Le-Zero-et-le-Un

Ryan Ruby – Le zéro et le un – Presses de la Cité – 297 p. – Traduction Lucie Modde

4ème de couverture :

Owen, jeune boursier timide et solitaire, détonne à Oxford, parmi les étudiants bien nés qui en peuplent les couloirs séculaires. Lors d'un tutorat de philosophie, il fait la connaissance d'un autre outsider : Zach, riche, charismatique, américain. Zach prend Owen sous son aile et l'entraîne dans des expériences dont le jeune anglais n'avait eu connaissance que par les livres – la première d'entre toutes, l'amour. Avec Claire et Victoria, ils forment un quatuor inséparable. Des cours carrées d'Oxford au monde interlope de Berlin, guidés par les préceptes d'un philosophe allemand tombé dans l'oubli pour lequel Zach a développé une dévorante fascination, les deux amis se mettent au défi de braver les frontières de la morale et des conventions. Jusqu'au jour où Zach propose la plus grave de toutes les transgressions…

Mon avis :

Très intriguée par le résumé de la dernière de couverture, je me suis plongée dans ce roman, sans vraiment chercher à en savoir plus à travers des avis de lecteurs. J'avais vraiment envie de découvrir l'auteur sans préjugés et je n'ai pas été déçue. J'ai aimé l'atmosphère de ce livre de la première à la dernière page même si je suis consciente qu'il ne plaira pas à tout le monde. Les thèmes abordés sont difficiles et sans concession et les personnages pas forcément très sympathiques. Pour caricaturer à l'extrême je dirai que Zach est d'une suffisance et d'une arrogance qui peuvent rapidement agacer le lecteur et Owen est un "mouton", à qui on a envie de filer des claques pour le réveiller. Malgré cela j'ai beaucoup aimé les personnages et la façon dont l'auteur a développé et fait évoluer leur personnalité tout au long du roman. Au fur et à mesure que l'on progresse dans l'histoire, on se rend vite compte que tant Zach qu'Owen sont en prise avec leurs failles et leur propre douleur. Une enfance compliquée pour Zach, solitaire et sans beaucoup de relief pour Owen. Ces personnages que je n'aimais pas beaucoup au début du livre ont fini par m'intriguer, puis par m'intéresser avant de me toucher.

Le livre se développe à travers l'alternance des chapitres consacrés à la relation de Zach et d'Owen à Oxford et ceux d'Owen à New York, passé et présent s'entrecroisent, amis et familles aussi. On voyage à travers ce roman avec inconfort et tristesse et, jusqu'au bout de la route, on espère et on attend la rédemption et la résilience. Bizarrement j'ai préféré le personnage de Zach à celui d'Owen. Zach est pourtant plus sombre, plus manipulateur, voire impardonnable mais Owen est beaucoup trop dans l'admiration béate et la complaisance. Il donne l'impression tout au long du livre de vivre un simulacre de vie par procuration. A travers Zach, puis à travers la famille de ce dernier dans les chapitres New Yorkais. On attend qu'une chose, qu'il devienne enfin acteur de sa propre vie…

C'est un livre qui met en avant différents thèmes : le choix et ses conséquences, le sens de la vie, l'amour jusqu'à la mort, la complexité des relations avec la famille et avec les autres, l'emprise que l'on peut avoir sur quelqu'un... Voyage à travers la philosophie, à travers une histoire inavouée et inavouable, c'est un texte prenant, dur, pesant, certains diront glauque, voire malsain mais cela semble normal pour un livre qui touche aux interdits et aux côtés sombres de l'être humain. J'ai beaucoup aimé ce livre et les questionnements des personnages sur le sens de la vie et de la mort.

Je remercie Babelio et les éditions Presses de la Cité pour ce voyage immobile au cœur du désir et de la culpabilité.