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Jennifer Ryan – La chorale des dames de Chilbury – Editions Albin Michel – 463 p. – Traduction Françoise du Sorbier – Epreuves non corrigées

4ème de couverture :

1940. Un paisible village anglais voit partir ses hommes au front. Restées seules, les femmes affrontent une autre bataille : sauver la chorale locale pour défier la guerre en chantant. Autour de Miss Primrose Trent, charismatique professeur de chant, se rassemble toute une communauté de femmes, saisie dans cet étrange moment de liberté : Mrs Tilling, une veuve timide ; Venetia, la "tombeuse" du village ; Sylvie, une jeune réfugiée juive ; Edwina, une sage-femme qui cherche à fuir un passé sordide. Potins, jalousies, peurs, amours secrètes… Entre rires et larmes, Jennifer Ryan, s'inspirant des récits de sa grand-mère qui a vécu le conflit depuis un petit village du Kent, sonde les âmes de ce chœur que vous n'êtes pas près d'oublier.

Mon avis sur ce livre :

La chorale des dames de Chilbury a été une très bonne surprise. Je m'attendais à un roman dans la lignée des livres "feel good" avec quelques ragots de village, saupoudrés d'un peu de méchanceté et de romance de bon aloi mais je suis tombée sur une version trash des romans de Barbara Pym. Les gens sont méchants (mais ça, on le savait déjà), manipulateurs, prêts à tout pour de l'argent, pour leur réputation et leur petit pouvoir local. Les personnages hauts en couleurs frôlent la caricature parfois mais c'est tout ce que j'aime, ils sont drôles, font les mauvais choix, subissent tout au long du roman mais c'est ce qui fait tout le charme du livre. Mélange bien dosé de cynisme, de mauvaise foi, de romance et de droiture, d'optimisme et de bonté cachée derrière une carapace qui ne demande qu'à voler en éclats, le livre nous entraîne à travers les aventures, les trahisons, les crimes et les sentiments des personnages. Par le biais des lettres et des journaux intimes de certains, on découvre les personnalités des principaux personnages. On s'attache facilement à certains, on déteste encore plus facilement les autres et on a envie de découvrir comment tous vont évoluer au fur et à mesure que l'on avance dans le roman.

J'ai beaucoup aimé le portrait de ce village peint par l'auteur. Les personnages sont bien travaillés et réservent quelques surprises, les situations s'enchaînent, on voit rapidement que tout n'est pas tout blanc ou tout noir et l'on se doute que certains cachent bien leur jeu. Si vous aimez les femmes fortes qui prennent leur vie en mains vous ne serez pas déçus, la chorale n'est que le prétexte et une sorte de catalyseur pour dévoiler les caractères et donner confiance aux plus effacées. Certains trouveront que les hommes manquent un peu d'épaisseur et n'ont pas forcément le beau rôle mais il faut dire que la majorité de ces derniers est sur le front.

La lecture est assez rythmée car les chapitres sont courts et le ton direct avec les points de vue des différents personnages. On retrouve l'atmosphère décalée de la série anglaise Barnaby où tous les habitants de Midsummer, petit village de carte postale semblent être des meurtriers en puissance et les paroissiens trop tranquilles des romans de Barbara Pym. J'ai vraiment bien aimé cette lecture. J'ai été touchée par la force de caractère de ces femmes qui luttent au quotidien pour surmonter les épreuves de la guerre, les deuils, les pénuries, les bombardements et qui prennent leurs vies en mains. Certaines, comme Edwina, tenteront de prendre des raccourcis pas très propres et pour d'autres le chemin sera plus long mais toutes seront au rendez-vous de leur destin.

Je remercie Babelio et les éditions Albin Michel pour cette visite de Chilbury et la rencontre de ses habitants.