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Nathan Hill – Les fantômes du vieux pays – Editions Gallimard – Collection du monde entier – 720 p – Traduction Mathilde Bach

Résumé de l'éditeur :

Scandale aux États-Unis : le gouverneur Packer, candidat à la présidentielle, a été agressé en public. Son assaillante est une femme d'âge mûr : Faye Andresen-Anderson. Les médias s’emparent de son histoire et la surnomment Calamity Packer. Seul Samuel Anderson, professeur d’anglais à l’Université de Chicago, passe à côté du fait divers, tout occupé qu’il est à jouer en ligne au Monde d'Elfscape. Pourtant, Calamity Packer n’est autre que sa mère, qui l’a abandonné à l’âge de onze ans. Et voilà que l’éditeur de Samuel, qui lui avait versé une avance rondelette pour un roman qu’il n’a jamais écrit, menace de le poursuivre en justice. En désespoir de cause, le jeune homme lui propose un nouveau projet : un livre révélation sur sa mère qui la réduira en miettes. Samuel ne sait presque rien d’elle ; il se lance donc dans la reconstitution minutieuse de sa vie, qui dévoilera bien des surprises et réveillera son lot de fantômes.

Des émeutes de Chicago en 1968 au New York post-11-Septembre en passant par la Norvège des années quarante et le Midwest des années soixante, Nathan Hill s’empare de l’Amérique d’aujourd’hui et de ses démons et compose avec beaucoup d’humour une fresque aussi ambitieuse que captivante.

Mon avis sur ce livre :

J'avais déjà repéré ce livre chez les anglo-saxons et j'étais déjà très tentée… Dès les premières pages, j'ai su que j'allais aimer ce roman, je ne savais pas pourquoi mais c'était une évidence. Il y a des romans qui vous embarquent tout de suite. Malgré ses 720 pages, ce fut une lecture fluide, jubilatoire, étonnante avec des personnages que l'on aime détester et que l'on déteste aimer et une intrigue qui entraîne le lecteur à travers les méandres de l'histoire et de la société américaine.

Les personnages sont particulièrement bien travaillés, l'auteur s'attache à mettre en place une évolution psychologique de chacun d'eux en fonction de l'avancée de l'histoire et de ses rebondissements. Samuel le personnage principal m'a vraiment intéressé, il traverse l'intrigue avec une sorte de nonchalance inquiète assez surprenante que j'ai beaucoup aimée.

J'apprécie beaucoup les romans qui semblent partir dans tous les sens pour finir par former un tout cohérent et pensé. Ce qui est le cas dans ce livre. Les premiers chapitres peuvent sembler déroutants, car l'on passe d'un personnage à un autre, sans trop comprendre où l'auteur veut en venir, mais le lecteur devine que chacun aura sa place et son rôle à jouer et par la suite on navigue d'une époque à une autre avec la même aisance. Du passé au présent, de la grande à la petite histoire, du fait divers à la tragédie, l'auteur décrit de façon tendre et caustique la vie de Samuel, professeur désabusé qui s'échappe de son morne quotidien dans un jeu de fantasy en ligne jusqu'au jour où un coup de téléphone vient bouleverser sa routine et le ramène des années en arrière au milieu des souvenirs de son enfance, de ses premières amours et de Faye, cette mère qui semblait si détachée de tout.

Histoire familiale doublée d'une sorte de drame politico médiatique, Les fantômes du vieux pays nous entraînent au cœur d'une fresque de l'Amérique où les personnages se noient dans leur passé et dans leurs drames personnels pour les ancrer aux drames de l'histoire : de la perte d'un proche, de la souffrance d'un enfant aux émeutes de 68. Nathan Hill à travers ce roman a su traiter de main de maître les vies et les espoirs de plusieurs générations, les relations familiales et les errances d'une société en pleine mutation. Il a réussi à analyser en profondeur les sentiments de ses personnages, qu'ils soient à l'avant plan en qu'ils jouent des rôles secondaires dans l'histoire.

Dans un style fluide et précis, avec cette richesse d'émotions, cette créativité constante, Nathan Hill nous enchante et nous bouleverse tout au long de ces 720 pages. J'avoue que je suis proche du coup de cœur, mais j'ai trouvé qu'il y avait une petite baisse de régime en toute dernière partie avec quelques longueurs.

Je remercie Babelio et les éditions Gallimard pour ce très beau roman et la rencontre d'un nouvel auteur à suivre.