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Michael Chabon – Moonglow – Editions Robert Laffont – 518 p. – Traduction Isabelle D. Philippe – Epreuves non corrigées

4ème de couverture :

En 1947, à la synagogue de Baltimore, un jeune vétéran de la guerre de 39-45 épouse une réfugiée française. Sur le bras, elle porte un tatouage de chiffres bleus. Fragile et fantasque, elle est hantée par des visions de cheval écorché qui semble symboliser pour elle toute l'horreur nazie. 

A l'opposé, le marié, maquettiste de fusées, fasciné par la conquête spatiale, mesure tout à l'aune de la raison. Mais il a participé à la libération du camp de concentration de Dora et il sait quel prix certains hommes ont payé les avancées scientifiques. Les terreurs, les fugues, les séjours en hôpital psychiatrique de son épouse tant aimée achèvent de bouleverser le socle de ses certitudes.

Un roman existentiel sur le rêve américain, l'exploration intergalactique et les origines nazies de l'innovation technologique. Un conte sur la puissance des secrets et des mensonges. Un hommage brûlant à l'amour, si compliqué soit-il.

Mon avis sur ce livre :

Roman, autofiction, biographie, mémoires… difficile de savoir dans quoi on s'embarque en commençant ce livre. Au début, j'étais confuse, un peu perdue et je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre mais rapidement j'étais conquise, par le côté un peu foutraque de l'intrigue, par les différents développements de l'histoire mais surtout par les personnages. Je me suis très vite attachée à ces derniers et sincèrement j'avais très envie de découvrir leur histoire. Pourtant la construction de ce livre m'a vraiment déroutée, on passe d'une époque à une autre, d'un personnage à un autre, on se demande si on est face à de vrais souvenirs ou à une interprétation romancée et détournée de la réalité et des faits.

Ce livre c'est une histoire dans l'Histoire, celle de la guerre 39-45, de l'Holocauste, des camps, de la capacité à se reconstruire ou pas après un drame mais c'est aussi et avant tout l'histoire d'une famille, celle de l'auteur qui se cache derrière le personnage du narrateur comme s'il avait besoin de se dédoubler pour raconter cette histoire qui n'est plus vraiment la sienne. On se perd dans les souvenirs de chacun pour mieux retrouver le fil qui les lie. On se perd dans les époques et les lieux pour mieux se concentrer sur les sentiments et les non-dits. On se perd dans les vérités déguisées pour mieux retrouver la réalité…

Ce livre est un voyage. Un voyage dans la mémoire collective, un voyage dans notre mémoire personnelle, dans notre passé et nos propres souvenirs familiaux à travers les récits de la seconde guerre mondiale, des bombardements, de la découverte des camps de la mort… à travers la conquête spatiale. C'est un livre dans lequel on se plonge comme si à notre tour on faisait partie de cette famille, partie intégrante de leur histoire qui devient aussi la nôtre quelque part.

C'est un livre touchant et dense, qui incite le lecteur à se poser des questions sur son propre passé et sur sa capacité à différencier de vrais souvenirs d'un mensonge tant de fois répété qu'il finit par devenir la réalité. J'ai beaucoup aimé les personnages, notamment leur courage. Ils avancent, tombent, se relèvent, se trompent, se font du mal mais malgré tout on sent qu'à travers les silences et les ombres, l'amour est là. On le devine au détour d'une phrase, à travers un mot, une respiration… si frêle parfois et si brûlant pourtant…

Je remercie Babelio et les Editions Robert Laffont pour ce beau voyage à travers notre Histoire.