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Ru Freeman – Les Enfants de Sal Mal Lane – Editions Zoé – 523 p. – Traduction Christine Raguet

4ème de couverture :

Dans Sal Mal Lane, une ruelle de Colombo, cohabitent tant bien que mal des familles sri lankaises de différentes origines ethniques et de différentes appartenances religieuses. Avec l'arrivée de Mr et Mrs Herath et de leurs quatre enfants, Suren, Rashmi, Nihil et Devi, la petite rue se réveille : romances, questions politiques, jeux de cerfs-volants, cricket, petits et grands drames ; on lit L'Attrape Cœur, on rêve d'être Bruce Lee ou Mohamed Ali, on écoute U2 et les Beatles… Nous sommes en 1979, cinq ans anvant le début de la guerre civile qui va déchirer le pays pendant 26 ans, et dont les premiers soubresauts font s'effondrer l'harmonie magique du petit monde de Sal Mal Lane.

Roman historique et réaliste autant que saga familiale, aux personnages extraordinairement attachants, colorés et joyeux, Les Enfants de Sal Mal Lane raconte avec grâce la capacité de l'être humain à surmonter les tragédies, qu'elles surviennent à l'échelle d'un pays ou d'une famille.

Mon avis sur ce livre :

L’histoire d’un pays à travers celle d’une rue de Colombo et de ses habitants d’origines et de classes sociales diverses : cinghalais, tamouls, musulmans, bouddhistes ou catholiques vivent ensemble dans cette impasse d’un pays menacé par les prémices de la guerre civile à venir. Le destin d’un groupe d’enfants embarqués malgré eux dans des histoires d’adultes, entre rires et larmes, entre tendresse et violence. Une histoire douce-amère où chacun cherche sa place au sein d’une famille, d’un quartier, d’une ethnie et d’une société que les tensions diverses gangrènent.

J’ai beaucoup aimé ce roman, que ce soit l’histoire ou les personnages tous attachants à leur façon. A travers la vie de ce quartier c’est l’histoire du Sri Lanka et des évènements qui ont mené à la guerre civile que l’on découvre et leurs conséquences sur la vie de ces gens qui vivaient en harmonie sans se préoccuper de religions ou d’appartenance à une ethnie. Comme souvent en temps de guerre, les enfants sont les premiers touchés, petites victimes collatérales de la haine et de la bêtise des adultes, à travers la jalousie des uns, l’ignorance des autres, les rumeurs sans fondement et les tensions sociales. Malgré cela ils essaient tant bien que mal de protéger leur petit monde, des amours naissent et des amitiés se font et se défont. On passe du rire aux larmes en une page et ça fait du bien ! J’ai aimé les relations qui se créent entre certains des personnages, comme Devi et Oncle Raju. Ou Nihil et Mr Niles, c’est bouleversant et plein de tendresse. A travers ces familles et l’évolution des personnages ce sont les 5 ans qui précèdent la guerre civile que l’on survole, les joies, les peines, les drames et les espoirs qui forgent et dévoilent les caractères de tout ce petit monde.

En réalité, c’est un roman d’amour, amour pour un pays, pour des hommes et des femmes, pour des frères et sœurs que Ru Freeman a écrit car à chaque ligne, à chaque page on ressent tout l’amour qu’elle porte à ses personnages. L’écriture immersive est ciselée et pleine de poésie, elle plonge le lecteur au milieu des saveurs, des parfums, du son du piano, de la musicalité des langues parlées dans l’impasse. C’est riche, beau, flamboyant et plein de couleurs !

J’ai aussi beaucoup aimé la façon dont l’auteur réussit à nous donner quelques clés pour comprendre tout ce qui fait la complexité de cette société codifiée, pluriethnique qui reste malgré tout sclérosée et enfermée dans ses certitudes. Si Sal Mal Lane représente à elle seule la complexité de cette société, à travers ses habitants aux origines si diverses, elle finira aussi par cristalliser les rancœurs et les drames autour d’eux ; alors quand la guerre va éclater, c’est tout ce petit monde à l’équilibre fragile qui finira par s’écrouler.

Je remercie Babelio et les Editions Zoé pour ce très beau roman et je vous invite vraiment à découvrir les questions politiques de Devi, à écouter Suren au piano et à rire avec les jumelles Rose et Dolly. Une mention spéciale pour le soin apporté par les Editions Zoé à la qualité de l’objet livre avec un papier de qualité et la présence d'un glossaire, d'un petit récapitulatif des personnages par famille, d'un plan de la rue et d'une carte du pays.