l_homme_de_kaboulCédric Bannel - L'homme de Kaboul - Editions Robert Laffont - 396 p.

Le synopsis : 

Quand Oussama Kandar, chef de la brigade criminelle de Kaboul, ancien héros de la guerre contre les russes et les talibans, découvre le cadavre de Wali Wadi, il n'imagine pas déclencher l'une de ces séries de minuscules événements qui se terminent en raz de marée. D'après Oussama, l'homme qui git au milieu de son magnifique salon, une balle dans la tête, ne peut en aucun cas s'être suicidé, comme l'affirme le ministre de la Sécurité. Profondément intègre, opposé à la corruption qui gangrène son pays, Oussama croit en la justice. Par fidélité à ses principes, il refuse de classer l'affaire. Au contraire, en compagnie de ses fidèles adjoints, il s'acharne à remonter les pistes, à exhumer les vérités travesties. Dès lors, il est l'homme à abattre. Une aide inespérée lui vient d'un étrange personnage, mollah Bakir, un taliban sorti d'Oxford sans doute plus dangereux qu'il n'en a l'air. 

A l'autre bout du monde, en Suisse, le jeune Nick, analyste dans les services secrets, est lancé sur la piste d'un fugitif, dirigeant d'une entreprise très opaque aux ramifications internationales. L'homme s'est volatilisé avec un rapport secret qui paraît affoler plusieurs gouvernements. Quant il comprend que son organisation assassine des innocents dans sa quête désespérée pour retrouver le fugitif, Nick se révolte. Il découvre les sanglantes tentatives d'élimination dont a été victime, à Kaboul, un certain commissaire Oussama Kandar.

Oussama l'Afghan, Nick le Suisse et Bakir le mollah : ce trio improbable se retrouve dans les hautes montagnes d'Afghanistan, en des lieux sauvages contrôlés par des hommes qui tuent au nom de Dieu. Là se terre sans doute l'homme qui connaît la vérité. Là est caché le rapport recherché par tous. Mais choisiront-ils de révéler au monde ce qu'ils apprendront ? Ou accepteront-ils de se taire au nom d'intérêts supérieurs ?

Mon avis sur ce livre :

Deux enquêtes parallèles à des milliers de kilomètres l'une de l'autre dans des endroits totalement différents à tous niveaux. L'une se passe en Suisse dans un univers hyper informatisé où la technologie la plus pointue est utilisée pour traquer l'ennemi de cette organisation toute puissante, l'autre se passe à Kaboul avec le manque de moyens inhérent à la situation politique du pays et débute par un suicide qui n'en est pas un. Ce roman met en scène deux hommes que tout oppose à première vue et pourtant que tout va réunir, deux hommes intègres qui vont refuser le système et poursuivre coûte que coûte leur enquête au risque d'y perdre la vie.

J'avoue que j'avais un petit à priori avant de commencer ce livre, je n'aime pas particulièrement ce genre d'univers. Les romans d'espionnage ou les thrillers politico judiciaires ne sont pas vraiment ma tasse de thé, et j'avais un peu peur de me retrouver dans une histoire improbable remplie de situations abracadabrantes. Mais j'aime aussi aller vers d'autres genres de récits que ceux que j'affectionne habituellement et bien m'en a pris car... j'ai adoré ! Dès les premières pages j'ai accroché à l'intrigue avec une préférence pour la partie de l'enquête se déroulant à Kaboul où petits marchands ambulants, femmes voilées et énormes 4 x 4 blindés se côtoient dans les rues bondée et poussiéreuses. J'ai trouvé le récit de la vie afghane avec toutes les difficultés rencontrées au quotidien, le manque de moyens, la condition des femmes... vraiment intéressant. Les personnages sont attachants, notamment Oussama, l'afghan, proche de ses hommes, un policier intègre qui se refuse à accepter le jeu des politiciens véreux. Un homme tiraillé entre tradition et modernité, marié à une femme aux idées progressistes qui lutte pour améliorer la condition féminine dans son pays et qui refuse le joug de l'intégrisme religieux.

L'intrigue est très bien menée, pleine de rebondissements, que ce soit en Suisse ou en Afghanistan. Les personnages sont remplis de contradictions, ce qui n'est pas pour me déplaire. Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde et j'ai lu ce roman pratiquement d'une traite. Le style est fluide et rythmé grâce aux nombreux dialogues et à certains mots de vocabulaires dari ou pachtoun qui viennent ponctuer les conversations et qui rendent le récit particulièrement vivant. J'ai trouvé l'atmosphère de Kaboul, avec sa violence, ses attentats suicides, ses contradictions, son passé et son histoire bien rendue. Le contraste entre les deux enquêtes n'en est que plus saisissant. On passe d'un pays rempli de bruits et de fureur où le poids de la misère et de l'intégrisme reste très présent à un monde froid et aseptisé où la technologie est reine et où les marginaux sont chassés des centres villes vers des terrains vagues et des zones déshumanisées. A aucun moment je n'ai deviné la solution de cette intrigue et j'ai savouré le dépaysement et le suspens jusqu'au bout... avec des terroristes qui ne sont pas forcément ceux que l'on croit et cela ne donne que plus de poids à l'idée que manipulation et corruption sont des armes aussi efficaces qu'une bombe dans une rue de Kaboul ou de Bagdad.

Je remercie Canalblog et les Editions Robert Laffont pour ce partenariat de lecture et ce voyage vers les montagnes afghanes.