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Bidules et Petits Riens
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21 octobre 2020

Porc braisé

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An Yu – Porc braisé – Editions Delcourt – 197 p. – Traduction Carine Chichereau

4ème de couverture : 

Un artiste du monde flottant…

Un matin d'automne, Jia Jia pousse la porte de la salle de bains de son appartement cossu de Beijing et découvre son mari sans vie dans la baignoire. Il a laissé pour elle, sur le lavabo, le dessin énigmatique d'un homme-poisson. Cette étrange figure aquatique ne cessera dès lors de la hanter. Perdue et sous le choc, Jia Jia déambule dans la ville, boit plus que de raison, et noue peu à peu une relation avec un barman qui semble appartenir à cette seconde espèce d'hommes, ceux qui guérissent plutôt qu'ils ne blessent.

Libérée d'un mariage asphyxiant, Jia Jia se redécouvre, renoue avec sa passion pour la peinture et affronte ce passé trop longtemps mis sous silence par ceux qu'elle aime. Une odyssée intérieure qui la mènera jusqu'aux plateaux du Tibet et cet autre monde auquel elle aspire et qui la terrifie.

Un premier roman enchanteur et onirique, qui évoque l'atmosphère des films de Wing Kar-Wai, des romans de Haruki Murakami.

Mon avis sur ce livre : 

Un très beau premier roman à l'atmosphère mélancolique et poétique qui enchantera le lecteur et l'emmènera à se poser de nombreuses questions sur la place qu'il occupe, sur la vie, sur le passage du temps. Un roman beau et déroutant à la fois, qui nous prend par la main et nous entraîne dans les méandres de l'absence.

Jia Jia est un personnage bouleversant qui se perd petit à petit pour mieux se retrouver et enfin se reconstruire. On s'attache très vite à cette femme en souffrance qui cherche des réponses et un sens à sa vie au fond d'un verre, au fond d'un rêve…

Si la mort de son mari est l'élément déclencheur de cette prise de conscience, cette mort l'oblige à réaliser que jusque-là elle était enfermée dans sa propre vie, enfermée dans sa place d'épouse, enfermée dans son appartement, enfermée dans la société à laquelle elle appartient. Son existence semble se dérouler dans un brouillard, une sorte de flottement perpétuel, comme si elle était constamment entre deux eaux, anesthésiée, les sens engourdis.  

L'élément liquide est très présent dans ce roman, l'eau, l'homme-poisson, la boisson qui apporte un semblant d'apaisement à Jia Jia quand la solitude et les doutes se font trop pesants. Cette allégorie de l'eau, symbole des émotions qui ne demandent qu'à se libérer, représente l'envie de Jia Jia de réapprendre à vivre tout simplement. Cette eau est en réalité, une libération, un fil conducteur qui va relier Jia Jia à son passé, à ses parents, à son mariage, à sa vie future et la réconcilier avec elle-même et surtout l'aider à s'accepter et à retrouver sa place dans la vie, dans sa vie. Cette eau qui coule au fil des pages devient tout au long du roman un personnage à part entière de l'histoire. 

Les personnages secondaires, s'ils peuvent sembler anecdotiques pour certains, simplement de passage pour d'autres, tiennent en réalité une place très importante. Ils représentent, chacun à leur manière, ces rochers à fleur d'eau qui aideront Jia Jia à remonter à la surface pour reprendre sa respiration, pour continuer à avancer et à s'ancrer à nouveau dans sa vie. Léo le barman, oreille attentive qui aidera Jia Jia à renouer avec son corps, Madame Wan qui l'aidera à renouer avec sa créativité et la peinture, Ren Qi, qui l'aidera à renouer avec son passé… Tous aideront Jia Jia à reprendre possession de sa vie et à libérer enfin l'homme-poisson.

Un très beau roman initiatique sur cette femme qui retrouve sa vie et sa place dans la société, un roman prenant, très émouvant, qui vous emmène dans une plongée en apnée dont on remonte comme groggy et un peu nostalgique aussi. 

Merci à Babelio et aux éditions Delcourt pour cette belle découverte.

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