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Charlotte Wood – La nature des choses – Editions du Masque – 280 p. – Traduction Sabine Porte

4ème de couverture :

Dix femmes emprisonnées au milieu du désert australien. Dix femmes au crâne rasé, vêtues d'habits étranges. Trois geôliers, vicieux et imprévisibles, pour les surveiller. Un jour, la nourriture vient à manquer. Pour elles comme pour eux. Et les proies se changent en prédatrices.

Mon avis sur ce livre :

Yolanda, Varla, Hetty, Leandra, Barbs, Rhiannon, Joy, Lydia, Izzy, Maitlynd, 10 jeunes femmes kidnappées, séquestrées au milieu du busch australien, 10 jeunes femmes qui ne possèdent plus que leurs noms autrefois célèbres, 10 jeunes femmes à qui on a tenté de retirer toute humanité. Roman atypique, déroutant, intime et dérangeant, La nature des choses nous abandonne à la limite de la folie qui guette chacune d'entre elles, nous ramène à notre instinct le plus primitif : la survie et nous laisse pantelant au bord du monde. Sombre et cauchemardesque, ce roman nous plonge au cœur de nos peurs primales, la peur de mourir, la peur du rejet, de l'abandon, un plongeon dans l'inconnu le plus total où tout ce que l'on connaît tend à disparaître. Dès la première page du roman, on est plongé dans l'intrigue, happé par la situation cauchemardesque de cette fille qui se réveille, perdue, sans repères, au milieu du désert et qui ne connaîtra plus qu'une chose à partir de là : la lutte pour survivre.

Seuls, certains personnages sont mis en avant dans l'histoire au détriment des autres. Pourtant elles sont 10… Toutes auraient mérité que l'on s'intéresse à leur sort, à leur vie, à leurs peurs mais j'avoue que je ne me souviens même pas de certaines contrairement à Yolanda, Varla et Hetty qui m'ont particulièrement marquée. Peut-être parce que pour chacune d'entre elle le sacrifice est poussé à l'extrême sous différentes formes. Pour les autres, tout au long du livre j'ai eu le sentiment que finalement elles finissaient par s'habituer à leur sort. Elles me faisaient penser à ces chœurs antiques qui chantent les morts et les vivants à l'arrière-plan de la scène.  

Pour les lecteurs qui auraient peur de se retrouver dans une sorte de récit gore, rempli d'hémoglobine, ici pas de grosses scènes d'horreur, de sévices insoutenables mais une violence psychologique constante et insidieuse que l'auteur distille tout au long du récit.

J'ai terminé ce livre il y a quelques jours et je n'arrive toujours pas à savoir si j'ai aimé ma lecture ou pas. Oui j'ai aimé le livre, l'intrigue, les personnages, le suspens créé par l'auteur mais est-ce que j'ai aimé ma lecture ? Est-ce que j'ai apprécié ce malaise constant, ce dégoût ressenti face à ce vol d'humanité ? Est-ce que j'ai apprécié que certaines tentent d'utiliser la sexualité de leurs sœurs comme un moyen d'arriver à leurs fins ? Beaucoup de questions sans réponses pour un livre que j'ai trouvé captivant, avec une tension constante du début à la fin.

Je remercie Babelio et les Editions du Masque pour cette belle découverte. Je dois avouer que je n'aurai pas forcément choisi ce roman chez mon libraire mais je ne regrette pas de m'être laissée embarquer.