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Yannick Grannec – Le bal mécanique – Editions Anne Carrière – 529 p.

4ème de couverture :

Un soir de 1929, la prestigieuse école du Bauhaus, à Dessau, a donné un bal costumé. C'était avant que les nazis ne dévorent l'Europe, c'était un temps où l'on pouvait encore croire au progrès, à l'art et au sens de l'Histoire. Pendant ce bal, une jeune femme, Magda, a dansé, bu et aimé.

Quel rapport avec Josh Schors, animateur à Chicago d'une émission de téléréalité dont le succès tapageur mêle décoration d'intérieur et thérapie familiale ? Quel rapport avec son père, Carl, peintre oublié qui finit sa vie à Saint-Paul-de-Vence, hanté par les fantômes de la guerre de Corée et les mensonges d'une enfance déracinée ? Quel rapport avec Cornelius Gurlitt, cet homme discret chez qui l'on a découvert, en 2012, la plus grande collection d'art spolié par le IIIème Reich ? Quel rapport avec le marchand d'art Theodor Grenzberg, qui poursuit sa femme, Luise, dans la folle nuit berlinoise ? Quel rapport avec Gropius, Klee, Rothko, Marx, Scriabine, l'obsession de la résilience et Ikea ?

Un siècle, une famille, l'art et le temps. Vous êtes invité au "bal mécanique".

Mon avis sur ce livre :

Un livre foisonnant et intense aux personnages cassés tels des petites mécaniques auxquelles il manque une pièce pour leur bon fonctionnement… Un livre que j'ai beaucoup aimé tant par sa construction et ses personnages que par l'aspect historique du roman dans sa deuxième partie. Le récit se construit sur le mélange, mélange des époques, mélange des personnages existants et ceux créés de toutes pièces par l'auteur, mélange des genres aussi avec d'un côté la téléréalité à travers la production d'une émission et de l'autre une institution artistique et codifiée représentée par le Bauhaus.

J'ai particulièrement apprécié le sens du détail de l'auteur, sa façon de ciseler les caractères et de construire ses personnages ; son sens du récit, mêlant son histoire à l'Histoire avec force et précision. Les chapitres plutôt courts ont comme clé d'entrée la mention d'une œuvre d'art qui incite le lecteur à aller découvrir les œuvres citées. J'avoue avoir adoré découvrir les tableaux, photographies, installations, sculptures que je ne connaissais pas.

Le roman se découpe en deux parties bien distinctes, l'une qui se passe de nos jours qui suit deux personnages principaux : Josh, animateur d'émission de téléréalité névrosé et Carl son père, peintre alcoolique retiré du monde ; et une seconde partie qui s'intéresse particulièrement à Théo, marchand d'art et Magda, sa fille "pensionnaire" du Bauhaus. J'ai de loin préféré cette partie à la première, j'ai trouvé qu'elle réussissait à vivre toute seule, tant la période, les personnages fictifs ou réels, la naissance du Bauhaus étaient intéressants à découvrir. L'auteur réussit à associer la création romanesque à l'Histoire sans jamais perdre le lecteur. Si j'aime les artistes de ce mouvement, tels que Klee et Kandinsky, j'avoue que je ne connaissais pas vraiment le fonctionnement et les finalités de ce collectif artistique mais cela ne m'a pas du tout gêné pour apprécier le récit et m'attacher aux personnages. J'ai aimé la façon dont les artistes ayant réellement existé s'intègrent dans l'histoire et interagissent avec les personnages de fiction, notamment Paul Klee. Je trouve que cela donne un poids particulier au récit et à l'émotion qui se dégage de l'ensemble. Cette seconde partie du roman est particulièrement émouvante, les personnages m'ont semblé beaucoup plus investis, plus ancrés dans leur réalité et dans leur vie que Josh et Carl dans la première partie. Bizarrement on sent Théo, Luise, Magda, plus connectés à leur époque que Josh et Carl qui semblent en dehors de leur vie, comme si, de façon peut-être inconsciente, ils faisaient le choix de la regarder en spectateur au lieu de la vivre réellement. Je me suis particulièrement attachée à Magda, cette petite fille qui aimait la couleur de la peau et qui un jour ira danser au bal mécanique.

J'ai beaucoup aimé ce roman et je remercie Babelio et les Editions Anne Carrière pour ce partenariat.