TokyoVice_couv

Jake Adelstein – Tokyo Vice – Editions Marchialy – 475 p. – Traduction Cyril Gay

4ème de couverture :

“Parfois, mieux vaut avoir de la chance que d’être bon"

Quand Jake Adelstein intègre en 1993 le service Police-Justice du plus grand quotidien japonais, le Yomiuri Shinbun, il n’a que 24 ans et il est loin de maîtriser les codes de ce pays bien différent de son Missouri natal. A Tokyo, il couvre en étroite collaboration avec la police les affaires liées à la prostitution et au crime organisé. Pour cela, il n’hésite pas à s’enfoncer dans les quartiers rouges de la capitale, dans les entrailles du vice et de la décadence. Approché par les yakuzas, il devient leur interlocuteur favori tout en restant un informateur précieux pour la police. Une position dangereuse, inédite et ambivalente, aux frontières du crime, qui incite Jake Adelstein à entrer dans un jeu dont il ne maîtrise pas les règles. A mi-chemin entre le polar mafieux et l’enquête journalistique, Tokyo Vice est le roman initiatique d’un jeune journaliste américain à Tokyo qui nous livre, avec beaucoup d’humour, un témoignage nerveux sur l’envers de la société nippone.

Jake Adelstein est le premier étranger à avoir intégré la rédaction du Yomiuri Shinbun. Pendant plus de dix ans, il couvre le trafic d’êtres humains et le crime organisé. A la suite de son enquête sur les yakuzas, sa famille est placée sous protection du FBI pendant plusieurs années. Il a par ailleurs travaillé pour The Daily Beast, The Japan Times et Vice News.

Mon avis sur ce livre :

Avant toute chose j’aimerai signaler la qualité d’impression de ce livre paru aux Editions Marchialy avec un papier de qualité et une mise en page soignée et originale. Quant au récit, j’ai adoré du début à la fin. Dès les premières pages le lecteur est embarqué dans une histoire d’autant plus incroyable qu’elle est basée sur la réalité des affaires de la mafia japonaise. On découvre le parcours inattendu de l’auteur, un quotidien étonnant et des personnages inquiétants et hauts en couleur. On imagine sans peine la difficulté pour un gaijin de s’intégrer au Japon à un tel niveau : être employé comme journaliste dans un journal japonais, écrire pour ce titre en japonais, s’intégrer à la police et au monde des yakuzas. Si j’ai aimé l’histoire concernant le Goto-gumi que j’ai trouvée passionnante, j’ai aussi particulièrement apprécié toute la partie concernant les us et coutumes de la société japonaise, la façon dont la police et les journalistes sont amenés à collaborer, la hiérarchie tacite ou non entre ces différentes professions, la place des yakuzas par rapport à la société civile japonaise, leur évolution et leur adaptation au monde de la finance internationale. J’ai aussi appris des tas de choses sur le fonctionnement de la société japonaises et sur sa structure sociale et culturelle à travers ce livre.

Le lecteur embarque pour un récit étonnant dans les bas-fonds de la société nippone avec son industrie du sexe, du racket et de l’exploitation humaine dans ce qu’elle a de plus abjecte ; mais cela n’est ni graveleux, ni gratuit. Au contraire, la dimension humaine est toujours présente et au centre du récit. On s’attache facilement aux personnages, même à ce yakuza qui demande de l’aide à l’auteur pour découvrir celui qui propage des rumeurs à son encontre. Entre témoignage et policier, ce livre se lit très facilement. Le style est concis, journalistique, dynamique.

J’ai aimé aller au-delà des apparences à travers ce témoignage. Pour avoir visité le Japon, j’en avais, comme beaucoup, la vision idéalisée d’un pays se partageant entre modernité et tradition, où les rues sont sûres, propres, les gens pressés, la nourriture fabuleuse… Une sorte de mélange entre le carrefour de Shibuya et le calme zen d’un onsen. Même si l’on sait pertinemment que le côté sombre existe, on a tendance à l’oublier dans les rues de Tokyo, où l’insécurité que l’on peut rencontrer à Paris ou dans nos grandes villes occidentales n’existe pas en tant que telle. Il était donc intéressant d’approcher aussi un peu ce côté sombre à travers ce livre et de réaliser pleinement que malgré cet aspect lisse apparent il existe aussi des failles, des crimes sordides (à travers l’affaire Lucy Blackman par exemple),  une gangrène financière présente à tous niveaux de la société jusqu’au sommet. Ce témoignage fut l’un de mes coups de cœur de ce premier semestre de lecture.

Je remercie Babelio et les Editions Marchialy pour ce livre qui m’a tenu en haleine du début à la fin.