delphine_couv

Mireille Brangé - Delphine Seyrig, une vie – Nouveau Monde éditions – 393 p. 

4ème de couverture :

Actrice, réalisatrice, femme engagée, Delphine Seyrig (1932 – 1990) refuse toute sa vie de se laisser enfermer dans un rôle ou une image. S'inventer, se trouver, se réinventer fut sa raison de vivre. Egérie de Resnais, reine du théâtre parisien dans les années soixante, admirée de Truffaut comme de Duras, fée des Lilas dans Peau d'Ane de Demy ou Jeanne Dielman d'Akerman, Delphine Seyrig a un parcours hors du commun. Au faîte de sa gloire, elle s'engage dans les luttes féministes. Digne d'une héroïne de Stendhal, prête à toutes les aventures, son goût de la liberté, son audace, son refus du tiède, son exigence et son élégance donnent à sa vie tout son romanesque. C'est cette vie riche et inspirante que retrace, pour la première fois, cette biographie passionnante et richement documentée, qui a pour fond la vie sociale, intellectuelle, théâtrale et cinématographique de son époque. Un très beau portrait de femme, par la plume tout en finesse de Mireille Brangé.

Mon avis sur ce livre :

Pour moi Delphine Seyrig était synonyme de mystère : mystère d'une voix si particulière, mystère d'une silhouette et d'un regard, mystère d'un parcours exigeant et engagé. Je connaissais l'actrice de cinéma, pas du tout l'actrice de théâtre et encore moins la femme derrière l'image. Pour ce qui est de l'actrice, elle faisait partie de mon paysage cinématographique un peu comme Capucine et Dominique Sanda. Je les aime, je les admire, je ne suis jamais vraiment étonnée de les voir dans un rôle car leur présence me semble naturelle, comme une évidence. Je les devine à fleur de peau, exigeantes et lucides sur leur métier, fortes dans leurs convictions et leurs choix. Je les admire à travers leurs rôles et leurs parcours mais elles restent des images sur papier glacé, des silhouettes qui passent dans nos vies et des voix qui résonnent quelques temps dans nos cœurs. Delphine Seyrig fait partie de ces femmes dont on se souvient, pour un geste, une voix, un regard qui vous fixe à travers un écran. Cette biographique de Mireille Brangé permet de découvrir la femme derrière l'actrice avec ses peurs, ses doutes, ses engagements, ses colères, son combat pour les femmes.

J'ai beaucoup aimé cette biographie, fouillée, précise, détaillée, particulièrement la première partie sur sa famille et ses années aux Etats Unis. Son rapport à la littérature, au théâtre, son exigence et son désir constant de progresser dans sa vie et dans son art tout en restant lucide sur le milieu cinématographique. C'est cette lucidité constante qui ressort tout au long du livre, cette lucidité dans sa façon d'aborder ses rôles mais aussi cette lucidité quant à la place de la femme et aux combats que celle-ci doit continuellement mener. Féministe, porte-parole, militante aussi, elle n'aura de cesse de lutter pour la cause des femmes, pour leurs droits et leur émancipation.

J'ai apprécié de retrouver à travers ce récit les auteurs, acteurs, réalisateurs de ces films qui marquent une époque, celle du TNP, des écoles de Théâtre, de l'Actors Studio. On y croise Jean Rochefort, Philippe Noiret, Samuel Beckett, Marguerite Duras, Laurence Olivier, François Truffaut, Alain Resnais, Dirk Bogarde, Joseph Losey, Jacques Demy, Luis Bunuel… C'est India Song, L'année dernière à Marienbad, Qui êtes-vous Polly Maggoo ?, Musica, Accident, Le charme discret de la bourgeoisie… autant de films qui font partie de mon éducation cinématographique. 

Je remercie Babelio et Nouveau Monde éditions pour ce livre. C'est une biographie très dense, qui pourrait freiner ceux qui préfèrent un récit moins factuel et plus romancé mais si vous aimez le cinéma, le théâtre, la littérature de cette époque, je vous conseille vivement cette lecture et cette belle rencontre avec une femme intense et incroyable partie trop tôt.