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Mohsin Hamid – Exit West – Editions Grasset – Collection En lettres d'ancre – 207 p. – Traduction Bernard Cohen

 4ème de couverture :

Une grande ville au bord de la guerre civile, quelque part au Moyen-Orient. Saïd y rencontre Nadia, une jeune femme indépendante, sensuelle et déterminée. Jour après jour, les explosions, les échanges de tirs et les points de contrôle sauvages transforment un peu plus la vie des habitants en enfer. Nadia et Saïd doivent se cacher pour vivre leur passion naissante, mais l'escalade de la violence finit de les transformer en prisonniers et les pousse à tout tenter pour partir, jusqu'à emprunter l'une de ces portes mystérieuses dont on dit qu'elles ouvrent sur l'occident…

Avec cette histoire d'amour poignante sur fond d'exil et de crise migratoire, Mohsin Hamid nous prouve par don inventivité de conteur qu'un sujet d'actualité n'exclut pas la poésie ni même la magie. Une fable contemporaine et intemporelle.

Mon avis sur ce livre :

Beaucoup de surprises et beaucoup d'émotions aussi avec ce roman d'un auteur que je ne connaissais pas mais que je souhaitais découvrir depuis un petit moment. Je savais ce roman présent dans les listes de nominations de nombreux prix dont celle du Man Booker Prize que j'attends toujours avec une certaine impatience mais je ne souhaitais pas en savoir davantage. Je préfère découvrir un roman par moi-même plutôt qu'à travers le regard des autres lecteurs et j'évite généralement les chroniques des blogueurs ou des youtubers tant que je n'ai pas lu le livre en question. Pour Exit West je savais simplement que c'était une histoire d'amour dans un pays en guerre quelque part au Moyen-Orient mais en réalité c'est bien plus que ça.

L'auteur a su, par la construction de son récit et de ses personnages, en faire une histoire totalement universelle et hors du temps. Exit West pourrait se passer dans n'importe quel pays en guerre, entre un homme et une femme que tout semble séparer au départ. Alors oui on pense à la Syrie, à l'Irak ou aux révolutions du printemps arabe, à tous les bouleversements qui ont eu lieu ces dernières années dans ces parties du monde, on pense à la montée de l'intolérance et des intégrismes de tout bord mais ce court roman met en lumière bien plus que cela. Il amène le lecteur à revoir ses perspectives, à se questionner sur ses propres priorités… Est-ce que je pourrai prendre de tels risques pour quelqu'un que je viens de rencontrer, est-ce que je serai prêt à quitter mon pays et à laisser des gens que j'aime derrière moi, est-ce que l'inconnu vaut mieux que la lutte au quotidien et la résistance passive auprès de son peuple ? C'est un livre qui développe de nombreux thèmes : l'amour, l'exil, la fuite, les migrants, l'abandon, le deuil, la séparation, la religion, l'intégration dans un autre pays… Comment faire le deuil d'une vie qui semblait toute tracée, le deuil d'un parent, le deuil d'une relation ? Comment réussir à se sentir chez soi dans un pays qui n'est pas le nôtre ?

J'ai beaucoup aimé l'intensité de ce récit et cette écriture magnifique où chaque mot est à sa place et d'une justesse incroyable. Cela donne de l'ampleur à l'histoire alors que le roman n'est pas très long. Les personnages sont attachants et j'ai apprécié qu'ils ne deviennent pas des clichés ou des catalyseurs de tout ce qui peut être véhiculé sur les migrants et l'exode. D'ailleurs dans ce livre, pas de traversée sur des bateaux de fortune ou de périples interminables sur les routes, mais une odyssée magique à travers des portes qui vous mènent d'un lieu à un autre sans que vous connaissiez votre destination. Et pour tous les candidats au départ il y aura une part de hasard, un soupçon de chance, une dose d'inconscience et de courage. Finalement cela reste très universel, peu importe le moyen de transport ; le risque, la peur, les mauvaises rencontres, la mort pour certains et la renaissance pour d'autres font partie de l'histoire…

Je remercie Babelio et les éditions Grasset pour ce très beau voyage et la rencontre de Nadia et de Saïd.