon bonheur ! J'admets que j'ai été élevée par les Dames du Lac et la légende arthurienne fait partie de mon bagage culturel. Je suis bretonne pur beurre donc en terrain connu avec ce genre d'histoire et de personnages. Oui, je l'avoue, je crois au Petit Peuple et Les Légendes de la Mort d'Anatole Le Braz ont bercé ma jeunesse. Autant vous dire que j'attendais beaucoup de cette histoire car j'avais peur de ne pas accrocher vraiment à une énième histoire sur Merlin l'enchanteur. Heureusement, j'ai été embarquée dès les premières pages. 

Bien sûr, rien d'original dans la trame de fond du roman. Comme dans beaucoup de livres du genre on se retrouve dans un duel entre le bien et le mal, entre l'Eglise et le Druidisme, entre les méchants et les gentils, entre les envahisseurs contre les autochtones, les hommes contre les femmes, les donneurs de leçons contre les libres penseurs, les intégristes contre les modérés de chaque camp mais c'est jouissif et entraînant. On part sur les routes d'Armorique avec Gwendaëlle, Gildas, Benoît, Iloan, Bleiz, Merlin… On rencontre les Druides, les Elfes, ça transpire la magie et les sortilèges, le pouvoir de la terre, de la Nature, des animaux totems… J'ai aimé le contexte historique et culturel du récit, même si je suis consciente que c'est un univers qui ne parlera peut-être pas à tout le monde. Le roi Arthur, la forêt de Brocéliande, Mélusine, la fée Morgane, Merlin… font partie de mon enfance et de mes racines, donc forcément l'histoire a tout de suite trouvé une certaine résonnance en moi.

J'ai adoré les personnages, ils sont attachants et courageux et on a vraiment beaucoup de plaisir à les suivre dans leurs aventures. Gwendaëlle est l'héroïne type, un peu caricaturale je l'avoue mais j'étais trop heureuse de trouver une jeune femme de sa trempe qui ne soit pas là pour servir de faire-valoir aux personnages masculins. Son côté guerrier m'a beaucoup plu et sa magie très ancrée s'intègre facilement et très naturellement au récit. Pas besoin de connaître l'histoire de la Bretagne ou des personnages religieux pour apprécier le roman, même si évidemment c'est un plus de savoir qui sont Merlin, Gildas ou Benoît. Il suffit de se laisser embarquer avec eux sur les routes, à travers les siècles, en quête de trésors cachés, de se battre contre les mages noirs, de rencontrer les papes et les rois.

L'écriture est fluide et très agréable. Les chapitres sont courts et donnent du rythme à l'histoire. Ca se lit facilement, c'est distrayant. C'est une bonne approche de l'univers de la Fantasy pour ceux qui ne connaissent pas encore le genre avec un ancrage dans l'univers Arthurien. C'était une jolie découverte et j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman. J'attends la suite avec impatience.

Je remercie Babelio et les éditions L'Alchimiste pour cette découverte. Vivement le tome 2 car il me tarde de repartir sur les routes avec Gildas et Gwendaëlle.

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samedi 23 mars 2019

L'Entrée des mots

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Jacques Weber – L'Entrée des mots – Editions de l'Observatoire – 142 p.

4ème de couverture :

"La littérature a commencé pour moi dans les pages d'une bondieuserie bon marché. Plus tard, la lumière a jailli à la manière des ciels bretons, alternant les fausses teintes, les petits bouts de bleu et les rayons crevant les nuages en longues trompes tibétaines. C'est de là que me vient ce goût d'un sentiment mystique qui rôde autour de la lecture.

C'est toujours dans les histoire d'enfants, naïves ou, comme on dit, "bêtes comme chou", que se dit quelque chose qui ne vous quitte plus. C'est par la porte des enfants que j'entrai en littérature."

Les livres l'ont conduit au théâtre et au cinéma, à moins que ce soit l'inverse… Jacques Weber nous plonge dans les œuvres qui ont marqué sa vie et sa carrière. Une promenade littéraire et passionnée.

Mon avis :

Je ne savais pas forcément à quoi m'attendre avec ce livre, était-ce une autobiographie littéraire, était-ce un essai sur la littérature, une réflexion sur le métier de comédien et le rapport aux textes "classiques" ? Je n'avais pas lu le résumé, le nom de l'auteur me suffisait car Jacques Weber est un comédien que j'aime beaucoup… Mais je suis partie sans préjugés à la découverte de ce texte et j'ai beaucoup aimé la façon dont l'auteur nous parle de littérature, de théâtre, et à travers ses remarques et ses pensées, de la vie en général.

J'assiste très rarement aux rencontres, aux séances de dédicaces... Je préfère me concentrer sur le travail proposé par les écrivains, les acteurs, les chanteurs… La célébrité me touche peu, voire pas du tout, je préfère découvrir ce que la personne nous propose à travers son travail, son talent, sa vision du monde comme artiste.

Je dois préciser que Jacques Weber fait partie des acteurs que j'arrive à oublier en tant que personne au profit du rôle qu'il joue, contrairement à d'autres, "monstres sacrés" ou comédiens qui se perdent un peu dans leurs personnages. Quand je regarde un film ou une pièce de théâtre, je vois le personnage qu'il interprète, j'arrive à me projeter dans l'histoire, je ne vois plus Jacques Weber mais Bel-Ami ou Don Juan… Du coup son livre m'a beaucoup intéressé, sa façon d'aborder ces grands rôles, de se confronter à tous ces personnages mythiques de la littérature, le doute, la peur de ne pas être à la hauteur…

Si je connais l'acteur et le metteur en scène, je ne connais pas du tout l'auteur que j'ai découvert avec ce livre et j'ai été agréablement surprise. Dès les premières lignes, ce que j'ai ressenti, c'est la VIE ! Le texte est riche, imagé, vivant, truculent. On sent tout de suite combien il aime la langue française, les mots, le rythme. A travers ces quelques pages, l'auteur réussit à nous communiquer sa passion pour la beauté et l'intensité de la littérature, que ce soit à travers un personnage, un texte ou un auteur. C'est plein de tendresse, d'énergie, d'envolées, de parenthèses, de moments volés, c'est à l'image du personnage que l'on connaît. C'est écrit avec justesse et un peu de nostalgie parfois mais toujours avec une pointe de gourmandise et de malice. Mais surtout ça donne envie de lire et de redécouvrir tous ces grands textes, de retrouver Cyrano, Edmond Dantès, Bel-Ami…

Merci Monsieur Weber, grâce à vous, j'ai enfin commencé Au-dessous du volcan, un monstre de roman dans lequel je n'osais pas me plonger. Je vais maintenant partir à la rencontre du Consul et d'Yvonne.

Je remercie Babelio et les Editions de l'Observatoire pour cette belle rencontre.

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mardi 12 mars 2019

Le zéro et le un

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Ryan Ruby – Le zéro et le un – Presses de la Cité – 297 p. – Traduction Lucie Modde

4ème de couverture :

Owen, jeune boursier timide et solitaire, détonne à Oxford, parmi les étudiants bien nés qui en peuplent les couloirs séculaires. Lors d'un tutorat de philosophie, il fait la connaissance d'un autre outsider : Zach, riche, charismatique, américain. Zach prend Owen sous son aile et l'entraîne dans des expériences dont le jeune anglais n'avait eu connaissance que par les livres – la première d'entre toutes, l'amour. Avec Claire et Victoria, ils forment un quatuor inséparable. Des cours carrées d'Oxford au monde interlope de Berlin, guidés par les préceptes d'un philosophe allemand tombé dans l'oubli pour lequel Zach a développé une dévorante fascination, les deux amis se mettent au défi de braver les frontières de la morale et des conventions. Jusqu'au jour où Zach propose la plus grave de toutes les transgressions…

Mon avis :

Très intriguée par le résumé de la dernière de couverture, je me suis plongée dans ce roman, sans vraiment chercher à en savoir plus à travers des avis de lecteurs. J'avais vraiment envie de découvrir l'auteur sans préjugés et je n'ai pas été déçue. J'ai aimé l'atmosphère de ce livre de la première à la dernière page même si je suis consciente qu'il ne plaira pas à tout le monde. Les thèmes abordés sont difficiles et sans concession et les personnages pas forcément très sympathiques. Pour caricaturer à l'extrême je dirai que Zach est d'une suffisance et d'une arrogance qui peuvent rapidement agacer le lecteur et Owen est un "mouton", à qui on a envie de filer des claques pour le réveiller. Malgré cela j'ai beaucoup aimé les personnages et la façon dont l'auteur a développé et fait évoluer leur personnalité tout au long du roman. Au fur et à mesure que l'on progresse dans l'histoire, on se rend vite compte que tant Zach qu'Owen sont en prise avec leurs failles et leur propre douleur. Une enfance compliquée pour Zach, solitaire et sans beaucoup de relief pour Owen. Ces personnages que je n'aimais pas beaucoup au début du livre ont fini par m'intriguer, puis par m'intéresser avant de me toucher.

Le livre se développe à travers l'alternance des chapitres consacrés à la relation de Zach et d'Owen à Oxford et ceux d'Owen à New York, passé et présent s'entrecroisent, amis et familles aussi. On voyage à travers ce roman avec inconfort et tristesse et, jusqu'au bout de la route, on espère et on attend la rédemption et la résilience. Bizarrement j'ai préféré le personnage de Zach à celui d'Owen. Zach est pourtant plus sombre, plus manipulateur, voire impardonnable mais Owen est beaucoup trop dans l'admiration béate et la complaisance. Il donne l'impression tout au long du livre de vivre un simulacre de vie par procuration. A travers Zach, puis à travers la famille de ce dernier dans les chapitres New Yorkais. On attend qu'une chose, qu'il devienne enfin acteur de sa propre vie…

C'est un livre qui met en avant différents thèmes : le choix et ses conséquences, le sens de la vie, l'amour jusqu'à la mort, la complexité des relations avec la famille et avec les autres, l'emprise que l'on peut avoir sur quelqu'un... Voyage à travers la philosophie, à travers une histoire inavouée et inavouable, c'est un texte prenant, dur, pesant, certains diront glauque, voire malsain mais cela semble normal pour un livre qui touche aux interdits et aux côtés sombres de l'être humain. J'ai beaucoup aimé ce livre et les questionnements des personnages sur le sens de la vie et de la mort.

Je remercie Babelio et les éditions Presses de la Cité pour ce voyage immobile au cœur du désir et de la culpabilité.

lundi 17 décembre 2018

Dry

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Neal et Jarrod SHUSTERMAN – Dry – Editions Robert Laffont – Collection R – 445 p. – Traduction Cécile Ardilly

4ème de couverture :

Avez-vous déjà eu vraiment soif ?

La sécheresse s'éternise en Californie et le quotidien de chacun s'est transformé en une longue liste d'interdictions : ne pas arroser la pelouse, ne pas remplir sa piscine, limiter les douches… Jusqu'à ce que les robinets se tarissent pour de bon. La paisible banlieue où vivent Alyssa et sa famille vire alors à la zone de guerre. Soif et désespoir font se dresser les voisins les uns contre les autres. Le jour où ses parents ne donnent plus signe de vie et où son existence et celle de son petit frère sont menacées, Alyssa va devoir faire de terribles choix pour survivre au moins un jour de plus.

Mon avis sur ce livre :

Très bonne surprise avec ce roman catastrophe pour la jeunesse. J'ai tout de suite accroché à l'histoire et aux personnages. J'ai trouvé l'ensemble vraiment distrayant et bien construit. Je dois préciser que quand je note un livre pour la jeunesse j'essaie avant tout de me mettre à la place d'un adolescent ou d'un jeune lecteur et de voir si ce livre aurait pu me plaire. Dès les premières pages, on se retrouve au cœur du problème : une pénurie d'eau est déclarée, les robinets se tarissent, les gens se battent pour une bouteille d'eau et bien évidemment, la situation se dégrade rapidement. Les gentils voisins se transforment en monstres prêts à tout pour récupérer deux gouttes de flotte, les profiteurs de tout poil vendent le peu d'eau qu'ils ont encore en leur possession au prix du kérosène et les psychopathes en puissance sont de sortie…

J'ai beaucoup aimé le rythme du récit, on est plongé dans l'intrigue dès les premières pages et on a vraiment envie de découvrir comment vont réagir les personnages face à la situation. Le récit est prenant avec de nombreux rebondissements. Entre le roman catastrophe et le récit dystopique, les auteurs s'en sont donnés à cœur joie pour multiplier les intrigues et les coups tordus. J'ai trouvé particulièrement intéressant le fait que ce roman emmène le lecteur à se poser beaucoup de questions. Comment réagirait-on dans la même situation ? Dans quelle mesure pourrait-on faire confiance à son voisin ? Est-ce que tout ceci est plausible ? Est-ce que l'on serait prêt à vendre père et mère pour s'en sortir ? A devenir un meurtrier ? Est-ce que l'eau va devenir le nouveau pétrole ? Est-ce une dystopie ou un roman d'anticipation ? 

Bien sûr on a des personnages un peu caricaturaux dans leurs réactions et dans leurs psychologies par moment mais ils sont plutôt bien travaillés et les jeunes lecteurs peuvent tout à fait s'identifier à des personnages comme Alyssa ou Kelton. Les aventures sont bien menées. Le livre est découpé selon le point de vue des différents protagonistes et les paragraphes assez courts permettent de dynamiser l'ensemble. Avoir ces angles de lecture multiples donne de la vie au récit et évite au lecteur de s'ennuyer. J'ai trouvé que c'était un bon roman, facile à lire, avec beaucoup de dialogues, dynamique.

Je remercie Babelio et les éditions Robert Laffont pour ce bon moment de lecture.

dimanche 9 décembre 2018

Comment j'évalue mes lectures

On me demande souvent comment je donne une note ou comment j'évalue mes lectures, notamment quand je reçois un livre en échange d'une critique. J'ai donc décidé de faire un petit article à ce sujet.

Tout d'abord, j'essaie de ne pas aller voir ce que d'autres lecteurs disent du livre en question. Je n'ai pas envie d'être influencée et d'avoir des informations sur l'intrigue. Je préfère découvrir par moi-même. J'ai d'ailleurs beaucoup de mal à me tourner vers certains livres "à la mode" sur les réseaux sociaux. Comme si à force d'en entendre parler j'étais écœurée…

Ensuite j'essaie de me mettre à la place de la cible. Exemple : il est évident que si je reçois un livre jeunesse et que je le compare aux Mémoires d'Hadrien de M. Yourcenar ce n'est pas très juste pour lui… Donc ma question dans ce cas est : "A 12 ou 13 ans, est-ce que j'aurai aimé ce roman ?", "Est-ce qu'il m'aurait emballé ?", "Est-ce que je me serai attachée aux personnages ?".

On me demande quelquefois comment je peux donner 5 étoiles à Lolita de Nabokov comme je peux donner 5 étoiles à Dune de F. Herbert ou à L'espace d'un an de B. Chambers. Je ne compare pas ce qui n'est pas comparable… Sinon cela voudrait dire que les grands classiques de la littérature méritent des 5, les prix littéraires des 4, etc. Désolée mais je donne à peine 2 à Belle du Seigneur qui pour moi est juste un ramassis de clichés sur deux têtes à claques, écrits par un type qui "s'écoute écrire"… Ne criez pas, ça n'engage que moi, c'est MON AVIS sur ce livre.

Je trouve que chaque genre à sa place à partir du moment où il a son public. Pour ma part de déteste la "chick-lit", je n'y arrive pas… mais je peux quand même analyser si le personnage m'amuse, s'il y a du rythme dans l'histoire, une progression de l'intrigue, une écriture dynamique, un sens des dialogues… 

Il m'arrive de ne pas aimer un livre, mais dans ce cas, j'essaie de mettre en avant les points positifs, de valoriser ce qui m'a plu.

Pour moi la lecture c'est avant tout une rencontre. Quelquefois ça n'est tout simplement pas le bon timing.

Bonne lecture à tous !

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vendredi 19 octobre 2018

Moonglow

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Michael Chabon – Moonglow – Editions Robert Laffont – 518 p. – Traduction Isabelle D. Philippe – Epreuves non corrigées

4ème de couverture :

En 1947, à la synagogue de Baltimore, un jeune vétéran de la guerre de 39-45 épouse une réfugiée française. Sur le bras, elle porte un tatouage de chiffres bleus. Fragile et fantasque, elle est hantée par des visions de cheval écorché qui semble symboliser pour elle toute l'horreur nazie. 

A l'opposé, le marié, maquettiste de fusées, fasciné par la conquête spatiale, mesure tout à l'aune de la raison. Mais il a participé à la libération du camp de concentration de Dora et il sait quel prix certains hommes ont payé les avancées scientifiques. Les terreurs, les fugues, les séjours en hôpital psychiatrique de son épouse tant aimée achèvent de bouleverser le socle de ses certitudes.

Un roman existentiel sur le rêve américain, l'exploration intergalactique et les origines nazies de l'innovation technologique. Un conte sur la puissance des secrets et des mensonges. Un hommage brûlant à l'amour, si compliqué soit-il.

Mon avis sur ce livre :

Roman, autofiction, biographie, mémoires… difficile de savoir dans quoi on s'embarque en commençant ce livre. Au début, j'étais confuse, un peu perdue et je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre mais rapidement j'étais conquise, par le côté un peu foutraque de l'intrigue, par les différents développements de l'histoire mais surtout par les personnages. Je me suis très vite attachée à ces derniers et sincèrement j'avais très envie de découvrir leur histoire. Pourtant la construction de ce livre m'a vraiment déroutée, on passe d'une époque à une autre, d'un personnage à un autre, on se demande si on est face à de vrais souvenirs ou à une interprétation romancée et détournée de la réalité et des faits.

Ce livre c'est une histoire dans l'Histoire, celle de la guerre 39-45, de l'Holocauste, des camps, de la capacité à se reconstruire ou pas après un drame mais c'est aussi et avant tout l'histoire d'une famille, celle de l'auteur qui se cache derrière le personnage du narrateur comme s'il avait besoin de se dédoubler pour raconter cette histoire qui n'est plus vraiment la sienne. On se perd dans les souvenirs de chacun pour mieux retrouver le fil qui les lie. On se perd dans les époques et les lieux pour mieux se concentrer sur les sentiments et les non-dits. On se perd dans les vérités déguisées pour mieux retrouver la réalité…

Ce livre est un voyage. Un voyage dans la mémoire collective, un voyage dans notre mémoire personnelle, dans notre passé et nos propres souvenirs familiaux à travers les récits de la seconde guerre mondiale, des bombardements, de la découverte des camps de la mort… à travers la conquête spatiale. C'est un livre dans lequel on se plonge comme si à notre tour on faisait partie de cette famille, partie intégrante de leur histoire qui devient aussi la nôtre quelque part.

C'est un livre touchant et dense, qui incite le lecteur à se poser des questions sur son propre passé et sur sa capacité à différencier de vrais souvenirs d'un mensonge tant de fois répété qu'il finit par devenir la réalité. J'ai beaucoup aimé les personnages, notamment leur courage. Ils avancent, tombent, se relèvent, se trompent, se font du mal mais malgré tout on sent qu'à travers les silences et les ombres, l'amour est là. On le devine au détour d'une phrase, à travers un mot, une respiration… si frêle parfois et si brûlant pourtant…

Je remercie Babelio et les Editions Robert Laffont pour ce beau voyage à travers notre Histoire.

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samedi 14 juillet 2018

Delphine Seyrig, une vie

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Mireille Brangé - Delphine Seyrig, une vie – Nouveau Monde éditions – 393 p. 

4ème de couverture :

Actrice, réalisatrice, femme engagée, Delphine Seyrig (1932 – 1990) refuse toute sa vie de se laisser enfermer dans un rôle ou une image. S'inventer, se trouver, se réinventer fut sa raison de vivre. Egérie de Resnais, reine du théâtre parisien dans les années soixante, admirée de Truffaut comme de Duras, fée des Lilas dans Peau d'Ane de Demy ou Jeanne Dielman d'Akerman, Delphine Seyrig a un parcours hors du commun. Au faîte de sa gloire, elle s'engage dans les luttes féministes. Digne d'une héroïne de Stendhal, prête à toutes les aventures, son goût de la liberté, son audace, son refus du tiède, son exigence et son élégance donnent à sa vie tout son romanesque. C'est cette vie riche et inspirante que retrace, pour la première fois, cette biographie passionnante et richement documentée, qui a pour fond la vie sociale, intellectuelle, théâtrale et cinématographique de son époque. Un très beau portrait de femme, par la plume tout en finesse de Mireille Brangé.

Mon avis sur ce livre :

Pour moi Delphine Seyrig était synonyme de mystère : mystère d'une voix si particulière, mystère d'une silhouette et d'un regard, mystère d'un parcours exigeant et engagé. Je connaissais l'actrice de cinéma, pas du tout l'actrice de théâtre et encore moins la femme derrière l'image. Pour ce qui est de l'actrice, elle faisait partie de mon paysage cinématographique un peu comme Capucine et Dominique Sanda. Je les aime, je les admire, je ne suis jamais vraiment étonnée de les voir dans un rôle car leur présence me semble naturelle, comme une évidence. Je les devine à fleur de peau, exigeantes et lucides sur leur métier, fortes dans leurs convictions et leurs choix. Je les admire à travers leurs rôles et leurs parcours mais elles restent des images sur papier glacé, des silhouettes qui passent dans nos vies et des voix qui résonnent quelques temps dans nos cœurs. Delphine Seyrig fait partie de ces femmes dont on se souvient, pour un geste, une voix, un regard qui vous fixe à travers un écran. Cette biographique de Mireille Brangé permet de découvrir la femme derrière l'actrice avec ses peurs, ses doutes, ses engagements, ses colères, son combat pour les femmes.

J'ai beaucoup aimé cette biographie, fouillée, précise, détaillée, particulièrement la première partie sur sa famille et ses années aux Etats Unis. Son rapport à la littérature, au théâtre, son exigence et son désir constant de progresser dans sa vie et dans son art tout en restant lucide sur le milieu cinématographique. C'est cette lucidité constante qui ressort tout au long du livre, cette lucidité dans sa façon d'aborder ses rôles mais aussi cette lucidité quant à la place de la femme et aux combats que celle-ci doit continuellement mener. Féministe, porte-parole, militante aussi, elle n'aura de cesse de lutter pour la cause des femmes, pour leurs droits et leur émancipation.

J'ai apprécié de retrouver à travers ce récit les auteurs, acteurs, réalisateurs de ces films qui marquent une époque, celle du TNP, des écoles de Théâtre, de l'Actors Studio. On y croise Jean Rochefort, Philippe Noiret, Samuel Beckett, Marguerite Duras, Laurence Olivier, François Truffaut, Alain Resnais, Dirk Bogarde, Joseph Losey, Jacques Demy, Luis Bunuel… C'est India Song, L'année dernière à Marienbad, Qui êtes-vous Polly Maggoo ?, Musica, Accident, Le charme discret de la bourgeoisie… autant de films qui font partie de mon éducation cinématographique. 

Je remercie Babelio et Nouveau Monde éditions pour ce livre. C'est une biographie très dense, qui pourrait freiner ceux qui préfèrent un récit moins factuel et plus romancé mais si vous aimez le cinéma, le théâtre, la littérature de cette époque, je vous conseille vivement cette lecture et cette belle rencontre avec une femme intense et incroyable partie trop tôt.

Posté par Ikebukuro à 17:23 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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